Dans le court terme, il ne faut attendre de miracle ni de la recherche, ni de la lutte intégrée ni du bio : « C’est au niveau des pratiques agricoles qu’on peut faire des progrès pour réduire l’utilisation des phytos », affirmait Guy Paillotin le 10 avril. Il s’exprimait à l’occasion d’un atelier de Vivea, le fonds de formation des exploitants agricoles que préside Christiane Lambert. Pour Guy Paillotin, le rôle de la formation des exploitants sera donc crucial pour atteindre l’objectif fixé par le Grenelle de l’environnement : réduire si possible de 50 % l’utilisation des produits phytosanitaires dans l’agriculture. L’ancien président de l’Inra a pour mission de proposer un dispositif au ministre de l’agriculture.
La réduction de l’usage des phytos dans l’agriculture passera forcément par d’intenses efforts de formation des exploitants. Telle est la conviction de Guy Paillotin, ancien patron de l’Inra, à qui Michel Barnier a demandé de lui proposer un dispositif efficace. Un des grands objectifs du Grenelle de l’environnement est en effet de réduire, si possible de 50 %, l’usage des phytos dans l’agriculture française. Le recours à la formation ne pouvait que passionner les quelque 200 participants à un atelier Vivea devant lequel Guy Paillotin s’exprimait. Thème de la rencontre : « Agriculture et développement durable, la formation continue comme levier pour l’appropriation et l’action ». Cette réunion avait pour but, « non de prendre position sur les grands thèmes du Grenelle, mais de mieux cerner les besoins en formation des exploitants », explique Christiane Lambert.
La responsabilité de l’agriculteur
Ces besoins pourraient être considérables, si l’on suit le raisonnement de Guy Paillotin. Les solutions les plus rapides pour réduire ces phytos de moitié ne pourront venir de l’extérieur : les résultats de la recherche ne viendront pas avant cinq ou six ans ; la lutte intégrée ou l’utilisation de produits naturels ne suffiront pas à atteindre l’objectif prévu ; le bio, en raison des coûts de production, ne pourra qu’être une solution partielle ; en même temps, compte tenu des problèmes de pouvoir d’achat, il paraît exclu que le pouvoir politique surtaxe fortement les produits dont on veut réduire l’usage.
Pour toutes ces raisons, « on ne peut pas exclure la responsabilité de l’agriculteur de base », explique Guy Paillotin. Et d’ajouter : « Il faut probablement former tous les agriculteurs en sachant qu’il y en aura certainement bien moins dans dix ans ». Mieux : « C’est le savoir-faire des agriculteurs qui est au cœur du projet ». Le défi est d’autant plus grand qu’en ce qui concerne le poids des phytos, « la France est en tête du train ».
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Le temps de la recherche
Évoquant le rôle de la recherche en agronomie, Michel Griffon, responsable de ce secteur à l’agence nationale de la recherche, confirmait que le « temps de la recherche » ne coïncide pas avec le temps politique. Les résultats n’arrivent, au mieux, que 6 ou 7 ans après le lancement des programmes. Or, la France a du retard à rattraper, principalement dans le domaine de la connaissance des sols et dans celui de la lutte intégrée. Michel Griffon a longuement évoqué l’avantage qui pouvait être tiré d’une agriculture renonçant au labour, à condition qu’on « maîtrise le fonctionnement biologique du sol ». De même, en matière de lutte intégrée, seules quelques interactions entre couples d’organismes ont été vraiment étudiées. Or, « il y a des millions d’interactions entre organismes, interactions qu’il faudrait connaître », selon lui. Malheureusement, « la recherche publique s’en est désintéressée » jusqu’à maintenant.
La demande de formation
Si la formation des exploitants est majeure pour appliquer les orientations du Grenelle de l’environnement, encore faut-il savoir de quelle manière cette formation est perçue. Évoquant un plan ayant concerné, en Bretagne, près de 300 agriculteurs à propos des problèmes de qualité de l’eau, Jean-Luc Fossé, vice-président de la Chambre d’agriculture d’Ille et Vilaine, estimait que l’opération avait été un succès. 76 % des exploitants ayant suivi la formation avaient, ensuite, changé leurs pratiques. Sur ce total, 70 % n’avaient pas eu de baisse de rendement et 45 % avaient réalisé des économies en matière de charges. En revanche, pour bon nombre d’entre eux, suivre une formation longue représente toujours une difficulté. Pour être efficaces, ces formations doivent inclure une bonne proportion de démonstrations, se situer en termes de préférence, avec un formateur qui se présente comme un guide pour les pratiques plutôt qu’avec un cours magistral. En tout cas, la demande et la prise de conscience des agriculteurs semblent réelles. Selon Christiane Lambert, la demande de formation sur les questions environnementales et de qualité est en hausse. En 2006, plus de 100 000 heures de formation ont été financées par le fonds Vivea sur les questions d’environnement et de qualité.