L’Inrae, saisie par les ministères de la Transition écologique et de l’Agriculture, rendra son rapport sur les alternatives au glyphosate en grandes cultures d’ici la fin février. Christian Huyghe, directeur scientifique agriculture au sein de l’institut, détaille la méthode de travail, et évoque les premiers résultats.
Où en est le travail sur les alternatives au glyphosate ?
Nous avons commencé par la viticulture, qui nous semblait plus adaptée pour définir notre méthode, et nous avons remis le premier rapport en juillet dernier. Le rapport sur l’arboriculture a suivi en décembre, et celui sur les grandes cultures devrait suivre d’ici quelques semaines.
Comment déterminez-vous la viabilité des alternatives ?
Nous utilisons les enquêtes de pratiques culturales produites par le service de la statistique du ministère, le SSP. Ce sont des jeux de données qui décrivent précisément les pratiques sur 22 000 parcelles différentes. Sur la base de ces données, nous construisons ensuite des jumeaux statistiques. C’est-à-dire que pour une parcelle qui utilise du glyphosate, nous établissons des scénarios de déformation, en étudiant comment le retrait du glyphosate modifie l’ensemble des pratiques, et en identifiant une autre parcelle dans le jeu de données qui pourrait correspondre à cette modification. Dans ce cas, nous avons structuré la démarche sur la gestion de l’interculture.
Pourquoi s’être concentré sur ce stade ?
En France, il n’y a plus aucune application de glyphosate avant récolte, et les utilisations en végétation sont extrêmement limitées. La filière lin utilisait encore le glyphosate pour le rouissage, mais elle s’est engagée à supprimer cette pratique.
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Comment comparez-vous les jumeaux techniques sur le plan économique ?
Nous estimons les coûts des différentes pratiques, et nous les appliquons au Rica (données comptables), qui permet une analyse économique des exploitations. Nous reportons également les surcoûts à l’excédent brut d’exploitation, et au résultat avant impôts. Dans le cas des grandes cultures, parce que le sujet était sensible, nous avons dû recourir à des méthodologies d’économétrie fondamentale pour aboutir à quelque chose d’extrêmement robuste. À la fin, nous parvenons à évaluer le différentiel de prix avec ou sans glyphosate pour l’ensemble des exploitations, et à identifier les impasses.
Quelles sont ces impasses ?
Ce n’est pas à nous de publier les données détaillées, mais je peux dire que nous avons confirmé les résultats de 2017 : des différentiels très importants existent à certains endroits. Chose intéressante, les enquêtes ne recensent pas l’agriculture de conservation des sols mais le semis direct et les techniques culturales simplifiées. Or, en analysant les chiffres sur plusieurs années, on constate une augmentation de l’utilisation duglyphosate dans toute cette famille de pratiques. C’est-à-dire qu’avant, certains producteurs s’en passaient.
Ces résultats remettent-ils en cause le sursis accordé récemment par le ministère de l’Agriculture au glyphosate en agriculture de conservation ?
L’agriculture de conservation, telle qu’elle est portée par certaines associations, a construit son modèle sur l’existence du glyphosate. La question qui se pose maintenant, c’est quels sont les services rendus par ce modèle en termes de rendement, de fertilité des sols, de stockage de carbone, ou de vie biologique ? Et une fois que vous avez caractérisé les services, quelles sont les composantes du cahier des charges essentielles pour les conserver ? On passe d’une logique agricole qui repose sur les moyens, l’agriculture de conservation, vers une logique qui repose sur les objectifs, la production alimentaire et les services environnementaux. Nous avons plusieurs travaux en cours au sein de l’Inrae sur le sujet.