« Pourquoi personne ne mandate l’ensemble des agences de l’UE (agence de l’environnement, des produits chimiques, de la sûreté alimentaire…) pour mener une étude holistique à la fois économique, sociale et environnementale » du glyphosate, s’est demandé le 18 février, lors d’un débat avec la commission de l’Agriculture du Parlement européen, le directeur général de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, Bernard Url. Ce serait, selon lui, le meilleur moyen d’avoir une vision complète sur cette question alors que les discussions sur sa réautorisation reprennent. L’autorisation de mise sur le marché de l’herbicide expire fin 2022. Son dossier sera envoyé par l’Efsa en juin 2021 aux quatre États membres rapporteurs (la France, la Hongrie, les Pays-Bas et la Suède) qui disposeront alors de 12 mois pour renvoyer à l’Efsa leur projet de rapport d’évaluation. Celui-ci sera publié pour une consultation publique puis s’ouvrira le processus de révision par les pairs pour, finalement, une présentation des conclusions finales à l’automne 2022 afin que les États membres puissent décider de sa réautorisation ou non. « Ce sera une décision politique », souligne Bernard Url.
Encore des suspicions
Des révélations récentes, sont venues entacher la précédente évaluation du glyphosate ayant conduit à sa réautorisation fin 2017. En effet, le Laboratory of pharmacology and toxicology de Hambourg, un des laboratoires ayant participé à la dernière évaluation du glyphosate, aurait manipulé et falsifié certains résultats de ces études. Ce laboratoire a été fermé et une enquête des autorités allemandes est en cours. Si Bernard Url admet que ces informations « sont très troublantes », il assure néanmoins que les résultats des 24 études (sur 900) réalisées par ce laboratoire, « même s’ils étaient retirés, ne changent rien aux conclusions générales rendues sur le glyphosate ». La Stratégie « de la fourche à la fourchette » que la Commission européenne doit publier le 31 mars prévoit notamment d’améliorer les systèmes d’approbation et d’autorisation des pesticides. Il y a du travail.
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Résidus de pesticides : Bruxelles sous pression
Sous la pression de pays tiers (États-Unis et Canada en particulier) et d’entreprises agrochimiques, la Commission européenne a abandonné son plan initial visant appliquer une tolérance zéro sur la présence de résidus de certains produits phytosanitaires – dont l’usage est interdit dans l’UE – dans les produits alimentaires importés, dénonce un rapport de l’ONG Corporate Europe Observatory spécialisée dans les conflits d’interêts. « Bruxelles a été confrontée à un nombre incalculable de visites, de lettres et de rapports, de plaintes et de menaces à l’OMC » qui l’ont poussé à revoir ses ambitions à la baisse, a constaté l’ONG. Le rapport final de bilan de santé de la réglementation européenne sur les pesticides devrait être présenté fin mars, en même temps que la nouvelle stratégie « de la fourche à la fourchette ». L’ONG CEO espère que ce rapport permettra de clarifier les intentions de la Commission en ce qui concerne les résidus de pesticides dans les marchandises importées.