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Interview de Yann Wehrling (Verts) « Il existe un malentendu entre les Verts et le monde agricole »

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S’il estime surtout qu’il y a un « malentendu entre les Verts et le monde agricole », Yann Wehrling, le secrétaire national du parti écologiste est assez sévère à l’égard des paysans français : il a une « perception négative » des agriculteurs, qui seraient loin d’une révolution écologique, le maïs n’est plus la culture à subventionner, etc. Mais en fait, pour Yann Wehrling, c’est le système qui doit être changé plus que les agriculteurs. Le porte-parole des Verts se dit plus proche de la Confédération paysanne que de la FNSEA, mais il estime que « José Bové n’incarne pas notre projet à la présidentielle ». Suite de nos rencontres avec les partis politiques.

Quelles sont les premières images qui vous viennent à l’esprit quand on évoque le mot agriculture ? Du positif ou du négatif ?

En tant que « Vert », j’en ai une perception plutôt négative. J’ai le sentiment que l’objet premier de l’agriculture – à savoir produire des aliments pour nourrir les hommes – est largement atteint dans nos pays, et que son image est rendue négative par des modes de culture qui ont fini par dégrader sérieusement l’environnement et l’économie des pays du sud.

L’agriculture française a t-elle initié sa révolution écologique, selon vous ?

On en est loin. Mais je n’en rends pas les agriculteurs responsables. La grande majorité d’entre eux se réfère encore à des systèmes de production d’après-guerre. S’ils n’ont pas fait la révolution environnementale, ce n’est pas parce qu’ils ne le veulent pas, mais que le système d’aides est fait de telle manière qu’ils n’ont pas le choix. Comment leur jeter la pierre, dès lors ? Il faut modifier le système car ce qui est le plus rentable, économiquement parlant, est également ce qui détruit le plus l’environnement. Je pense par exemple à la culture du maïs. Le système d’aide favorise les irrigants, ce qui met en concurrence les agriculteurs entre eux, y compris au sein de la FNSEA. Le maïs n’est plus la culture à subventionner aujourd’hui.

La conditionnalité des aides agricoles va dans le bon sens, non ?

Oui, mais elle jouera à la marge. De manière générale, il est nécessaire de remettre à plat le système d’aides de la Pac pour les réorienter vers l’autosuffisance alimentaire, le respect de la planète, et pour revivifier le tissu rural. On n’a pas besoin à l’échelle européenne de la productivité actuelle avec ses conséquences sur l’environnement, la santé humaine et animale.

Pourquoi le monde agricole est-il si peu sensible à vos idées ? N’avez-vous tout simplement pas trouvé les bons arguments pour le convaincre ?

Le monde agricole ne fait pas assez partie de notre électorat car il existe un malentendu qui voudrait que nous les mettrions dans la famille des pollueurs et des ennemis de l’environnement. Or, comme je vous l’ai dit, c’est le système qu’il faut changer. Nous avons intérêt à travailler ensemble pour redéfinir les objectifs. Nous ne voulons pas contrecarrer les intérêts des agriculteurs mais bien ceux des industries des « intrants » : engrais, phytosanitaires et semences. Les intérêts des consommateurs, des agriculteurs et des protecteurs de l’environnement sont conciliables mais s’opposent à ceux des industriels.

Que faudrait-il modifier dans les règles du commerce international ?

L’intégration de critères sociaux et environnementaux dans le commerce international ainsi que la fin des subventions à l’exportation représenterait deux avancées majeures (aides PAC qui maintiennent les prix mondiaux au-dessous des prix de revient, aides inaccessibles aux pays en voie de développement). Tant que l’objectif sera de casser l’ensemble des barrières douanières, on ira vers un nivellement par le bas. Nous ne sommes pas hostiles à ce que l’Union européenne mette en place des taxes douanières sur les produits importés qui ne respectent pas un certain nombre de critères sociaux et environnementaux.

Quelles relations entretenez-vous avec les syndicats agricoles ?

