Les entreprises commerciales d’État sont un des enjeux essentiels des négociations agricoles du cycle de Doha. Bruxelles et Washington accusent en effet le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande de recourir, en pratiquant des subventions croisées entre importations et exportations, à leurs monopoles d’État sur les échanges de produits agricoles - en particulier le blé et les produits laitiers - pour soutenir leurs producteurs par un mécanisme de double prix : un prix d’achat élevé versé aux producteurs nationaux et un prix de vente plus faible fixé par les marchés mondiaux.
Dans une lettre adressée aux partenaires de l’OMC début mai par les commissaires au commerce et à l’agriculture, Pascal Lamy et Franz Fischler, l’UE s’est dit disposée à discuter de l’élimination des subventions versées par Bruxelles aux exportations agricoles communautaires, mais a exigé en contrepartie que toutes les autres formes de soutien à l’exportation soient mises sur la table des négociations, y compris les entreprises commerciales d’État canadiennes, australiennes et néo-zélandaises. Ottawa, Canberra et Wellington se disent disposés à ouvrir la discussion sur le fonctionnement de leurs entreprises d’État mais pas sur leur existence même.
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En mars 2003, les Etats-Unis ont porté plainte devant l’OMC contre le Canada en dénonçant la concurrence déloyale que constitue, selon eux, la Commission canadienne du blé (CCB), premier exportateur mondial. Dans une première décision rendue en février, l’organe de règlement des différends de l’OMC a partiellement donné raison à Washington, qui qualifiait notamment l’accès du blé américain au système de transport canadien de « discriminatoire », mais a rejeté sa demande pour que soit démantelée la CCB. Le Canada fait valoir que celle-ci est une émanation des producteurs canadiens de céréales, et non du gouvernement, et qu’elle ne reçoit de ce fait pas de subventions. Ottawa reconnaît cependant que certaines politiques du secteur canadien des céréales sont incompatibles avec ses obligations à l’égard de l’OMC.
« Dans certains cas, les gouvernements ont sans doute versé de l’argent à ces entreprises commerciales d’État lorsqu’elles en ont demandé », souligne Allen Johnson, le négociateur américain à Genève. L’Australie assure ne pas verser de subventions à la Commission australienne du blé, deuxième exportateur mondial, et être prête à « une discipline accrue à propos des pratiques qui perturbent le commerce ».