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UE-Appellations Gruyère : la France pourrait perdre son fromage

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Il n’y aura pas de guerre des gruyères entre la France et la Suisse. En tous cas pas sur l’appellation gruyère et pas du coté français. Pour le Syndicat Interprofessionnel du Gruyère (SIG), les deux pays sont en effet engagés dans le même combat pour conserver l’appellation au niveau international. En revanche, face à la perspective de ne pas se voir reconnaître l’IGP pour leur zone de production, les producteurs français sont montés à Paris pour exprimer et expliquer leur inquiétude lors d’une conférence de presse.

Depuis les accords de Stresa, en 1952, un pacte de non agression existe entre les producteurs français et suisses de gruyère. A cette date, les deux pays ont en effet reconnu la copaternité de leur fromage. La guerre des gruyères, entre la France et la Suisse, au sujet de l’appellation, n’a donc pas lieu d’être. En revanche, le « danger » pour le gruyère produit en France résiderait aujourd’hui, selon les producteurs, dans une perte pure et simple de la possibilité d’utiliser le nom gruyère dans le cadre du passage à l’appellation européenne.

Un an de procédure pour l’IGP
En mars 2007, l’AOC gruyère a été consacrée en France. Les démarches ont alors été engagées pour obtenir l’AOP (Appellation d’origine protégée) européenne. Face à l’impossibilité de l’UE de reconnaître l’AOP au regard de la définition même de l’appellation qui requiert notamment « des caractéristiques communes pédoclimatiques, une durée minimale de pâturage des animaux » ou encore « une description circonstanciée des caractéristiques organoleptiques inhérentes à l’aire géographique », et sur recommandation de du commissaire européen Dacian Ciolos, la France a déposé une demande en IGP (Indication géographique protégée). L’IGP bénéficiant de la même protection juridique que l’AOP, le gruyère français serait ainsi protégé au niveau européen et pourrait cohabiter avec son homonyme suisse.
Il reste que, selon le SIG, si le cabinet du ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Pêche a rappelé sa volonté de voir aboutir ce dossier, aucune garantie à ce jour n’est fournie. La décision, qui ne sera pas connue au mieux avant un an (durée minimale de la procédure) relève en effet de l’administration européenne. En cas de non reconnaissance de l’IGP, le gruyère français n’en serait plus et devrait changer de nom. La filière française du gruyère comprend 245 producteurs de lait, présents sur 5 départements (Haute-Saône, Doubs, Jura, Savoie, Haute-Savoie) – sachant que l’aire géographique s’étend sur une partie des départements de l’Ain, de la Côte d’Or, de l’Isère, de la Haute-Marne, de la Saône et Loire, des Vosges et du territoire de Belfort –, 10 ateliers de transformation et 4 sites d’affinage. 2 000 tonnes de gruyère sont produites chaque année, ce qui génère un chiffre d’affaires estimé à 14,6 millions d’euros. La production de gruyère est donc faible, notamment si on la compare à celle de l’emmental qui pèse 340 000 tonnes, et donc plus fragile.

Un risque d’invasion par les pays tiers
Côté Suisse, qui n’est pas membre de l’UE et n’est donc pas soumise aux mêmes contraintes de cahier de charges que les producteurs français, les producteurs helvétiques ont demandé une reconnaissance du nom gruyère par accord bilatéral. Depuis le mois d’août, après trois années de combat administratif, la Suisse, qui en produit 29 000 tonnes, a obtenu l’AOC. Si la France n’obtenait pas l’IGP, nos voisins helvètes seraient les seuls à pouvoir vendre du fromage sous l’appellation « AOC Switzerland - gruyère » dans l’Union européenne.
Quant au reste du monde… La Nouvelle-Zélande, l’Australie et même l’Autriche et l’Allemagne produisent du gruyère. Pour les producteurs français, au cas où l’IGP ne serait pas reconnue par Bruxelles, ces pays continueraient à produire impunément et à vendre du fromage sous la marque gruyère, arguant du caractère générique du nom. Dès lors, le seul rempart à une invasion de fromage des pays tiers, réside dans une protection au plan mondial dans le cadre des accords de l’OMC.

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