Producteurs, négociants, industriels de l’agroalimentaire et ONG peinent à déterminer pour l’huile de palme des critères de durabilité renforcés et admis par tous, qu’ils espèrent pourtant annoncer d’ici à la fin 2018. Si l’UICN dresse un constat sévère sur la certification, son rapport montre qu’interdire le produit serait vain.
La réunion des acteurs de la filière huile de palme, le 26 juin à Paris, visait à essayer de mobiliser sur les critères de certification durable, qui n’ont pas évolué depuis 2013 et sont en cours de révision. Le président de l’organisme Roundtable for Sustainable Palm Oil (RSPO), Datuk Darrel Webber, a promis à cette occasion qu’une « nouvelle norme » serait présentée en novembre en Malaisie, mais sans donner de détail.
Depuis 2004, certains acteurs du secteur, surtout européens, ont élaboré ensemble une certification dite « responsable », censée garantir que la culture du palmier à huile ne se fait pas au détriment de la forêt primaire et des droits fondamentaux des populations locales. Mais l’action du RSPO qui certifie 20 % de la production mondiale, est contestée. Greenpeace l’accuse de n’avoir que très peu d’effet sur la déforestation en Malaisie et Indonésie, principaux producteurs. L’ONG a en particulier accusé le 25 juin le géant agro-industriel singapourien Wilmar de double discours, membre du RSPO d’un côté, déléguant la déforestation à des sociétés proches de lui de l’autre.
Objectif : zéro déforestation
« C’est vrai que le RSPO de 2013 n’a pas répondu aux attentes, qu’il y a encore beaucoup de déforestation, mais c’est le seul outil qui existe et il faut l’utiliser, notamment en participant aux consultations organisées jusqu’au 1er août », souligne Mickael Blais, responsable des approvisionnements de Givaudan (parfums et arômes). L’objectif est d’arriver à une norme « RSPO Next » qui signifierait zéro déforestation, c’est-à-dire qui autoriserait la culture de palmiers à huile uniquement sur des terres déjà dégradées, mais ni sur les forêts primaires, ni sur les tourbières ni sur les forêts secondaires riches en biodiversité.
Pour le scientifique Marc Ancrenaz, spécialiste des orangs-outans, établi à Bornéo depuis plus de 20 ans, « il est tout à fait possible de continuer à développer l’huile de palme tout en conservant les orangs-outans » très menacés à Bornéo, car « il s’agit d’une espèce intelligente qui peut s’adapter à la transformation de son milieu » mais « qui a besoin de la forêt pour survivre ». « Il faut imaginer de développer des zones agraires avec des isolats forestiers intégrés », suggère-t-il.
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Une production certifiée « à peine plus efficace »
Les dommages causés par les plantations de palmiers à huile sur les espèces sont « considérables », toutefois une interdiction ne ferait que déplacer le problème, estime le 26 juin dans un rapport l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). « L’huile de palme décime la riche diversité d’espèces de l’Asie du Sud-Est, car elle dévore des pans entiers de forêt tropicale », commente Erik Meijaard, auteur principal. Selon l’UICN, les plantations de palmiers à huile sont responsables de moins de 0,5 % de la déforestation mondiale, mais ce chiffre peut monter à 50 % dans certaines zones.
Malgré ce constat, l’organisation ne plaide pas pour une interdiction de l’huile de palme. « La moitié de la population mondiale utilise l’huile de palme pour son alimentation. Aussi si nous l’interdisons ou la boycottons, d’autres huiles, plus gourmandes en terres, prendront très certainement sa place », a commenté la directrice générale Inger Andersen dans un communiqué. Le rapport de l’UICN se montre en revanche prudent sur les labels pour une huile de palme durable, dont le RSPO. « L’huile de palme certifiée s’est avérée, jusqu’à présent, à peine plus efficace pour empêcher la déforestation que son équivalente non-certifiée, mais l’approche est encore relativement nouvelle et possède un potentiel pour améliorer la durabilité », estime l’organisation.
Interdire l’huile de palme ne ferait que déplacer le problème, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature