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OMC Hésitations sur les conditions d’une relance des négociations

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Les « sherpas » qui préparent le prochain sommet du G-20, début avril, ont du mal à dégager une position commune sur la relance du cycle de Doha. Sur ce point, le sommet européen des 19 et 20 mars à Bruxelles, consacré pour l’essentiel à la lutte contre la crise économique et financière, devait se déclarer « conscient que des échanges commerciaux libres et équitables sont un facteur essentiel de la reprise mondiale » et se contenter d’« appeler de ses vœux une conclusion rapide des négociations commerciales bilatérales » et des pourparlers de l’OMC.

Chargés de préparer le sommet du G-20 (pays industrialisés et émergents) le 2 avril à Londres, les représentants personnels (« sherpas ») des chefs d’Etat ou de gouvernement considèrent qu’un message antiprotectionniste fort devra ressortir de cette réunion.

En revanche, ils ont plus de difficultés à trouver un consensus sur les moyens de parvenir à la conclusion du cycle de Doha.

Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC, a été invité par le Premier ministre britannique, Gordon Brown, à participer au sommet de Londres.

Une réunion ministérielle à Genève pour faire le point

Une réunion ministérielle des membres de l’OMC devrait être convoquée au cours du second semestre de cette année non pas, spécifiquement, pour tenter de conclure les pourparlers du cycle de Doha, mais pour faire le point globalement sur la finalité de ces négociations et le rôle de l’organisation dans le contexte actuel de crise économique et financière. La décision de principe pourrait être prise lors de la session des 27 et 28 mai du Conseil général de l’OMC, selon son président, l’ambassadeur du Chili Mario Matus.

Pascal Lamy espère, pour sa part, une réunion ministérielle cet été pour trouver un compromis sur les modalités du cycle de Doha Voir n° 3193 09/03/09. L’échéancier politique est toutefois complexe : nouvelle administration américaine, élections législatives en Inde en avril-mai, nouvelle Commission européenne à l’automne.

Pays émergents : appel du représentant américain pour le commerce...

« Une conclusion positive (du cycle de Doha) serait l’ouverture de nouveaux marchés pour les travailleurs, les agriculteurs et les entreprises américains, sans que les Etats-Unis aient à supporter la part du lion des concessions qui doivent être faites pour obtenir un compromis », a souligné devant la commission des finances du Sénat le représentant au commerce de l’administration Obama, Ron Kirk, dont la nomination a été confirmée le 18 mars par les sénateurs.

Le cycle de Doha est, « de toute évidence, la plus grande négociation commerciale en cours », a estimé l’ancien maire de Dallas, et « en déterminer les prochaines étapes est une priorité ».

Toutefois, selon lui, « une grande partie de l’impasse actuelle peut être trouvée dans la question sans fin de savoir si les principales économies émergentes comme la Chine, le Brésil et l’Inde prendront de nouveaux engagements d’ouverture de leurs marchés ».

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... et mise en garde l’OCDE

Les pays émergents ont accru la taxation des exportations de produits agricoles ces dernières années pour faire face aux risques de crise alimentaire, une pratique que l’OCDE juge contre-productive, dans un rapport publié le 17 mars. Consacré aux « politiques agricoles des économies émergentes », celui-ci étudie les mesures adoptées en Afrique du Sud, Brésil, Chili, Inde, Ukraine (exportateurs nets), Chine et Russie (importateurs nets) pour assurer l’approvisionnement alimentaire dans le contexte de hausse des prix des dernières années.

Les « mesures les plus courantes ont consisté à réduire ou à suspendre les droits d’importation sur les produits alimentaires, ou à imposer des obstacles à l’exportation, par exemple sous forme de taxes » comme en Ukraine et en Russie, constate le rapport. Or les obstacles à l’exportation font « du tort aux agriculteurs nationaux », « limitent l’incitation à produire » et « nuisent aux partenaires commerciaux qui dépendent des importations », souligne l’Organisation de coopération et de développement économiques, qui rassemble essentiellement des pays industrialisés.

Ces mesures peuvent « accroître les apports alimentaires » à court terme mais le renforcement du protectionnisme et l’adoption de politiques d’autosuffisance risquent d’accentuer l’instabilité des prix des produits agricoles sur les marchés mondiaux et de réduire les échanges », avertit l’OCDE.

Celle-ci suggère plutôt de « développer les cultures à rendement élevé » et d’« assurer des niveaux de revenus plus élevés et durables aux agriculteurs ».

Risque de nouvelle flambée des prix

Face à la crise alimentaire de 2007-2008, l’OCDE note aussi que la Chine, la Russie et l’Ukraine ont instauré un contrôle des prix agricoles, ce qui brouille, selon elle, le signal envoyé aux marchés. Par ailleurs, la Chine et l’Afrique du Sud ont modifié leur politique de production de biocarburants tandis que le Chili et l’Afrique du Sud ont accordé des aides directes, financières ou alimentaires, aux plus démunis.

L’OCDE recommande pour le long terme de « réduire le soutien public accordé à certains produits de base » pour le réorienter vers « la recherche, les infrastructures, la formation ou la commercialisation ». Pour autant, les subventions aux agriculteurs dans les économies émergentes restent très inférieures à celles des pays développés : entre 4 % et 14 % en 2005-2007, contre une moyenne de 26 % dans l’OCDE.

La crise financière fait aussi peser des risques sur l’agriculture des pays émergents, souligne le rapport : réduction des « possibilités de prêts aux agriculteurs », diminution de « l’investissement direct étranger », accentuation du repli des prix amorcé depuis l’été 2008, avantageux pour les consommateurs mais qui risque d’engendrer une diminution de la production, des pénuries et, à plus long terme, une nouvelle flambée des prix.