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FUL SAS : des unités de production qui font fi de l’espace et du climat

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Cultiver des ananas en Sibérie, faire pousser des salades au Qatar, ou déguster des légumes récoltés à Fukushima, c’est possible, selon la Ferme urbaine de Lyon (FUL) qui vient d’inaugurer son site pilote. La société propose des unités de production qui combinent des technologies de pointe afin de maximiser le rendement et de produire partout quel que soit l’espace, quel que soit le climat.

FUL SAS (Ferme urbaine lyonnaise) a inauguré le 21 octobre son site pilote de production végétale « indoor » vertical, situé à l’Insa de Lyon. Un outil high-tech destiné à produire « des plantes à haute valeur ajoutée » dans un environnement clos, capable de reproduire tous les climats du monde. Créée en mars 2014, après un an de réflexion menée par trois cofondateurs (Philippe Audubert, Christophe Lachambre et Didier Gaydou), FUL SAS veut s’attaquer au marché français et international. Elle espère avoir vendu 16 unités de production (6 en France et 10 à l’étranger) en 2021. Des unités qui permettront de produire pour l’alimentation mais également pour l’industrie cosmétique ou pharmaceutique.

« 10 fois plus qu’en plein champ »

Dans le site pilote de FUL SAS à Lyon, destiné à rester le lieu vitrine consacré à la R & D, poussent déjà fraises des bois, batavias, aubergines, arnica, sauge, choux rouges, basilic, piments ou cresson. « À surface égale, on produit dix fois plus qu’en plein champ, et toute l’année », affirme Philippe Audubert. Pour assurer une telle productivité, l’unité de production combine de multiples technologies : hydroponie, climat artificiel, gestion des fluides, nutrition végétale, lumière artificielle (Led) et convoyeur vertical automatisé. Les plants sont déplacés automatiquement, en fonction du stade de pousse, vers « l’étage » où l’environnement (climat, eau, intrants…) correspond le mieux à ses besoins. Ainsi, la solution FUL permet de produire en quantité sur des espaces limités. Une aubaine, estiment les cofondateurs, lorsque les surfaces agricoles s’amenuisent alors qu’il faudra nourrir trois milliards d’individus supplémentaires en 2050.

Des fruits exotiques locaux ?

L’idée de concevoir une telle unité de production découle d’une « ambition militante », explique Philippe Audubert. Les trois cofondateurs étaient interloqués à l’idée qu’« une salade fait en moyenne 800 km » avant d’atterrir dans les assiettes. FUL SAS propose ainsi une solution pour « approvisionner en circuit court les filières alimentaires et agroalimentaires, ainsi que les filières de l’industrie biosourcée ». L’intérêt pour le consommateur : manger sain (l’usage des pesticides est proche de zéro) et local. Pour les industriels, il s’agit de diminuer les coûts de transports et de sécuriser les approvisionnements. Le climat artificiel permet en effet d’avoir une fluidité de production et de récolter tous les jours, toute l’année, en maintenant les conditions climatiques idéales à la plante quelle que soit la saison véritable. Ainsi, on pourrait envisager de faire pousser des fruits tropicaux dans la région parisienne et des salades dans le désert.

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Le circuit fermé de l’unité de production permet d’optimiser la consommation d’eau, notamment grâce à l’évapotranspiration des plantes. « On utilise 10 à 20 fois moins d’eau qu’en agriculture conventionnelle », indique Philippe Audubert. Idem pour les pesticides : avec « le procédé de production, entièrement automatisé et contrôlé à distance », l’humain ne rentre pas dans l’espace de culture. Ainsi, « les risques d’intrusion de bactéries ou d’insectes » sont limités et de fait, l’usage de pesticides n’est quasi plus nécessaire. Par ailleurs, la germination des graines, réalisée dans une pouponnière, enregistre un taux de réussite de 100 % affirme Philippe Audubert.

Reste un domaine dans lequel FUL SAS veut progresser : la consommation énergétique. Éclairer une zone de culture dans l’obscurité, reproduire les climats les plus divers : de telles opérations sont gourmandes en énergie. « On compte se rapprocher d’une consommation énergétique équivalente à une serre de dernière génération », expliquent les cofondateurs.

Autonomie alimentaire en climat hostile

« Nous ne sommes pas en frontal avec l’agriculture conventionnelle », répondent les cofondateurs à ceux qui pourraient voir dans ce modèle la fin de l’agriculture « traditionnelle ». FUL SAS souhaite répondre aux besoins que l’agriculture conventionnelle ne couvre pas : la production de variétés « oubliées » et de molécules « propres » pour les cosmétiques par exemple, mais aussi la possibilité de cultiver dans les climats hostiles. Les climats très chauds ou très froids, les territoires arides, et même les zones polluées comme la région de Fukushima. Pour certains pays enclavés en conflit avec les états voisins, recourir à la culture dans des unités de production FUL SAS peut permettre de s’assurer une autonomie alimentaire, selon Philippe Audubert.

« À surface égale, on produit 10 fois plus qu’en plein champ, et toute l’année »