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Coordination sud G20 agricole : pessimisme des ONG après un entretien avec Bruno Le Maire

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Après leur rencontre avec le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, le matin du 20 juin, des organisations non gouvernementales (ONG) réunies sous l'égide de Coordination Sud, ont tenu une conférence de presse à Paris. Dans l'ensemble, les représentants de la société civile, parlant au nom des paysans pauvres de la planète, au Grand Palais à Paris, ont fait part de leur pessimisme quant aux décisions qui devaient être prises lors du G20 agricole. Selon eux, la mise de côté des questions liées aux stocks publics de régulation des marchés en agriculture, ou aux effets néfastes des agrocarburants sur les disponibilités alimentaires mondiales, promet un « consensus mou » peu propre à répondre à l'urgence de la faim dans le monde.

«Le G20 est centré sur la volatilité des prix agricoles ; il y a deux ans le gouvernement français déclarait qu'il fallait apprendre à vivre avec, aujourd'hui il dit vouloir lutter contre », a relevé Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne. Selon lui, « la spéculation s'installe sur un terrain fertile dénué de politiques publiques, pour lutter contre il faut réintégrer ces politiques. Cependant, ce n'est pas la voie initiée par le G20 de l'agriculture». Pour Philippe Collin, la transparence des stocks ne résoudra rien, « car il faut des stocks publics et non privés », a-t-il martelé. De plus, le porte-parole de la Confédération paysanne a expliqué que « produire plus serait une impasse, car 10% des grains de la planète sont dédiés aux agrocarburants, concourant à diminuer les disponibilités, sans poser la question de la répartition des aliments ».

Priorité aux stocks de régulation publics en agriculture
« Il faut des stocks pour limiter l'instabilité sur les marchés agricoles. Un espoir est né du fait que la question soit saisie par le G20, mais sa mise de côté par la suite est décevante », a indiqué Jean-Cyril Dagorn, responsable des questions agricoles chez Oxfam France. S’il reconnaît que par le passé des arguments ont émergé pour discréditer en termes de coûts et d'effets tampons les stocks publics de régulation, il estime que quelques exemples ont bien marché. Pour le représentant d'Oxfam, il faut prendre à bras le corps le problème des stocks régulateurs et ne pas rester sur les propositions du G20 agricole qui devraient simplement demander une étude de faisabilité sur la création de stocks stratégiques d'urgence. D'ailleurs, Adriano Campolina, directeur d'ActionAid Brésil, une ONG internationale, a déclaré : « Un humain qui a faim ne peut pas attendre qu'une étude de faisabilité soit faite ». Il a ensuite indiqué « qu'en 2008 au Brésil, les prix du riz sont passés de 22 reals/kg à 40 reals/kg. Alors, la compagnie brésilienne des réserves a joué son rôle en revendant ses stocks sur le marché, permettant aux prix de baisser de 20% ». Pour Philippe Collin, « on a jeté le bébé avec l'eau du bain en ce qui concerne les politiques européennes de stockage des années 80, alors qu'elles auraient eu besoin de souplesse pour continuer à être appliquées ».

L'effet des agrocarburants n'est même pas évoqué
« La pression s'accroît sur l'Amazonie et les Cerrados brésiliens pour la production d'agrocarburants, si l'on continue avec le modèle actuel une forte concurrence avec l'alimentation mondiale va s'installer », a indiqué Romario Rossetto, représentant de Via Campesina au Brésil. Cependant, il a indiqué que Via Campesina essayait d'expérimenter l'association des cultures vivrières avec celles des biocarburants. Selon Philippe Collin, « 40% du maïs américain en 2010 a été dérivé vers les productions d'éthanol ». Pour lui, il faut mettre un terme aux objectifs d'incorporations ainsi qu'aux subventions qui soutiennent les agrocarburants. Les représentants des ONG ont souligné l'importance qu'il y a à réaliser une carte des productions d'agrocarburants afin d'éviter de les cultiver là où des concurrences avec l'alimentation existent. « Au Brésil, la canne à sucre a ainsi pris la place des cultures de céréales dans de nombreuses régions, mettant en danger l'accès à l'alimentation des populations locales », a dénoncé Adriano Campolina. Pour lui, le G20 ne peut se contenter de mentionner le problème des agrocarburants, mais doit dès à présent prendre des mesures fortes. Un chiffre clef est d'ailleurs évoqué par Philippe Collin, « lorsqu'environ 200Mt de céréales sont échangées chaque année dans le monde, 130 à 140Mt de maïs sont transformées en éthanol ». Ce qui laisse une marge dans les disponibilités alimentaires mondiales si l'on réduit les productions d'agrocarburants.

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