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Gimbert Océan demande un assouplissement de la loi Egalim

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La PME familiale de produits de la mer surgelés Gimbert Océan sonne l’alerte. Depuis l’introduction de la loi Egalim, son chiffre d’affaires dégringole, menaçant son activité. Son fondateur et directeur Bernard Gimbert demande la fin de la limitation des promotions.

« La loi Egalim est une erreur. J’avais une entreprise florissante et aujourd’hui nous n’avons plus aucune perspective. » C’est un cri de colère que lance Bernard Gimbert, fondateur et directeur de Gimbert Océan, qui n'hésite pas à parler d’un « naufrage ». Jusqu’en 2019, tout était au beau fixe pour l’entreprise de produits de la mer surgelés, avec un chiffre d’affaires en croissance de près de 30 % par an en 2017 et en 2018. Mais l’introduction de la loi Egalim a mis un coup d’arrêt « très brutal » à cette croissance et les ventes ont chuté de plus de 20 % sur l’année 2019. Devant l’hémorragie, l’entreprise a supprimé un quart de ses emplois depuis le début de l’année, soit 22 postes sur 88. La coupable est toute trouvée pour Bernard Gimbert, il s’agit d’une disposition emblématique de la loi Egalim : l’encadrement des opérations de promotion. Pour lui, c’est une remise en cause totale du modèle économique de son entreprise : « La promotion est le bras armé des PME, puisque nous n’avons pas accès à d’autres formes de marketing. Jusqu’à présent, ce modèle nous profitait. Désormais, il se retourne contre nous. »

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Des dispositions critiquées qui ont été en partie corrigées par le Sénat le 14 janvier dernier. Un changement à la marge pour Bernard Gimbert : « Les corrections sont trop restrictives et nos activités ne rentrent pas dans leur champ d’application. » Craignant d’atteindre un « point de non-retour », le chef d'entreprise interpelle le gouvernement et appelle les PME touchées à se constituer en collectif pour mieux se faire entendre. Pour la PME du Gers, la seule solution est « l’arrêt immédiat et définitif de l’expérimentation sur la limitation des promotions en volume ». Il y a trois mois déjà, Bernard Gimbert a déposé une demande de dérogation auprès de la DGCCRF, restée lettre morte. « Cette dérogation nous aurait pourtant permis de récupérer la moitié de ce que nous avons perdu. » Pas question de baisser les bras pour autant : « Cette entreprise, c’est le travail de toute une vie. J’irai jusqu’au tribunal pour me faire entendre. » En cette période de négociation avec la grande distribution, ne rien faire « reviendrait à condamner l’entreprise et les 66 emplois restants », conclut-il.

À la racine du problème selon Bernard Gimbert, un « manque de prise en compte des besoins des PME » lors des Assises de l’Alimentation, puis de l’adoption de la loi Egalim et donc de l'encadrement des promotions en grande surface, maintenant encadrées et plafonnées à 34 % en valeur et 25 % des ­volumes. Mais, après plusieurs mois d’application, le constat est amer pour de nombreuses PME. Un premier bilan de la loi a été publié en novembre 2019 par la commission des affaires économiques du Sénat. Les rapporteurs ont tiré la sonnette d’alarme, décrivant les « effets pervers » de la loi. Dans ce rapport, pour lequel Bernard Gimbert a fait partie des chefs d’entreprise auditionnés, le rapporteur Michel Raison dénonce un texte « trop rigide pour de nombreux acteurs économiques. Il faut absolument rouvrir le dossier de l’encadrement des promotions en grande surface car certaines PME pourraient ne pas passer le cap des deux années d’expérimentation prévues dans la loi ».