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Grippe aviaire : la filière foie gras en pleine réflexion sur ses pratiques

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Alors que les abattages préventifs sont en cours dans le Sud-Ouest, la filière foie gras examine de nombreuses pistes pour éviter une nouvelle crise, notamment le renforcement de la biosécurité dans les transports et les zones à forte densité d’élevages. Une réunion est prévue avec le ministre de l’Agriculture le 19 janvier. La stratégie vaccinale est écartée par l’Anses.

Alors que les abattages préventifs sont en cours dans le Sud-Ouest, dont on ne connaît pas encore l’effet sur la dissémination du virus H5N8, la filière foie gras réfléchit à ses pratiques. Après la mise en œuvre de « nouvelles règles de biosécurités » depuis l’été dernier, les professionnels souhaitent réviser une nouvelle fois les règles de fonctionnement de la filière. « Il y a une vraie réflexion dans la filière, toutes les idées sont sur la table, il n’y a pas sujet tabou », rapporte la directrice de l’Itavi, Anne Richard, à Agra Presse. Les professionnels souhaitent éviter, dans la perspective d’une nouvelle pression de grippe aviaire, l’année prochaine ou dans deux ans, que le virus ne se dissémine de nouveau une fois débarqué dans un élevage, comme ce fut le cas cette année. La réponse sera forcément différente de celle prise à l’issue de la dernière crise ; en 2016, elle avait eu pour conséquence l’amélioration de la biosécurité à l’intérieur des élevages. Cette année, elle devrait vraisemblablement conduire la filière à renforcer la biosécurité entre les élevages.

Biosécurité dans les transports et les zones à forte densité

Plusieurs sujets sont sur la table, rapporte Anne Richard : biosécurité dans les transports (nettoyabilité et bâchage des camions), renforcement de la biosécurité dans les zones denses en élevages (ne pas densifier les zones déjà denses, accentuer la désinfection des parcours, amélioration du confinement pour les périodes à risque), concentration géographique des gaveurs livrés par un même producteur de canards prêts à gaver, test des canards prêts à gaver avant livraison… Beaucoup de pistes, dont aucune n’est jusqu’ici privilégiée, assure Anne Richard : « Les professionnels écoutent les scientifiques, la DGAL. Le débat est en cours, la solution n’est pas trouvée ». Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a donné rendez-vous à la filière le 19 janvier, notamment pour évoquer la révision du fonctionnement de la filière (mais aussi les indemnisations), et une nouvelle charte du transport des animaux est actuellement en construction dans la filière.

Les crises avaient fait évoluer l’élevage de gallinacés

Même si les professionnels se gardent bien de stigmatiser ouvertement la filière, les regards vont se faire de plus en plus insistants vers le Sud-Ouest et le foie gras si elle n’évolue pas. C’est par elle que le statut indemne de grippe aviaire de la France a été perdu il y a plus d’un an (et par là de nombreux débouchés à l’export), et elle est vue comme une filière en retard sur le plan de la biosécurité. « En gallinacés, les problèmes sanitaires ont fait évoluer la filière, notamment la salmonelle, explique Anne Richard. Le canard est un animal tellement rustique que les règles de biosécurité étaient moins drastiques que dans les autres filières Et de fait, le besoin ne s’était pas fait sentir jusqu’ici. ». La filière foie gras a aussi une particularité, c’est d’avoir développé le transport d’animaux vivants entre élevages (entre éleveur et gaveur), qui n’existe pas dans les autres filières volailles de chair.

La stratégie vaccinale écartée

La solution vaccinale est pour l’instant écartée par les scientifiques de l’Anses (voir interview). Parmi les partisans de la vaccination, on compte le président du directoire du groupe Grimaud, qui commercialise des animaux reproducteurs (volailles, palmipèdes, lapins) à travers le monde entier. Las de voir ses exportations entravées, Frédéric Grimaud a publié une lettre ouverte le 3 janvier, dans laquelle il plaide pour le changement des règles de l’OIE et un développement de la vaccination chez les volailles de plein air.
Outre son efficacité, l’un des problèmes majeurs opposés à la vaccination est qu’elle entrave les exportations. Selon les services de l’OIE, les règles ne sont pas en cause, mais ils constatent que « de nombreux pays préfèrent stopper les marchés au motif que la vaccination pourrait masquer des animaux infectés et donc pourrait malgré tout présenter un risque d’introduction de la maladie sur leur territoire ».

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La Confédération paysanne demande la fin du confinement

Dans un communiqué le 10 janvier, la Confédération paysanne a exposé plusieurs demandes concernant la gestion de l’épizootie de grippe aviaire, dont la première consiste à l’arrêt du confinement des palmipèdes dans les bâtiments. Le syndicat avance deux arguments principaux : « La DDSPP (Direction départementale de la protection des populations) a exclu de toute responsabilité la faune sauvage », estime Sylvie Colas, en charge du dossier grippe aviaire. Et « dans les faits, tous les canards prêts à gaver sont restés dehors dans le Gers. » La Conf' demande par ailleurs une prise en charges des « conséquences directes et indirectes du vide sanitaire » dans les indemnisations, « un soutien psychologique des éleveurs », « l’adaptation des mesures de biosécurité pour les éleveurs fermiers » et « une remise à plat du fonctionnement de la filière ». Parmi les propositions de la Conf' sur le fonctionnement de cette dernière, la limitation des distances de transport, ou une réflexion sur la génétique des canards. Sur ce dernier point, l’Itavi estime qu’aucun élément ne permet de dire que certaines espèces soient plus résistantes que d’autres.

Grippe aviaire dans le Gers : des origines très diverses de dissémination

Contrairement à ce qu’affirmait le 10 janvier la Confédération paysanne, la Direction département de la protection des populations (DDCSPP) du Gers n’a pas exclu totalement la responsabilité de l’avifaune dans la dissémination de l’influenza aviaire dans le département. Le compte rendu du dernier comité de pilotage influenza aviaire du département, qui s’est tenu le 5 janvier dernier, indiquait les résultats suivants pour les 38 foyers étudiés. 21 d’entre eux avaient une origine très probable identifiée (pour les 17 autres, elles ne sont pas clairement identifiées). Parmi ces 21 cas, six ont pour origine probable « l’avifaune seule », un cas aurait une origine « aérienne », cinq un « véhicule », quatre des « animaux », 3 des « animaux ou véhicules » et un cas « des animaux ou avifaune ».

Grippe aviaire : l’abattage préventif étendu à 37 nouvelles communes

La zone d’abattage préventif des palmipèdes a été étendue à 37 nouvelles communes dans quatre départements du sud-ouest touchés par l’influenza aviaire H5N8, selon un arrêté publié le 10 janvier au Journal officiel. Quatre communes ont été retirées. La plupart des communes ajoutées à la liste se situent dans les Landes et dans les Pyrénées-Atlantiques. Le virus H5N8 continue de s’étendre dans les élevages du sud-ouest et avait contaminé 109 exploitations le 9 janvier, selon les derniers chiffres du ministère. Les abattages préventifs devraient s’arrêter en fin de semaine prochaine, et les résultats des premiers abattages (apparition de nouveaux foyers ou non dans ces zones) devraient être connus également la semaine prochaine, rapporte Anne Richard (Itavi).