En marge du séminaire du Copa/Cogeca sur le thème du rééquilibrage des pouvoirs au sein de la chaîne alimentaire entre producteurs/transformateurs et grande distribution , Horacio Gonzalez Aleman, secrétaire général adjoint de la de la FIAB (Fédération espagnole des industries de l’alimentation et des boissons) et président de la task-force « relations commerciales » à la CIAA (Confédération des industries agroalimentaires de l’UE) a accordé un entretien exclusif à Agra alimentation. Il résume la position de l’industrie agroalimentaire européenne face au phénomène de concentration de la grande distribution au sein de l’Union.
Agra alimentation :Vous avez participé à ce séminaire sur le rééquilibrage des pouvoirs au sein de la chaîne alimentaire. Quels sont les enseignements principaux que vous en tirez ?
Horacio Gonzalez Aleman: Je retiens d’abord un intérêt commun à tous les acteurs de la chaîne alimentaire. C’est-à-dire qu’auparavant c’était plutôt l’industrie qui était préoccupée par ce problème de déséquilibre au profit de la seule distribution, alors que je vois aujourd’hui que ce sont aussi les producteurs primaires, les coopératives qui sont également touchés et qui sont intéressés à ce que l’on trouve un équilibre dans la chaîne alimentaire. Voir cette attitude positive et encourageante de la part des agriculteurs réunis dans ce séminaire c’est une bonne chose pour nous industriels.
Tout au long du séminaire les uns et les autres ont suggéré des solutions pour faire face à ce déséquilibre mais au final ils semblent apparemment un peu démunis ?
Oui et non. Je dois tout d’abord rappeler un principe général qui fait que, du moment que nous sommes sur un marché libre, ce sont les forces du marché qui doivent jouer. Le problème aujourd’hui est créé par ce déséquilibre, par cette asymétrie que l’on constate dans les relations commerciales. Il est évident qu’une des parties, la grande distribution, abuse de sa position dominante. Ce déséquilibre constitue la clé des discussions que nous menons avec les producteurs. Il faut donc revenir à un équilibre.
Et comment allez-vous vous y prendre ?
Notre idée c’est d’abord d’établir un cadre réglementaire minimal au niveau européen. On a vu très clairement que chaque pays fait face à une situation particulière. Si on regarde les choses dans un contexte européen cela n’a pas beaucoup de sens : on n’arrête pas de parler du Marché Intérieur, de la compétitivité, de l’Agenda de Lisbonne, etc…alors qu’aujourd’hui on voit qu’en ce qui concerne du moins la distribution alimentaire il n’y a pas vraiment un marché unique. Et il faut développer ce marché unique. Comment ? Tout d’abord avec des règles législatives minimales, très claires, disons un cadre législatif général qui soit le même pour tous les pays et qui soit respecté par tous. Cadre qui serait accompagné de mesures complémentaires pour les entreprises, que ce soit en matière d’aides financières, de formation, de transfert de know-how, etc… En somme tous les soutiens qui peuvent être apportés aux petites et moyennes entreprises qui forment comme vous le savez l’essentiel de notre économie et qui les aideraient à mieux gérer leurs marchés et leurs produits.
A ce propos avez-vous entendu le représentant de la DG Concurrence de la Commission dire que dans le domaine du commerce de détail cette direction n’a pas tellement de possibilité d’agir ?
A mon avis la Commission a deux philosophies différentes. Si l’on prend la philosophie de la DG Concurrence, effectivement l’élément-clé pour elle c’est la satisfaction et le bien-être du consommateur, toute son analyse est entièrement centrée sur les intérêts du consommateur. C’est une façon de voir les choses que je ne partage pas. De l’autre côté nous avons les DG Entreprise et Industrie et Marché Intérieur et Services qui sont plus sensibles à nos problèmes et qui constatent aussi cette asymétrie dans la chaîne alimentaire et jugent nécessaire de la corriger. Alors la solution ne dépend peut-être pas du droit de la concurrence mais du droit commercial. Il faut à mon avis trouver un cadre législatif minimal pour les relations commerciales au niveau européen. Au sein de la CIAA nous sommes en train de finaliser une initiative, que nous appelons un Plan d’action, que l’on présentera par la suite à la Commission et qui consiste à dire qu’une fois qu’un problème est identifié celui-ci devrait dans la mesure du possible être résolu d’une façon globale. Cela peut consister en un cadre législatif, pas trop fourni je le souligne, et également en des mesures d’accompagnement.
Le modèle législatif français évoqué durant ce séminaire, peut-il à vos yeux contribuer à une solution du problème ?
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Je pense au final que les Français sont arrivés à une solution certainement positive. Mais ce qui ne va pas c’est qu’en France c’est trop réglementé, trop strict et que c’est un système basé sur le conflit plutôt que sur la coopération. A mon avis il faut trouver une solution par la voie de la coopération.
Durant ce séminaire on a tout le temps rejeté la faute sur le seul secteur de la distribution. Les autres acteurs de la chaîne alimentaire n’ont-ils rien à se reprocher ?
Effectivement nous aussi nous devons entamer une réflexion sur nous-mêmes. Notre problème vient aussi de notre atomisation que ce soit au niveau des agriculteurs ou à celui des industriels. Si l’on observe les données économiques on constate que la distribution s’est fortement concentrée alors que nous l’industrie nous continuons à être des PME et même de très petites entreprises. Idem pour les agriculteurs. Mais je pense que ce sont les forces du marché qui nous conduiront sur la voie de la concentration. Je le crois vraiment.
On a beaucoup parlé des délais de paiement lors de ce séminaire. Quelle réflexion est menée à ce sujet au sein de la CIAA ?
A la CIAA nous pensons que les délais de paiement vont être un des problèmes qui seront soulevés à court terme entre l’industrie et la distribution. Mais ce n’est pas le seul problème, on doit aussi parler avec la distribution de la coopération commerciale, de la logistique, de l’assurance-qualité, etc… Nous avons plusieurs sujets à débattre avec la distribution.
Que pensez-vous de cette idée qui a été avancée lors de ce séminaire et qui consiste à développer un partenariat entre producteurs et distributeurs ?
C’est une belle idée mais il ne faut pas prendre le problème maillon par maillon, d’une façon isolée: agriculteurs, transformateurs, distributeurs… Non, nous sommes tous dans une chaîne alimentaire et nous devons travailler ensemble, coopérer, collaborer pour qu’à la fin du processus le consommateur puisse avoir le meilleur produit alimentaire. Quand j’entends la grande distribution parler de « coopération » je me méfie. Pourquoi ? Parce que la réalité est bien différente. Quand on travaille avec certains distributeurs on leur dit qu’on va partager la coopération commerciale. Pour eux le « partage » signifie que c’est au fournisseur, au producteur et à l’industriel de payer les 100% de cette coopération. C’est tout sauf un partage ! La coopération c’est travailler tous ensemble et donner à chacun une partie du total.
Quelle solution tirez-vous de ce diagnostic de déséquilibre producteurs/distributeurs ?
Après l’intervention de Juan Antonio Salazar Romero, de la DG Entreprise et Industrie, je pense que ses services se sont vraiment penchés sur le dossier. Nous attendons pour la fin de l’année ou le début de 2008 une initiative de la part de la Commission. Je crois que l’on peut s’attendre à des modifications législatives, pas seulement dans le domaine de la chaîne alimentaire mais qui devraient porter sur l’ensemble de l’économie européenne. Car avoir des relations commerciales équilibrées et justes, c’est bon pour tout le monde. Et bon pour l’économie en général.