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Emmanuel Chaveron, directeur de l’usine Bonduelle d’Estrées « Il a fallu travailler au plus serré »

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Comment s’est déroulée cette campagne d’été marquée par la sécheresse ?

Les effets de la canicule ont augmenté au fur à mesure que les semaines passaient. En juillet, la campagne s’est déroulée relativement normalement mais avec une semaine et demie d’avance. C’est un délai tolérable. Les petits pois ont été récoltés avec une météo marquée par la sécheresse mais avant les excès de température qui sont intervenus par la suite à partir de la mi-juillet. Avec la chaleur, les haricots verts, qui se récoltent en juillet-août, ont mûri très vite. Les périodes de production ont été raccourcies d’un tiers entre le moment où la plante fleurissait et celui où elle était bonne à récolter !

Quelles ont été les conséquences de la sécheresse sur le fonctionnement de l’usine que vous dirigez ?

Il a fallu travailler au plus serré. A 40 degrés, les haricots verts vieillissent moins bien ! L’outil de production devait donc être à son niveau optimum dès le démarrage ainsi que le personnel de production et le personnel technique. L’outil a tourné fort et par périodes, avec un approvisionnement compris entre 900 et 1 000 tonnes par jour en haricots verts. Quand une tranche de semis arrive à maturité, il faut la prendre ! Nous avons donc travaillé par saccade, avec un outil tantôt surchargé tantôt sous-chargé. En surgelés, le personnel et l’outil ont été plus sollicités — descendre à - 40 degrés quand il fait + 40 dehors !… Mais des rotations ont été organisées et notre installation est très récente et en très bon état.

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En quoi la qualité de la production a-t-elle été affectée ?

La sécheresse d’août a surtout eu pour conséquence une raréfaction en quantité. Au début, nous étions confiants, étant donné la répartition des usines Bonduelle en France. Même si des zones comme la Picardie et le Nord-Pas-de-Calais disposent de réserves d’eau importante, le phénomène est général dans toute la France et touche l’ensemble de l’Europe, ce qui ne permettra pas de compenser le manque de volume. En France, ceux qui sont équipés en irrigation pourront atteindre un niveau de 80 % de la production normale mais ailleurs les pertes pourraient s’élever à 40 %. Cependant, la qualité est là, et nous serons tout à fait capables d’offrir le même niveau que l’année précédente. Le soleil va plus dans le sens de la qualité que la pluie, qui génère de la pourriture, des taches… N’oublions pas que le haricot vert est à l’origine une plante tropicale et peut supporter des températures très soutenues.

Et si la sécheresse devait persister…

Les conséquences seraient encore plus néfastes. Nous sommes dans l’inquiétude. La gestion se fait à court terme. S’il se mettait à pleuvoir demain – il faudrait qu’il tombe au moins 50 à 60 millimètres –, cela limiterait les dégâts mais cela ne compenserait pas tout. Et même s’il se mettait à pleuvoir maintenant, les effets de la sécheresse sur la production se feront sentir jusqu’à la mi-octobre car 80 % des légumes sont récoltés entre la fin juin et la fin octobre. Quoi qu’il en soit, les carottes auront le temps de pousser au mois de novembre. Mais les choux pourraient être touchés. Heureusement, en ce qui concerne les épinards, dont la totalité des semis a, à l’heure actuelle, été effectuée, la récolte se faisant sur deux saisons, au printemps et à l’automne, les effets d’une éventuelle prolongation de la sécheresse seront moins négatifs et ne toucheraient que la moitié de la récolte.