À l’exception de la Coordination rurale qui a clairement affiché son soutien, les syndicats agricoles ne s’associent pas aux manifestations des Gilets jaunes du 17 novembre, même s’ils partagent le constat des difficultés rencontrées par la ruralité. Leurs opinions sur le mouvement et sur la question des carburants sont assez diverses, tout comme le niveau d’adhésion en interne.
À l’exception de la Coordination rurale (CR) – qui « apporte son soutien aux manifestations » – aucun syndicat agricole ne s’associe clairement au mouvement des Gilets jaunes, ont annoncé à Agra Presse leurs représentants nationaux. Le positionnement distant – malgré, le plus souvent, des accords sur le fond – peut d’abord s’expliquer par l’attitude de défiance exprimée par le mouvement des Gilets jaunes lui-même à l’égard des syndicats et partis politiques, et la volonté exprimée de ne voir apparaître aucun drapeau de parti politique ou de syndicat durant les actions. « C’est un rassemblement citoyen », explique par exemple le président du Modef Jean Mouzat, qui participera à titre personnel, comme de nombreux adhérents du Modef (voir encadré).
Cette distance semble aussi tenir au caractère imprévisible du mouvement, tant sur le terrain des idées et des affiliations, que des actions elles-mêmes : « C’est un mouvement citoyen qui a été largement récupéré, commente la présidente de la FNSEA Christiane Lambert. C’est devenu une contestation généralisée. Il y a des risques de dérapages. » Même constat à la Confédération paysanne, en d’autres termes : « La récupération de ce mouvement par l’extrême droite ne permet pas une alliance progressiste autour de cette date ». La Coordination rurale souhaite de son côté que les sections départementales qui y participeront évitent « les rassemblements politiques ou syndicats », et tout blocage. « De toute façon, ils seront peu nombreux », estime le président de la CR Bernard Lannes.
Des avancées récentes sur la TICPE
Par ailleurs, le contexte n’invite pas les syndicats à être particulièrement offensifs sur la question de la cherté des carburants. Dans le cadre de l’examen du PLF 2019, le gouvernement vient de rendre un arbitrage favorable aux revenus des agriculteurs sur la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) : l’exonération partielle ne sera plus avancée par les agriculteurs – ce qui « contribuera à améliorer la trésorerie des exploitations sur cette période, pour un montant de près de 500 millions d’euros », expliquait Edouard Philippe en septembre.
« Nous avons beaucoup travaillé sur la pérennisation de la TICPE qui a été pérennisée pour trois ans et simplifiée, commente Christiane Lambert. C’est une bonne avancée. » La FNSEA souhaite toutefois communiquer sur les « chiffres de la hausse liée aux matières premières » et sur les problématiques rencontrées par la ruralité. Constat similaire la Coordination rurale.
« Nous ne pouvons nous y associer sans qu’il prenne de la hauteur »
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Sur le sujet des carburants, la Confédération paysanne se démarque par une position singulière, intégrant fortement la thématique du changement climatique. Dans un communiqué, elle regrette que le remboursement de la TICPE « alimente les trésoreries en fonction du seul critère de consommation de carburant ». « Nous comprenons les raisons du mouvement, mais nous ne pouvons nous y associer sans qu’il prenne de la hauteur par rapport au changement climatique, et à la destination de la taxation », explique Olivier Girod, secrétaire national.
Dans un communiqué, la Confédération paysanne annonce qu’il faut « envisager un accompagnement vers des systèmes plus économes en énergies fossiles et une sortie progressive de ce mécanisme ». Elle propose même de plafonner le remboursement à 4 000 litres par an et par agriculteur, tout en garantissant « cette défiscalisation aux Cuma afin de valoriser l’investissement collectif ».
La Conf' propose de plafonner le remboursement de la TICPE par agriculteur
Forte adhésion aux Gilets jaunes chez le Modef, plus faible chez les autres syndicats
En interne, les adhésions au mouvement des Gilets jaunes semblent beaucoup varier d’un syndicat à l’autre. Au Modef, « la très grande majorité des adhérents souhaite y participer », constate son président Jean Mouzat. Constat inverse à la FNSEA et à la Conf': « Une énorme majorité de départements ne souhaite pas s’associer au mouvement », rapporte la présidente de la FNSEA Christiane Lambert. De même, « la grande majorité des départements ne s’associe pas », rapporte Nicolas Girod, secrétaire national de la Confédération paysanne. Enfin, le président de la Coordination rurale Bernard Lannes constate, de son côté, une adhésion « très hétérogène ».