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Fruits : multiplication des « usages critiques » et dérogations

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En arboriculture fruitière, le nombre d’usages critiques a été presque multiplié par cinq en insecticides depuis 2017. En parallèle, les dérogations d’usage de 120 jours se multiplient.

À l’occasion des Rencontres phytosanitaires le 6 novembre à Bergerac, la DGAL (ministère de l’Agriculture) et le CTIFL (institut technique) ont fait état d’une augmentation des « usages critiques » (une ou aucune solution de lutte efficace) dans les productions de fruits. Entre 2017 et 2024, le nombre d’usages critiques est passé de 15 à 26 contre les maladies (éclaircissage en prunier, anthracnose en cerise, oïdium en petits fruits devenus critiques en 2024) et d’une quinzaine à 62 contre les ravageurs (depuis 2022, carpocapse en fruits à pépins ; scolytes en fruits à coque ; punaises en fruits à noyaux).

En parallèle, le nombre de dérogations (de 120 jours, au titre de l’article 53 du règlement européen sur les pesticides) a également augmenté. Le nombre de demandes est passé de 102 en 2022 à 117 en 2024, et le nombre de dérogations signées est passé de 66 à 92 sur la même période, dont la moitié en insecticides. « C’est énorme, depuis trois campagnes on est passés devant les légumes », a indiqué la DGAL.

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Impasses et stratégies

La hausse est en grande partie due à la baisse du nombre de substances de synthèse dans ses productions déjà peu fournies en raison de l’étroitesse du marché, avec des usages majeurs et des molécules à large spectre qui disparaissent, précise l’administration à Agra Presse. Une partie de cette hausse pourrait aussi correspondre à une stratégie des entreprises ; 68 % des usages en dérogation correspondent à des produits utilisables en bio, donc a priori peu dangereux. Dans le détail, la majorité des dérogations a été accordée pour les fruits à pépins, du fait des surfaces importantes de pommes et poires en France, mais aussi de l’essor des punaises et pucerons dans ces vergers. On retrouve ensuite le pêcher, très touché par les cicadelles et les pucerons. En tête des molécules, le spinosad.

Dans le cadre du Parsada (plan d’anticipation des alternatives - Ecophyto), un plan d’action sur les pucerons et autres insectes devrait être validé prochainement a annoncé la DGAL. Il s’agira du cinquième pour les filières fruits et légumes (après drosophilia et adventices en filière frais ; enherbement et lépidoptères pour la filière du transformé). Dans ce cadre, un projet de recherche a été déposé « par anticipation » sur les pentatomidae (punaises) dans le cadre de la deuxième vague de l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) ; le plan d’action sera quant à lui validé officiellement en début d’année prochaine.

« Depuis trois campagnes, on est passés devant les légumes »