Abonné

Management Gérer une exploitation agricole fait appel à davantage de compétences

- - 5 min

Soulignant des écarts croissants de performances entre les exploitations agricoles, les intervenants de la convention Agridis, une centrale d’achat d’agrofournitures pour les négoces agricoles, le 22 novembre, ont constaté que les compétences des agriculteurs pouvaient faire la différence.

«Les écarts de performances se creusent entre les exploitations agricoles en France », indiquait Jean-Marie Seronie, directeur CER France Manche, lors d’un colloque organisé par Agridis, centrale d’achat dédiée aux négoces, le 22 novembre à Orly. Un événement qui a permis de réunir une grande partie des agents technico-commerciaux de négoces agricoles travaillant avec Agridis en France.

Des écarts de performances croissants entre les exploitations

Selon Jean-Marie Seronie, entre les 10% d’exploitations les plus performantes et les 10% les moins performantes, les écarts sur la valorisation des prix du blé étaient de 20€ par tonne en 2004 et sont montés à 70€ par tonne en 2010. Il en va de même sur les niveaux de charges d’engrais. D’après lui, les exploitations les plus performantes ont tendance à continuer à s’améliorer, alors que celles qui le sont moins s’enfonceraient. Pour Jean-Marie Seronie, ces écarts grandissants s’expliquent par une variabilité croissante des marchés, indiquant que « l’agriculteur qui faisait comme le voisin est maintenant toujours à contretemps ». L’écart s’explique aussi par l’évolution des techniques agricoles, plus ou moins maîtrisées, dans un contexte où le recours à la chimie est de plus en plus contraint. « La maîtrise de ces nouveaux itinéraires techniques demande un accompagnement des agriculteurs », d’après Jean-Marie Seronie. Enfin, l’évolution de l’environnement économique et social de l’exploitation agricole peut jouer sur ses performances. « Il ne sert à rien de vouloir arrêter le temps, mais il faut s’adapter rapidement », a déclaré Jean-Marie Seronie.

Plus de compétences pour gérer une exploitation

Selon le directeur de CER France Manche, aujourd’hui, pour réussir en agriculture, en plus de prendre la bonne décision technique au bon moment, il faut des compétences d’ordres managériales et stratégiques. « Il est difficile d’avoir toutes ces compétences, il faut donc des associations d’exploitations pour regrouper les savoir-faire », a expliqué Jean-Marie Seronie. Cependant, Christophe Hillairet, président de la Chambre interdépartementale d’agriculture d’Ile-de-France, a souligné que « les associations de producteurs se font en période de crise, afin notamment d’optimiser les coûts, mais que les agriculteurs avaient tendance à vouloir revenir à plus d’indépendance quand la situation s’améliorait ». C’est un nouveau contexte de variabilité, d’imprévisibilité et de rapidité qui entoure les agriculteurs. « Si ce contexte n’est pas nouveau pour les éleveurs de porcs, pour les producteurs de grandes cultures et de lait, protégés par la Pac, une baisse de 25% des aides directes pourrait perturber l’équilibre de ces exploitations », a insisté Jean-Marie Seronie. D’après lui, la compétence des chefs d’entreprise sera l’enjeu essentiel dans la gestion des exploitations agricoles à l’avenir.

De conseillers pour accompagner le changement

Soulignant que, depuis 10 ans, le rapport entre la valeur ajoutée créée et les unités de travail utilisées stagnait dans les exploitations, Jean-Marie Seronie a indiqué que cela renvoyait à la création de valeur et non plus seulement à la maîtrise des charges. Que ce soit les agents technico-commerciaux, les conseillers de coopératives ou les centres de gestion, pour des aspects techniques ou comptables, l’accompagnement du changement dans les exploitations agricoles va engendrer des changements dans la façon de travailler des conseillers. « Les conseillers vont passer d’une logique de transmission des connaissances à une coproduction de connaissances avec des agriculteurs de plus en plus autonomes, compétents et innovants », selon Jean-Marie Seronie.

Mieux s’intégrer à son environnement sociétal

Par ailleurs, Christophe Hillairet a indiqué que, pour s’adapter, les exploitants agricoles devaient être à l’écoute de leurs concitoyens. Point sur lequel Jean-Marie Seronie a même préconisé la création d’un réseau local afin de faciliter l’intégration des exploitations à leur environnement sociétal. Un moyen, selon lui, de mieux faire accepter aux riverains des projets d’agrandissements d’exploitations par exemple. De son côté, Jean-Guy Lelu, directeur général d’Agridis, a déclaré : « Nous ne sommes pas seulement des vendeurs d’intrants, car nous n’avons pas les mêmes problèmes qu’il y a vingt ans, il faut proposer de nouveaux services ». Illustrant enfin la capacité à influer sur son environnement en créant un réseau, Franck Garnier, président de l’UIPP (Union des industriels de la protection des plantes), s’est félicité de l’inflexion du plan Ecophyto 2018, qui ne fixe plus l’objectif, tel qu’il était exprimé en 2007, d’une baisse uniforme de 50% si possible de l’usage de phytosanitaires. « Le gouvernement a pris conscience que l’économie est aussi importante que l’écologie en agriculture », a déclaré Franck Garnier, soulignant l’appui dont l’UIPP avait bénéficié sur ce dossier de la part de la FNSEA, des coopératives, des négoces ou des professionnels de l’agrofourniture.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.