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Questions à Loïc Hénaff, directeur général de Hénaff « Il faut avoir une approche guerrière »

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« Il faut avoir une approche un peu guerrière car la vague n’est pas très porteuse », affirme Loïc Hénaff, le patron de l’entreprise de conserves qui porte son nom. Elle aussi est soumise aux soubresauts des cours du porc tout en ayant des clients qui restent extrêmement réticents à accepter des hausses de prix. Pour la société Hénaff, la restauration collective et commerciale devient l’un des leviers de croissance les plus prometteurs. « Nous avons besoin d’un soutien sans faille des pouvoirs publics », conclut Loïc Hénaff. Agra Alimentation poursuit ses interviews sur la manière dont les entreprises de l’agroalimentaire agissent pour sécuriser leur avenir, dans la perspective du colloque Agrofinance du 26 novembre.

Agra Alimentation : Comment traversez-vous l’actuelle période d’incertitudes économiques ?
Commercialement, l’entreprise va de l’avant. Nous avons la chance d’avoir une marque construite dans la durée, qui plaît et que nous adaptons au quotidien. Nous avons des objectifs, des envies, un projet. Mais il faut avoir une approche un peu guerrière car la vague n’est pas très porteuse. Les tendances générales de la consommation et de nos marchés sont difficiles, même si nos produits sont gourmands et accessibles financièrement. Les soubresauts des cours mondiaux du porc sont tels qu’ils nous empêchent d’avoir une lisibilité et des plans construits sur un minimum de certitudes. Cela nous incite à beaucoup de prudence. Nous sommes en alerte sur nos marges, ce qui nous conduit à chercher à augmenter nos prix, ce qui est particulièrement difficile, à réduire nos dépenses et à décaler certains projets.

Dans ce contexte, où sont vos nouveaux leviers de croissance ?
La restauration collective et commerciale est l’un des plus prometteurs. Nous nous y sommes lancés il y a deux ans sur la région Bretagne et avons eu la grande satisfaction de constater qu’il existe une vraie demande pour des produits à prix élevés, dès lors qu’ils détiennent de vraies qualités gustatives et nutritionnelles. Plus confidentiellement, nous développons une activité de sous-traitance industrielle pour de grandes marques qui ne disposent pas de notre savoir-faire technique sur des produits en pots de verre ou en boîte.

Quels sont les principaux obstacles à votre développement ?
Une tendance générale au nationalisme économique se répand à travers le monde. De plus en plus de pays adoptent ainsi des politiques d’agréments de filière qui nous obligent à agréer nos propres fournisseurs. Cela nous a notamment conduits à renoncer à vendre de la mousse de canard au Brésil. Nous vendons aux Etats-Unis parce que nous détenons notre propre abattoir agréé USDA mais pour le pâté de foie ou de campagne, nous devons acheter la viande ailleurs en Europe. Ces normes restrictives rognent nos velléités de développement international et à concentrer nos efforts sur certains pays comme l’Allemagne, où nous sommes encore peu présent, ou le Japon, un de nos points forts historiques.

Qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?
Je n’attends aucune mesure précise mais une véritable compréhension des enjeux et des difficultés des PME. Les PME sont assaillies de toutes parts sur le plan social, commercial et industriel, et c’est d’ailleurs ce qui rend notre métier très enrichissant. Mais nous avons besoin d’un soutien sans faille dont je ne suis pas convaincu qu’il soit exclusivement financier. Nous avons besoin de contraintes réglementaires allégées. Ce qui nous affaiblit, c’est une multitude de petits coups dans les reins tous les jours alors que nous aurions besoins de caresses quotidiennes !

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