Abonné

Huile d’olive : en déclin, la filière française voit ses concurrents prospérer

- - 5 min

La filière française de l’huile d’olive n’arrive décidément pas à remonter la pente. La dernière campagne s’est avérée « catastrophique », tandis que les pays concurrents prennent le large et poursuivent leur ascension. De quoi inquiéter sérieusement l’Afidol. Son président, Olivier Nasles, considère qu’en l’absence d’une remise en cause profonde, la filière française est condamnée.

Les années se suivent et se ressemblent pour la filière française de l’huile d’olive. Comme en 2016, le président de l’interprofession de l’olive (Afidol), Olivier Nasles, s’est dit, à l’occasion de l’assemblée générale de l’organisation le 16 juin, très inquiet pour l’avenir de l’oléiculture française. Les producteurs français n’arrivent pas à augmenter leurs volumes de production. Pire, ils perdent en productivité. « Nous avons une nouvelle fois connu une récolte catastrophique de 3 200 tonnes, soit la même quantité qu’en 2000 ! À un détail près, nous avons depuis vingt ans, planté 7 000 ha d’oliviers… », déplore Olivier Nasles. Sur la période 2011-2016, la productivité des vergers a perdu 20 % par rapport à la période 2005-2010.

Le dynamisme du Portugal

Et pendant que la France régresse, la concurrence se durcit. Espagne, Portugal, Maroc, Tunisie se portent bien. Alors que les producteurs français ne fournissent que – en fonction des années – de 1,8 à 4 % de la consommation française, l’Espagne domine largement le marché français, suivie de l’Italie (dont la filière est elle aussi en régression : la production est passée de 600 000 à 400 000 tonnes en vingt ans), la Tunisie et le Portugal. Le Portugal a d’ailleurs réalisé une campagne 2015-2016 « exceptionnelle » : « Sa plus importante avec près de 110 000 tonnes d’huile d’olive produites », indique l’Afidol. L’oléiculture portugaise « monte en puissance de manière régulière » constate l’interprofession française. Et ces résultats découlent de plusieurs facteurs, poursuit l’Afidol : « l’amélioration des techniques de production, la plantation de nouvelles oliveraies intensives et super-intensives, l’adoption d’un profil axé davantage sur la production, avec la modernisation des exploitations traditionnelles […] et l’augmentation des capacités de production des moulins ».

La France en retard sur la technique

Comment se fait-il que les États proches de la France prospèrent tandis que la France recule ?, s’interroge Olivier Nasles. En vingt ans, la production espagnole est passée de 800 000 à 1,5 million de tonnes. La Tunisie a doublé sa production, passant de 100 000 à 200 000 tonnes, tandis que le Maroc est passé de 80 000 à 200 000 tonnes. Pour le président de l’Afidol, la filière française est responsable de sa situation. « Le monde change, les hommes changent, le climat change et nous ne l’avons pas vu venir », affirme-t-il. « Je suis désolé, l’échec n’est pas la faute des autres, elle est la faute de tous », notamment des oléiculteurs eux-mêmes et des techniciens français. « Est-il normal que depuis trois ans, aucun technicien français n’ait été capable de m’expliquer clairement pourquoi des producteurs sont capables de produire tous les ans 700 à 1 000 litres/ha alors que la majorité patauge à 200 litres ? Est-il normal qu’aucun technicien français n’ait été capable de nous proposer un changement de méthode de taille, d’irrigation de fertilisation ? » s’étonne Olivier Nasles. Le président de l’Afidol a d’ailleurs désormais décidé de faire appel à des techniciens espagnols, en lançant, il y a quelques semaines, le « Club objectif 1 000 » (1).

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

interprofession
Suivi
Suivre

Construire une filière professionnelle

Avoir accès aux techniques adaptées ne sera cependant pas suffisant, estime Olivier Nasles. « Il faut construire une vraie production professionnelle d’olives ». Car, selon le président de l’Afidol, « l’oléiculture familiale ne peut plus être le cœur de la production française ». Les nouvelles générations de l’oléiculture, qui ont hérité de leurs grands-parents et parents, manquent de « passion » et « dévouement », mais aussi de compétences. Il est également nécessaire de restructurer les exploitations qui « doivent avoir une taille critique minimale pour être performantes ». Olivier Nasles mise sur une taille de 10 à 20 ha. Il faut enfin s’inspirer de la réussite des concurrents qui ont organisé leur filière de façon à ce que les vergers et les moulins soient « intimement liés ».

Sans réaction rapide de la filière, les oléiculteurs français sont « condamnés à disparaître », prévient Olivier Nasles. Les effets du déclin de la filière se font déjà sentir au sein même de l’interprofession. La chute de la production a entraîné un recul de la CVO : une perte de plus de 800 000 € pour l’Afidol qui s’est vu contrainte de « suspendre le poste de directeur pendant au moins douze mois », a déploré Olivier Nasles, louant et remerciant André Souteyrat, directeur de l’interprofession.

(1) Voir Agra Presse Hebdo n° 3590 du 10 avril 2017, p. 43

« L’échec n’est pas la faute des autres, elle est la faute de tous », estime Olivier Nasles