L’UFC-Que Choisir pointe dans une étude les « sur-marges » que pratiquerait la grande distribution sur les fruits et légumes bio. Un constat démenti par la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Familles rurales regrette, elle, que le bio reste « peu accessible aux budgets les plus contraints ».
Le prix des fruits et légumes bio reflète-t-il le développement de l’agriculture biologique ? Alors que 78 % des Français mangeraient au moins « une fois par mois » des fruits et légumes bio selon l’Agence Bio, l’interrogation revient dans deux études publiées par des associations de consommateurs ces derniers jours. Dans la synthèse d’une étude publiée le 22 août, l’UFC-Que Choisir estime ainsi que « la différence dans les marges appliquées par la grande distribution » représenterait 41 % de l’écart tarifaire pour le consommateur entre fruits et légumes bio et conventionnels, dans les supers ou hypermarchés. Ces derniers comptent aujourd’hui pour 34 % des achats de fruits et légumes frais bio en France.
La marge brute (différence entre le prix d’achat et le prix de vente) des distributeurs en bio est « en moyenne 75 % plus élevée qu’en conventionnel », indique l’association. « Le niveau de marge en bio est équivalent au conventionnel pour l’oignon, l’ail ou la carotte », ajoute-t-elle. Mais « sur les trois fruits et légumes les plus consommés (la pomme de terre, la tomate et la pomme), les marges brutes sont respectivement 83 %, 109 % et 149 % supérieures au conventionnel. » Sur la pomme, elle assure que si « le prix agricole en bio est supérieur de 70 % au conventionnel, la marge brute de la distribution est deux fois et demie plus importante ». L'UFC-Que Choisir s’appuie sur ses propres relevés de prix effectués « entre janvier et février 2019 sur les sites Internet drive de 3 350 magasins de la grande distribution et par [ses] enquêteurs dans 712 magasins spécialisés ». Elle utilise également les cotations de 24 fruits et légumes bio et conventionnels relevés entre mai 2018 et mai 2019 sur le réseau des nouvelles des marchés.
Une « étude à charge » pour la FCD
L’étude et ses conclusions ont été démenties par la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). « C’est une étude à charge qui ne repose sur rien de sérieux. Les prix des fruits et légumes évoluent selon la météo, les arrivages. Il faut regarder une période beaucoup plus longue que dix jours », a indiqué Jacques Creyssel, son président, réagissant dans un article du Parisien le 23 août. Autre critique, l’utilisation de la marge brute, une notion qui ne prend pas en compte selon lui « les coûts des distributeurs ». « Il faut considérer la marge nette, qui comprend les salaires, les loyers, les coûts, etc. Mais cet indicateur est confidentiel dans chaque enseigne », précise-t-il. Dans un article de fact-checking, l’AFP rappelle le 23 août que « les commerçants n’appliquent pas une marge fixe, mais calculent un pourcentage du prix auquel ils ont acheté le produit qu’ils vont vendre », le « taux de marge ». Celui-ci s’obtient en divisant la marge brute des distributeurs par le prix agricole. En reprenant les chiffres d’UFC-Que Choisir, elle évalue ce taux de marge à « 86 % pour le bio et 93 % pour le conventionnel ». Plus que les marges sur le bio, c’est donc les marges de la grande distribution « sur l’ensemble du rayon fruits et légumes frais » qui serait à interroger.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
« Peu accessible aux budgets les plus contraints »
Reste la question principale : celle de l’accessibilité des fruits et légumes bio au plus grand nombre. « L’écart de prix entre agriculture conventionnelle et bio demeure très important, rendant le bio peu accessible aux budgets les plus contraints », estime l’association Familles rurales dans la 13e édition de son observatoire des prix des fruits et légumes frais publiée le 26 août. À dix ans d’intervalle, « le prix du même panier de fruits et légumes passe du simple en conventionnel à près du double en bio » quand dans le même temps les surfaces agricoles labellisées bio ont « été multipliées par 2,4 pour les légumes et par 3,1 pour les fruits », affirme l’association, citant des chiffres de l’Agence bio. Pour respecter la règle des cinq fruits et légumes par jour, une famille de quatre personnes devrait ainsi dépenser « entre 117 et 222 €/mois », selon qu’elle favorise ou non le bio ou le produit en France. Soit « entre 10 et 18 % » des revenus d’une famille ne gagnant qu’un smic mensuel, évalue l’association.
Le prix des légumes en hausse, baisse pour les fruits, selon Familles rurales
Le prix des fruits a baissé de 4 % en conventionnel et de 8 % en bio entre 2018 et 2019, quand ceux des légumes augmentaient de 10 % en conventionnel et de 2 % pour le bio, indique Familles rurales dans les résultats de son 13e observatoire des prix des fruits et légumes frais. Celui-ci se base sur des relevés de prix pour un panier de huit fruits et huit légumes, conventionnels et bio, dans quatre types de surfaces de vente, effectués dans 26 départements entre le 3 et le 9 juin et le 1er et le 7 juillet. Le prix moyen d’un panier, avec 1 kg de chaque fruits et légumes conventionnels, serait ainsi de 42,34 € en hard discount, de 51,33 € en hyper/supermarché et de 52,45 € sur un marché. « Le même panier acheté en magasin spécialisé bio coûte 90,79 € », précise l’association. Celle-ci décerne également un « carton rouge » à la grande distribution et aux enseignes de hard discount, estimant que « 78 % des produits bio vendus en hard discount et 57 % de ceux vendus en hyper/supermarchés » feraient l’objet d’un « suremballage ».