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Analyse de marché Gestion du risque de prix : « Gardez vos stocks de maïs », conseille ODA

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La société de conseil Offre & demande agricole (ODA) souligne l'intérêt de conserver les stocks actuels de maïs pour obtenir un meilleur prix. Pour l'agriculteur, cela représente un gain potentiel de 80 euros par hectare. Explications.

« Le marché du maïs est en train de se tendre », a expliqué le p.-d.g. Renaud de Kerpoisson en conférence de presse le 5 mars. « En suivant notre stratégie, l'agriculteur peut gagner 80 euros par hectare grâce au stockage. » ODA base son calcul sur l'écart de prix « Matif » du maïs entre les échéances juin 2015, à 156 euros/t, et novembre 2015, à 167 euros/t. Le blé ne bénéficie pas d'une telle différence. Il s'agit donc de « faire de la place en vendant le blé à la moisson » et au contraire de garder le maïs afin de « bénéficier potentiellement d'un risque climatique dans le monde cet été » qui raffermirait les cours.

De fortes disponibilités pèsent aujourd'hui sur les marchés. ODA rappelle le niveau record de 991 millions de tonnes de maïs produites dans le monde, selon les chiffres du département américain de l'Agriculture (USDA). Résultat, les prix sont « relativement bas », idem pour le blé. « Il y a peu de potentiel de baisse », a estimé Renaud de Kerpoisson, pour qui le marché atteint un plancher.

Une baisse de production en vue

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Les disponibilités mondiales de maïs semblent toutefois devoir fléchir. « Pour de nombreux agriculteurs, les coûts de production dépassent les prix de vente, a souligné l'expert. D'où, au mieux, une stabilisation des surfaces prévues. Et la probabilité est faible de revoir les bons rendements de 2014 dans l'hémisphère Nord. » Concernant l'Union européenne, ODA table sur un même niveau de surfaces mais des rendements en baisse à 72,9 q/ha (contre 76,8 q/ha en 2014), soit une production ramenée à 69,7 Mt (73,8 Mt). L'Ukraine reculerait davantage. Avec une monnaie dévaluée de 50 %, ses importations de semences, engrais, phytos coûtent plus cher. Moins d'intrants risque de se traduire par une récolte limitée. Elle est prévue à 23 Mt (contre 27 Mt). Aux Etats-Unis, les agriculteurs décident leur assolement selon le rapport de prix entre le soja et le maïs, aujourd'hui à 2,37. Or au-delà d'un ratio de 2,20, la balance penche en faveur de l'oléagineux. ODA table sur des surfaces de maïs réduites à 35,79 M ha (36,66 M ha) et une production américaine ramenée à 341 Mt (361 Mt).

Au final, les stocks de fin de campagne sont évalués à la baisse. ODA les chiffre à 164,8 Mt de maïs dans le monde fin 2015-16. « Les stocks de maïs vont tomber à 60,7 jours de consommation, pas loin des 58,3 observés en 2012, a noté Renaud de Kerpoisson. À l'époque, les cours se sont envolés à plus de 7 dollars le boisseau, contre moins de 4 aujourd'hui. » Plusieurs sources de tension des prix sont déjà relevées. La sécheresse en Afrique du Sud réduit fortement la production de maïs, à 10 Mt (-3,5 Mt). Au Brésil, les emblavements accusent une à deux semaines de retard. Cela présente un risque pour la deuxième récolte de maïs (appelée « safrinha »), car la période optimale de semis est passée.

ODA dans une nouvelle phase de développement

« Nous visons une clientèle de 11 à 12 000 agriculteurs en Europe dans les cinq ans à venir », a confié Renaud de Kerpoisson, p.-d.g. d'Offre & demande agricole, en marge de sa conférence presse. La société de conseil en gestion du risque de prix compte aujourd'hui 4 000 clients, dont 2 500 en France. 80 % d'entre eux sont agriculteurs. S'y ajoutent des coopératives, négoces, quelques meuniers, biscuitiers. ODA possède 8 bureaux en France, plus 3 à l'international, au Royaume-Uni, en Ukraine, Pologne. Prochaine cible : la Roumanie. Si Renaud de Kerpoisson reconnaît une « mauvaise passe » il y a quelques années, avec des pertes d'abonnés, l'heure est à une nouvelle phase de développement. L'entreprise semble tirer profit de sa réorganisation en France et la montée en puissance de sa R&D.