Abonné

Huile de palme : Bruxelles n’a pas l’intention de réguler les importations en Europe

- - 5 min

« La Commission européenne n’envisage pas de proposer la régulation des volumes d’importation d’huile de palme », a indiqué Cecilia Malmström, commissaire européenne chargée du commerce international, en réponse à un eurodéputé inquiet des conditions de production – jugées non durables – de cette denrée fort prisée par les industriels de l’agroalimentaire.

Pour appuyer ses propos sur les conditions jugées peu durables de productions de l’huile de palme, l’eurodéputé libéral belge Louis Michel a rappelé que cette huile végétale bon marché est la plus produite au monde et que les modes et méthodes de production de cette denrée – largement utilisée dans les usines agroalimentaires – suscitent pas mal d’inquiétudes. Elles demandent en effet une quantité excessive d’eau et d’engrais pour un meilleur rendement et les autorités des pays producteurs pratiquent notamment la déforestation afin d’augmenter les quantités produites et les populations locales des pays producteurs sont victimes de ces pratiques non responsables.

Soulignant que l’UE occupe la troisième place des importateurs d’huile de palme dans le monde, l’eurodéputé a donc demandé à la Commission quelles mesures elle compte prendre pour réguler les importations d’huile de palme en Europe. « À l’heure actuelle, la Commission ne travaille pas sur des mesures particulières visant à réguler les volumes d’importation d’huile de palme ou d’autres huiles végétales dérivées de cultures spécifiques », lui a répondu Cecilia Malmström, la commissaire européenne au commerce international. Celle-ci a précisé que la Commission est consciente des préoccupations liées à la production d’huile de palme, notamment en ce qui concerne ses effets sur l’environnement. Dans le même temps, elle a indiqué que l’huile de palme constitue « une importante source de revenus et d’emplois pour les pays producteurs, y compris pour des millions de petites exploitations ». La commissaire suédoise a en outre fait observer que « l’huile de palme est un type de culture efficace, qui donne en moyenne de meilleurs rendements que d’autres cultures utilisées pour produire des huiles végétales ». Pour la commissaire libérale, la question relative à la production d’huile de palme devrait être abordée « de manière globale et équilibrée, en prenant en compte à la fois les défis et les opportunités en jeu ». La Commission, a-t-elle ajouté, continuera d’encourager les pays producteurs d’huiles de palme et les différents acteurs intervenant dans la chaîne d’approvisionnement dans leurs efforts pour aller vers une production durable.

80 % de l’huile de palme mondiale utilisée pour l’agroalimentaire

La culture de palmier à huile est l’une des causes principales de la déforestation à l’échelle planétaire (1). Environ 85 % de l’huile de palme utilisée dans le monde viennent d’Indonésie et de Malaisie, en Asie du Sud-Est, et environ 4 % d’Afrique tropicale (Gabon, Cameroun, Centrafrique, RD du Congo, Côte d’Ivoire, Ghana, Libéria, Nigéria,), où de nombreux investisseurs se dirigent désormais. Plus de 50 millions de tonnes d’huile de palme sont produites chaque année, soit 35 % de la consommation des huiles végétales mondiales. Les principaux consommateurs sont l’Inde, l’Indonésie, l’UE, la Chine et la Malaisie. La demande mondiale ne cesse de croître depuis les années 2000. Afin de remplacer les graisses animales plus chères et difficiles à travailler (comme le beurre), l’agro-industrie a d’abord utilisé les huiles végétales hydrogénées (comme celles présentes dans certaines margarines). Mais comme le processus d’hydrogénation induit la formation d’acides gras trans, reconnus comme contribuant aux maladies cardiovasculaires, les industriels se sont alors tournés vers l’huile de palme qui possède un certain nombre de qualités : semi-solide à température ambiante, goût neutre, résistante à la chaleur et résistante à l’oxydation, ce qui en fait un adjuvant idéal pour les produits alimentaires transformés.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre

Les industriels la jugent difficilement substituable d’un point de vue technique, pour certaines de leurs productions. Bien que cela ne soit pas mis en avant dans l’information au consommateur, on trouve de l’huile de palme dans un grand nombre de produits élaborés par l’industrie agroalimentaire, en général uniquement désignée comme « huile végétale » dans la liste des ingrédients : chips, croûtons, soupes lyophilisées, pâtes à tartiner, biscuits, lait pour bébé, sardines en boîte, bouillon de poulet instantané, mayonnaise, sauce tomate, céréales, chocolat, glaces, fromage râpé, sauces, crèmes fraîches, pâtes à tartes, plats préparés, biscottes, brioches, biscuits salés, etc. Au total, 80 % de l’huile de palme mondiale est utilisée pour l’agroalimentaire, 19 % pour les cosmétiques, savons et bougies, et le 1 % restant pour les agrocarburants.

forêts, plus de 25 % de la déforestation indonésienne était due à l’exploitation de l’huile de palme entre 2009 et 2011.