Le chinois Cofco serait devenu en deux ans le premier exportateur de grains depuis l’Argentine après le rachat successif de Noble en 2013 et Nidera en 2015. Le conglomérat chinois, qui détient par ailleurs des marques de produits carnés en Chine, assure désormais depuis l’Amérique du Sud l’approvisionnement d’un bout à l’autre de la chaîne alimentaire mondiale. Enquête à Buenos Aires.
Lors de la conférence organisée le 20 mars à Lausanne, Johnny Chi, le p.-d.g. du conglomérat public chinois Cofco International, résumait ainsi la mission de son groupe sur le marché des commodités agricoles : « Satisfaction de la demande comme priorité et intégration verticale d’une chaîne d’approvisionnement alimentaire présente sur six continents et qui s’appuie sur l’histoire de Nidera et de Cofco Agri ainsi que 13 000 employés en poste dans 35 pays, commercialisant des graines, des huiles végétales, du sucre, des semences, du café et du coton. »
Cofco est devenu en deux ans le premier exportateur de grains d’Argentine. Son entrée fracassante dans le groupe des ABCD (ADM, Bunge, Cargill et Dreyfus) inquiéterait ces derniers, selon les sources consultées à Buenos Aires. Gustavo López, du cabinet de conseil Agritrend, estime à 31 % la part de marché de Cofco sur le marché d’exportation de blé 2016-2017. Une source interne confirme sous couvert d’anonymat que son employeur est dorénavant, en Argentine, le numéro un de l’exportation de tourteaux de soja et tournesol, de maïs grain et le numéro deux en fèves de soja.
Pour rappel, l'Argentine est le premier exportateur mondial de tourteaux et d’huiles de soja et le troisième de fèves de soja. La source détaille : « Nous avons traité 13 millions de tonnes (Mt) la saison dernière. Les dirigeants chinois nous ont donné pour mot d’ordre, en arrivant à Buenos Aires : un plus un n’égale pas deux, mais trois ». Comprendre : le rachat de Noble et de Nidera, au niveau du trading, devait se traduire, pour eux, par une hausse supplémentaire des parts de marché. « Notre objectif, pour la saison 2017-2018 [le soja et le maïs étant semés en fin d’année en Amérique du Sud et récolté au début de la suivante] est de parvenir à commercialiser 16 Mt. »
Des parts dans les ports publics argentins
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En 2013, Cofco avait d’abord racheté Noble, lui donnant accès au marché du sud-est asiatique depuis Singapour. Puis le chinois a racheté Nidera, en 2015, une multinationale de plus grande envergure, détenant de nombreux actifs portuaires, des usines de trituration et de biocarburant. Ces deux opérations se sont concrétisées en Argentine par l'arrivée de cadres chinois à Buenos Aires, dont quatre délégués, « des personnes de confiance chargées de rapporter au siège », indique une source interne. Cofco prend le contrôle des opérations en Amérique du Sud, pas seulement pour approvisionner le marché chinois.
L’industriel et exportateur Nidera aurait également été choisi par Cofco pour ses actifs et son pôle semences. Nidera vend, en Argentine et dans le reste de l’Amérique du sud, les célèbres variétés de soja résistantes au glyphosate brevetées par Monsanto. De plus, au début des années 2000, Nidera a aussi été le semencier qui a lancé les variétés de blé dit « blé baguette », en partenariat de recherche avec le semencier français Benoist, dont les rendements obtenus en Argentine, d’un tiers supérieur à la moyenne, se sont vite traduits par un succès commercial. Nidera est par ailleurs un pilier du complexe agroindustriel argentin, qui possède trois usines de trituration, une usine de biodiesel de soja, un port à Lima et des actions dans deux ports publics à Necochea et Bahía Blanca.
En rachetant Noble et Nidera et en ayant en Chine des marques de produits carnés visibles à l’étalage, Cofco peut désormais, comme Cargill, assurer l’approvisionnement de ses aliments d’un bout à l’autre de la chaîne alimentaire mondiale.
Son entrée fracassante dans le groupe des ABCD (ADM, Bunge, Cargill et Dreyfus) inquiéterait ces derniers