L’AGPB et l’OFB (Office français de la biodiversité) ont publié le 30 octobre un guide à l’attention des céréaliers, détaillant neuf actions en faveur de la biodiversité pour faciliter à court terme la certification environnementale des exploitations (C2E), et renforcer à moyen terme ses ambitions.
Haies, bosquets, nichoirs, ou couverts végétaux : « Nous n’avons pas réinventé la poudre », promet David Granger, chargé de mission agriculture au sein de l’OFB, et en charge du programme Agrifaune. Si les techniques étaient donc déjà connues avant la parution de ce nouveau guide sur la préservation de la biodiversité dans les champs de céréales, c’est l’approche qui est nouvelle.
Car les neuf actions détaillées dans le guide rédigé conjointement par l’AGPB et l’OFB ne viennent pas de chercheurs, d’experts en entomologie, ni même de conseillers techniques, mais des principaux intéressés : les agriculteurs eux-mêmes. Dans le cadre d’un travail mené depuis 2017 par un apprenti-ingénieur encadré conjointement par l’AGPB et l’OFB, une centaine d’entre eux, volontaires du programme Agrifaune, ont été interrogés par téléphone et dans leurs exploitations.
« L’idée, c’était de valoriser le programme, et de porter à connaissance les efforts déjà réalisés », explique David Granger.
À chacun selon ses moyens
Les actions préconisées dans le guide exigent des efforts divers de la part des agriculteurs : si la pose de nichoirs dans les bâtiments est aisée, la plantation de linéaires de haie ou de bosquet peut être plus complexe. « D’une manière générale, la première pratique, c’est de moins agir, en se demandant par exemple si les broyages de bord de champs sont vraiment nécessaires, ou si le déchaumage ne peut pas être différé », résume David Granger. Autant de gestes en moins qui peuvent faire économiser du temps et du carburant.
« L’étape deux, c’est tout ce qui concerne la préservation de la faune, en réduisant la vitesse des moissonneuses, ou en revoyant la répartition des infrastructures agroécologique sur la ferme », détaille David Granger. Des efforts qui présentent moins de bénéfices économiques directs pour l’exploitant, mais qui se révèlent cruciaux pour la biodiversité, comme le montrent les nombreuses publications citées par le guide.
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Si la volonté des agriculteurs de prendre des risques techniques ou économiques peut être limitante, les conditions pédoclimatiques également, comme le souligne Benoit Piétrement, vice-président de l’AGPB en charge des dossiers environnementaux. « Les mosaïques de cultures pourront être plus difficiles à réaliser dans les zones intermédiaires », reconnait-il. Pour autant, les auteurs du guide n’ont pas souhaité présenter des initiatives régionalisées, confirme David Granger. « L’intérêt est avant tout de sensibiliser. En insistant sur les spécificités de chaque région, nous aurions pris le risque de nous tirer une balle dans le pied, et de décourager certaines expérimentations », estime David Granger.
Renforcer les ambitions de la HVE
« Ce document est lié à la stratégie mise en œuvre depuis trois ans pour accompagner les producteurs dans leur certification environnementale » des exploitations (C2E), précise Benoît Piétrement. Comme il l’explique, l’un des intérêts du guide, côté céréaliers, est aussi de faciliter l’obtention de la certification environnementale de niveau 2, ou de son niveau 3, la HVE.
Les réunions d’accompagnement vers les certifications, explique Benoit Piètrement, ont notamment permis aux producteurs de comprendre que certaines actions déjà mises en œuvre étaient susceptibles de faciliter l’obtention du Graal de la HVE. « Il y a des techniques, comme les couverts, qui prennent bien auprès des agriculteurs dans la plaine depuis quelques années. La réglementation est passée par là, notamment avec la directive nitrate, mais les gens se les sont appropriées, et il y a une envie sur le terrain d’agir pour son cadre de vie », poursuit Benoît Piétrement.
L’OFB, de son côté, espère même s’appuyer sur le guide au niveau ministériel pour renforcer à moyen terme les ambitions de la HVE. « Au contraire du bio, les certifications environnementales n’ont pas toujours de critères qualitatifs dans leurs cahiers des charges, et c’est un vrai manque », estime David Granger. Les prochaines versions des certifications, encourage-t-il, doivent intégrer des exigences renforcées. Dans le cadre des implantations de haies, ces cadres plus ambitieux pourraient par exemple recommander, au-delà d’une longueur de linéaire de haie, l’utilisation de végétaux locaux, ou une implantation en rupture de pente pour limiter l’érosion.
Un guide réalisé avec des agriculteurs