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Fruits et légumes : l’attentisme de la France face au dynamisme des concurrents

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La France connaît une baisse de la production et une augmentation des importations en fruits et légumes depuis le début des années 2000, tandis que ses concurrents européens investissaient, en techniques de production et recherche variétale, tout en restructurant leurs exploitations. Les coûts de production expliquent en partie ce phénomène, mais la France a également manqué d’opportunisme en matière d’adaptation à la demande.

Alors qu’elle pesait 10 % de la production européenne en fruits et en légumes frais en 2002-2004, la France ne représentait plus que 7 % en fruits et 8 % en légumes en 2012-2014, selon les données fournies par le Centre technique interprofessionnel de fruits et légumes (CTIFL). Dans le même temps, certains pays européens, l’Espagne, les Pays-Bas ou la Pologne notamment, développaient leur production (voir graphiques).

Si les premières explications données par les professionnels français sont celles de la différence de coûts de production (main-d’œuvre) ou des niveaux d’exigence réglementaires divers (utilisation de produits phytosanitaires), il apparaît également que la France n’a pas toujours su réagir comme l’ont fait ses concurrents.

Amélioration des techniques, recherche variétale

L’exemple de la politique menée par l’Espagne en matière de pêche-nectarine illustre bien les lacunes françaises. L’Espagne, après avoir profité de ses avantages compétitifs liés au climat, a investi massivement pour augmenter la taille de ses exploitations, améliorer les techniques de production et développer la recherche variétale. Ainsi, pendant que l’Espagne augmentait sa production de près de 18 % entre 2000 et 2013, celle de la France chutait de plus de moitié (1), et n’assurait plus son autoapprovisionnement à compter de 2007 selon une étude du CTIFL publiée en mai 2012. La France devenait également déficitaire en poire avec une baisse de la production entre 2000 et 2013 de 43 % (1), tandis que la production hollandaise augmentait de plus de 60 % et dépassait ainsi celle de la France à compter de 2006.

Évolution de la demande des consommateurs

La France n’a pas su ou pas voulu s’adapter aux nouveaux comportements des consommateurs

Même constat pour les laitues et chicorées. Quand la France voyait sa production chuter de près de 40 % (1) entre 2000 et 2013, et que les leaders espagnols et italiens tendaient également à la baisse, la Grèce et l’Allemagne augmentaient considérablement leur production. Doublant sa production, l’Allemagne dépassait la France à partir de 2011. Selon le CTIFL, la France a alors recouru aux importations massives de variétés telles que l’iceberg, « particulièrement utilisée par les industriels de la 4e gamme », étant davantage produite en Espagne ou en Allemagne. Il apparaît alors que la France n’a pas su ou pas voulu s’adapter aux nouveaux comportements des consommateurs, de plus en plus demandeurs en achat de salades de 4e gamme depuis les années 2000.

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La qualité et l’ancrage territorial comme solution ?

La diminution de la production française en fruits et légumes frais n’est cependant pas toujours synonyme d’un échec stratégique. Constatant leur incapacité à faire face à la concurrence des autres Etats européens, des filières françaises ont décidé un « recentrage forcé » dit-on au CTIFL. Elles ont alors choisi des variétés qualitatives spécifiques, particulièrement appréciées sur le marché intérieur en s’appuyant sur une agriculture territorialisée. Cela a notamment été le cas pour la fraise. Le marché européen étant monopolisé par l’Espagne, la Pologne et l’Allemagne, les producteurs français ont choisi de privilégier la culture de gariguettes, notamment, préservée de la concurrence. Les producteurs de raisin de table ont suivi le même mouvement, en mettant l’accent sur le muscat ou le chasselas.

(1) données FAOSTAT

La Pologne, championne de la production de pommes

Si en 2005 la France était encore la championne d’Europe de la production de pommes (en volume), suivie de l’Italie, en 2006 la Pologne prend la tête. Pendant quelques années, la production polonaise va fortement varier d’une année à l’autre, avant d’occuper définitivement la première place européenne à compter de 2011. Preuve que la Pologne, qui possède depuis bien longtemps le plus grand verger de pommiers en Europe, a su organiser sa production et trouver des débouchés. Entre 2005 et 2013, elle passe de 5e à 3e exportateur européen vers les États membres, derrière l’Italie et la France. Elle survole tous les États européens en matière d’exportation vers les pays tiers. En 2014, avec 800 000 tonnes, elle exportait plus du double que son dauphin l’Italie et plus du triple que la France, sur la troisième marche du podium.

(source : Commission européenne - 20/11/2015)