Je ne vous cache pas qu’avec la FNSEA le dialogue est assez faible. On s’est rencontrés lors du dernier Salon de l’agriculture au cours duquel nous avons eu une discussion posée et raisonnable. Mais nous avons des points de désaccord très forts sur l’usage des intrants et sur les aides à l’export. Ceci étant dit, rien n’est figé et tout ceci peut évoluer. La lutte biologique commence à montrer qu’elle a des atouts pour se substituer de manière importante aux intrants chimiques. Les agriculteurs qui défendent le maïs, les intrants et les grandes exploitations ne défendent pas l’intérêt général des agriculteurs. Le sens de l’histoire fait que les choses évolueront, de gré ou de force, au sein de la FNSEA.

Pour ce qui est de nos relations avec la Confédération paysanne, vous ne vous étonnerez pas d’apprendre qu’elles sont beaucoup plus serrées qu’avec la FNSEA. Nous avons beaucoup de points de convergence sur les dossiers de la souveraineté alimentaire et sur les modes de production. Et la Fédération nationale d’agrobiologie fait partie de ces relations aussi.

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Etes-vous favorable au développement des biocarburants ?

« Oui, mais… «. L’aspect positif de ces filières, c’est qu’il faut trouver une alternative au pétrole. Mais il ne faudrait pas laisser croire aux gens que l’alternative, avec un grand A, est représentée par les biocarburants. On ne dépassera jamais les 10-15% de la consommation actuelle de carburants en France. De plus, si le bilan énergétique est à peu près bon pour l’huile brute, la question du bilan énergétique reste posée pour l’éthanol par exemple, car il est probablement négatif. Se pose également la question des pollutions diffuses. Il faut aller vers des méthodes qui se passent massivement d’intrants. Il faut rendre plus efficace une agriculture sans intrants.

Que pensez-vous des efforts faits par la profession agricole pour créer de nouvelles ressources en eau ?

Il s’agit d’une logique de fuite en avant d’une poignée d’agriculteurs. Or, le problème est ailleurs. Nous souhaitons une remise en cause de l’irrigation massive face à une ressource à partager et qui va manquer chaque année davantage. Des centaines de millions d’euros vont être dépensés pour des réserves de substitution, qui, en fait, prélèveront l’eau dans les nappes réservées à l’eau potable.

Le dossier OGM est enlisé en France depuis des années. Comment sortir de cette impasse ?

Il ne s’agit pas de trouver un compromis sur ce dossier OGM, mais de faire en sorte que l’opposition manifestée par l’opinion publique à l’égard des cultures transgéniques soit réellement prise en compte par le pouvoir politique. Ce qui nous pose problème avec les OGM, c’est qu’on n’en maîtrise pas les conséquences. Et il n’est dans l’intérêt ni des consommateurs, ni des agriculteurs de défendre les plantes transgéniques. La bataille contre les essais en plein champ est à cet égard un vrai combat.

Appelez-vous à détruire les expérimentations transgéniques ?

Nous ne le faisons pas de manière générale, mais quand les faucheurs volontaires montent une opération, on répond présent. Il est important de ne pas laisser sous silence quelque chose qui se fait dans le silence. Et il n’y a que le pouvoir politique qui peut imposer que tous les tests soient réalisés avant de cultiver ces plantes en plein air. On demande sur le dossier l’organisation d’un vrai débat à l’Assemblée nationale, Le refus des assureurs de prendre en charge le risque incontrôlable de la pollution transgénique est par ailleurs significatif.

L’année 2006 doit mener à la désignation d’un candidat Vert à l’élection présidentielle. Serez-vous candidat ?

Non. J’ai été élu secrétaire national et j’entends me consacrer à cette tâche jusqu’au bout de mon mandat. Car la campagne électorale à mener au sein du parti pour être désigné comme « candidat officiel » serait incompatible avec le travail de secrétaire national.

José Bové ferait-il un bon candidat ?

Je n’ai évidemment rien contre la personne, mais il est clair aujourd’hui qu’il ne souhaite pas incarner notre projet à la présidentielle. Or, ce qui compte pour nous, c’est de défendre le projet des Verts, celui de l’écologie politique, pas celui du « non » à un référendum qui appartient maintenant au passé.

En conclusion, quel message voulez-vous faire passer aux agriculteurs ?

Je leur dirais volontiers qu’aucune évolution ne peut se faire sans eux. On a besoin d’eux comme acteurs de la protection de l’environnement. Ce que nous dénonçons, en tant que Verts, ce ne sont pas les agriculteurs, mais les méfaits de la Pac ainsi que la politique de l’industrie agrochimique et des semenciers.