La filiale des Mousquetaires SVA Jean Rozé prévoit un retour à l'équilibre dès 2015 pour Gad rebaptisé Josselin Porcs Abattages. Les administrateurs judiciaires ont émis un avis favorable sur le projet d'Intermarché, estimant notamment que l'évolution vers un mode de production intégré est le mieux à même de garantir la pérennité de l'activité.
La société SVA Jean Rozé (abattage et transformation de viandes, pôle industriel des Mousquetaires) prévoit le retour à l'équilibre d'exploitation pour Gad dès 2015, selon le rapport des administrateurs judiciaires rédigé en vue de l'audience du 13 octobre dernier, qu'Agra a pu se procurer. En plus des 20 millions d'euros d'investissements annoncés (18 millions d'euros en 2015, 2 millions en 2016), l'industriel apporte 6 millions d'euros pour le besoin en fonds de roulement. Selon ses plans, le résultat d'exploitation devrait passer de 179 000 euros, à 3,8 millions d'euros puis 4,2 millions en 2015, 2016 et 2017. L'augmentation du résultat d'exploitation serait notamment permise par les investissements que SVA réaliserait dès 2015, précise le rapport. La société dirigée par Dominique Langlois a par ailleurs indiqué avoir négocié un contrat d'approvisionnement avec Cecab en dehors du périmètre de reprise. Tous ces éléments permettront, selon les administrateurs judiciaires, « d'évoluer dans un modèle de production intégrée qui, à l'heure actuelle, est celui le plus à même de garantir l'équilibre financier de l'activité reprise ».
Hémorragie des forces commerciales
Le rapport des administrateurs judiciaires énumère l'ensemble des éléments qui ont précipité les difficultés de Gad. Les mouvements sociaux liés à la fermeture de Lampaul ont perturbé l'activité de Josselin, avec une incidence sur les volumes de production et la destruction de produits finis d'une valeur de 2 millions d'euros dont la DLUO (date limite d'utilisation optimale) était dépassée. La crise sociale a impliqué le recours à de nombreux managers de transition, entraînant un surcoût non prévu. 70 salariés n'ont pu être licenciés que très récemment. La crise sociale a aussi entraîné le départ de 100 % des commerciaux B2B (interentreprises), 60 % des commerciaux GMS (grandes et moyennes surfaces) et 100 % des télévendeuses, qui ont quitté volontairement l'entreprise. La perte de clients et la méfiance des prospects a entraîné une perte de chiffre d'affaires de 30 %, tant en GMS qu'en B2B. L'embargo russe (depuis janvier) et le décalage entre le prix du porc en France et en Allemagne (depuis début avril) ont obligé Gad à absorber une très forte augmentation du porc à l'achat et une diminution des prix de vente.
Les actionnaires ont tenu leurs engagements
« Pendant toute cette période, les actionnaires ont exécuté leurs engagements prévus au plan (de continuation, ndlr), financiers ou opérationnels », indique le rapport, mais cela n'a pas suffi compte tenu de l'aggravation de la situation de l'entreprise. Pour rappel, le plan de continuation de Gad reposait sur la concentration de l'activité d'abattage et de découpe à Josselin, la sécurisation de l'approvisionnement du site à hauteur de 32 000 porcs par semaine (puis 37 000 et enfin 40 000) et la création d'un Ebitda additionnel sur trois ans de 23,5 millions d'euros pour passer de - 16 millions d'euros en 2012 à 7,5 millions d'euros en 2015. Les créanciers publics et privés ainsi que Cecab ont consenti des abandons de créances massifs pour la mise en place de ce plan.
Le pôle agroalimentaire de l'enseigne de distribution Les Mousquetaires (Intermarché), qui porte désormais un nom, Agromousquetaires, investira 125 M€ d'ici la fin de l'année dans ses outils de production, a indiqué l'enseigne dans un communiqué le 17 octobre. Le groupe mentionne un investissement de 23 M€ pour la création d'une ligne de production de lait en bouteille UHT en Loire-Atlantique et la construction d'une unité de préparation de commande automatisée de produits de charcuterie notamment en Ille-et-Vilaine. Il affiche son objectif de renforcer ses positions sur 12 filières de production, dont le bœuf, le porc, le lait, la boulangerie-pâtisserie, l'épicerie, les boissons non alcoolisées, les vins. Il affirme son positionnement : « Un producteur-commerçant engagé en faveur de la pérennité du tissu agricole et industriel local », avec « ambition d'être une charnière clé entre la production et la distribution ». A noter que le plan de reprise d'Intermarché pour Gad a été accepté par le tribunal de commerce le 16 octobre.
Dans un courrier envoyé le 16 octobre à la Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi), la CFDT estime que le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) prévu pour Gad n'a pas été correctement négocié, mentionnant « une consultation de pure forme qui enfante un PSE unilatéral ». Le syndicat demande donc à la Direccte de ne pas homologuer le PSE, comme le permet la loi relative à la sécurisation de l'emploi. Pour rappel, Intermarché, dont le plan de reprise a été accepté par le tribunal de commerce le 16 octobre s'est engagé à maintenir 530 emplois sur 755 et à injecter 20 millions d'euros sur le site.