Dans une nouvelle campagne de communication, l’ONG Greenpeace plaide pour la fin des aides publiques aux « fermes-usines », qu’elle définit comme l’ensemble des élevages soumis à autorisation au titre des installations classées (ICPE). Définition que rejette la Confédération paysanne. La FNSEA dénonce par ailleurs la méthode de communication utilisée, une carte des « fermes-usines », qu’elle qualifie de « délation publique ».
Jusqu’ici, le concept de « ferme-usine » était principalement utilisé par la Confédération paysanne, depuis qu’elle avait lutté contre le projet de « ferme des 1 000 vaches » dans la Somme au début des années 2010. Lutte élargie ensuite à d’autres « fermes-usines » et à l'« industrialisation de l’agriculture », dont elle avait déjà établi une carte, en 2015, de quelques dizaines d’élevages en France. Il s’agissait de dénoncer, tout à la fois, la concentration des capitaux, les conditions de travail des salariés et d’élevage des animaux.
Désormais, c’est Greenpeace qui reprend le terme et le combat à son compte, en des termes contestés par la Confédération paysanne (voir encadré). L’ONG a lancé une pétition le 26 novembre contre « l’argent public » à destination des « fermes-usines ». Avec une définition nouvelle. Greenpeace estime que les « fermes-usines » peuvent se définir comme l’ensemble des élevages ayant été soumis à une procédure d’autorisation au titre des installations classée pour la protection de l’environnement (ICPE) – l’un des critères d’inscription étant la taille de cheptel. Soit 4413 ateliers en France.
La mesure proposée par Greenpeace : mettre fin à tout soutien public, en particulier de la Pac, à destination des exploitations agricoles intégrant ce type d’élevage. Comme lors de sa précédente campagne, au printemps, Greenpeace estime que les élevages les plus importants en taille sont trop soutenus par la Pac, et que ce soutien favorise la dégradation des milieux et les émissions de gaz à effets de serre. Au delà du postulat, à vérifier, qu’il existerait en Europe un effet de la taille des élevages sur les milieux naturels, l’argumentaire pose un problème : il ne fait pas la distinction entre les aides touchées pour l’atelier d’élevage et les aides touchées par l’exploitation dans son ensemble.
48 millions d’euros
Pour dénoncer le soutien aux « fermes-usines », Greenpeace avance d’ailleurs un chiffre de 48 M€ d’aides Pac, touchés par les exploitations comprenant ces élevages (1 400 d’entre eux, pour être précis), dont on ne sait pas s’il recouvre principalement des aides destinées à l’élevage ou à d’autres production. En tant qu’élevages « à base de céréales », les productions porcines et avicoles ne bénéficient pas d’aides couplées de la Pac. Les fermes porcines et avicoles bénéficient essentiellement d’aides à l’investissement. « 48 millions d’euros, comparés au budget de la Pac en France, ce n’est pas monstrueux, mais c’est 48 millions d’euros de trop », explique Suzanne Dalle, chargée de cette campagne pour Greenpeace. « L’objectif, c’est de créer un débat autour du modèle d’élevage qui doit être soutenu par les politiques publiques. »
Ce n’est pas la première fois que Greenpeace s’en prend aux élevages de grande taille. Au printemps, l’ONG plaidait pour que les aides Pac soient conditionnées au nombre d’actifs et au nombre d’animaux par hectare. Dans une communication spécifique aux soutiens de la Pac à l’élevage, elle estimait que la politique actuelle « encourage la pollution ». Plus largement, Greenpeace se bat pour limiter les émissions de gaz à effets de serre, en ciblant notamment la production et la consommation de viande dans le monde. Greenpeace porte l’idée que la production et la consommation mondiales de viande et de produits laitiers doivent être réduites de moitié d’ici 2050 pour atteindre les objectifs climatiques de l’accord de Paris. En France, elle porte notamment l’idée d’instaurer des repas végétariens dans les cantines scolaires.
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« L’objectif, c’est de créer un débat autour du modèle d’élevage »
La carte de Greenpeace relève de la « délation publique », selon la FNSEA
La publication par Greenpeace d’une carte précise des exploitations (environ 4 000) dont l’élevage est soumis à autorisation au titre des installations classées pour l’environnement (ICPE) relève de la « délation publique », estime la FNSEA dans un communiqué paru le 26 novembre, jour du lancement de la campagne de l’ONG qui vise à dénoncer les « fermes-usines » et leurs effets supposés sur les milieux naturels. « Dénoncer et jeter à la vindicte populaire des noms d’agriculteurs, des noms de ferme, des adresses, des lieux de vie, est violent. Extrêmement violent », regrette le syndicat, qui appelle le gouvernement à « condamner avec fermeté cette forme de délation et à apporter une réponse juridique face à ces méthodes ».
La Conf' conteste la définition des « fermes-usines » de Greenpeace
Après la critique de la FNSEA, la campagne de communication de Greenpeace contre les « fermes-usines » lancée le 26 novembre, vient de subir une autre attaque, plus inattendue, en provenance de la Confédération paysanne (Conf'), qui conteste, par voie de communiqué, la définition proposée par l’ONG. « L’industrialisation des fermes ne peut se résumer au seul critère environnemental ICPE retenu par Greenpeace, » estime la Conf'. Pour le syndicat, « une ferme importante en nombre d’animaux est classée ICPE mais n’est pas pour autant une ferme-usine. »