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Silvia Scaramuzzi, professeure d’économie à l’université de Florence, spécialiste des indications géographiques (IG) IG en Italie : « Certaines ont beaucoup de succès et d’autres ne fonctionnent pas du tout »

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Avec 886 spécialités sous indication géographique, l’Italie est le pays qui compte le plus d’IG au monde, selon la base de données de la Commission européenne. Dernière en date : les « Lenticchia di Onano », des lentilles cultivées dans le Latium. Rayonnement économique, développement durable, changement climatique… Les problématiques italiennes sont aussi celles qui se posent partout dans le monde. L’économiste Silvia Scaramuzzi, professeure à l’Université de Florence, revient pour Agra Presse sur les forces et les vulnérabilités du pays leader sur les IG.

Comment expliquez-vous que l’Italie soit le pays qui compte le plus d’indications géographiques ?

L’Italie est d’abord un pays latin. Si vous regardez les registres d’indications géographiques, vous verrez qu’il est clair que les pays de la région méditerranéenne enregistrent le plus d’IG. C’est certainement lié aux traditions culinaires de ces pays, mais il y a aussi des raisons légales. Nous avions déjà un système de protection, avant l’établissement par l’Union européenne d’un cadre juridique pour l’enregistrement des IG en 1992. La France avait aussi son propre système (la France est deuxième pays comptant de plus d’IG avec 765 enregistrements, NDLR). Une grande partie du cadre légal européen a été construite grâce à la coopération des États qui avaient déjà approuvé leur système de protection. Il y a aussi une raison liée au soutien des autorités politiques qui ont joué un rôle important pour faciliter l’enregistrement des IG par des groupes de producteurs.

Peut-on considérer que l’Italie est un modèle de réussite en matière d’IG ?

Toutes les IG que nous avons enregistrées ne marchent pas forcément. Environ 50 % de la valeur créée par nos appellations vient du grana padano, parmigiano reggiano et du jambon de Parme, qui sont des produits très réputés partout dans le monde. De l’autre côté, nous avons de très petites IG avec de petits groupes de producteurs : certaines ont beaucoup de succès et d’autres ne fonctionnent pas du tout. Les IG ne sont pas toujours la solution pour valoriser une production. Certaines productions ont un marché local et n’ont pas besoin d’une appellation. De plus, l’enregistrement et surtout les contrôles ont un impact significatif sur les coûts, surtout s’ils ne sont pas suffisamment couverts par les revenus.

La durabilité est au cœur de la réforme actuelle du règlement européen sur les IG. De quelle manière cette question se pose-t-elle en Italie ?

Le pilier économique n’est pas le seul que les producteurs doivent regarder, l’aspect environnemental et social est également très important pour la durabilité d’une IG. Il faut penser au renouvellement des ressources, ne pas avoir une vision de court terme, basée sur la rentabilité économique. Il faut aussi débattre du partage de la valeur ajoutée tout au long de la chaîne de production. La plupart de la valeur va à l’industrie et aux distributeurs, et les producteurs, véritables détenteurs de cet héritage, ne tirent pas assez de rentabilité de leur activité. Ce n’est pas une valorisation durable, puisque les vrais détenteurs souvent ne sont pas assez rémunérés. La représentativité des producteurs au sein de la gouvernance est aussi très importante, d’autant plus que la gouvernance a été identifiée comme le quatrième pilier de la durabilité.

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Certaines IG italiennes sont-elles aujourd’hui en danger face au changement climatique ?

Certainement, des IG italiennes sont en danger face au changement climatique, mais je préfère prendre le problème dans le sens inverse en essayant de voir comment les IG peuvent être basées sur des systèmes agrobiologiques et valoriser, en même temps, l’origine et la biodiversité. De plus, ce n’est pas prouvé, mais les productions basées sur l’agrobiodiversité semblent être plus résilientes au changement climatique que les autres. Par conséquent, les produits sous IG basés sur l’agrobiodiversité peuvent donc être, dans certains cas, une des réponses au changement climatique.

Les IG ont un rôle à jouer « pour atteindre les objectifs de développement durable » (FAO/Cirad)

Les indications géographiques (IG) « ont leur rôle à jouer pour atteindre les objectifs de développement durable des Nations unies grâce à leurs impacts positifs aux niveaux économique, social et environnemental des territoires ruraux, mais aussi pour les consommateurs », affirment Florence Tartanac, du secrétariat général de la FAO, et la chercheuse du Cirad Delphine Marie-Vivien, dans une déclaration commune rédigée à l’issue de la conférence internationale sur les IG, organisée à Montpellier du 5 au 8 juillet. Dans leurs conclusions, les co-organisatrices recommandent « des approches et des gouvernances multi-niveaux, multi-outils et multi-acteurs » pour « obtenir de meilleurs résultats ». Ainsi « qu’une plus grande mobilisation des consommateurs pour permettre une meilleure rémunération des producteurs ». Ces derniers « doivent mieux s’approprier la démarche IG » pour renforcer la contribution au développement durable, mais aussi en termes de gestion collective de la qualité et de la traçabilité. La conférence montpelliéraine a réuni plus de 200 chercheurs et professionnels, venus de 47 pays de tous les continents.