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Franck Montaugé, sénateur du Ger « Il faut impliquer les agriculteurs dans la mise en place des PSE »

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Le sénateur du Gers Franck Montaugé a présenté, le 12 décembre, une résolution signée par les parlementaires du groupe socialiste et républicain sur la mise en place de paiements pour services environnementaux (PSE), en présence du ministre de l’Agriculture Didier Guillaume. Selon lui, les PSE doivent être mis en place en coopération avec les agriculteurs, contre « l’agribashing ».

Pourquoi avoir déposé cette résolution ?

Je suis l’élu d’un territoire agricole, qui rencontre certaines difficultés, au premier rang desquelles des revenus faibles, car tous les mécanismes de régulation ont disparu petit à petit de la Pac. Les agriculteurs sont désormais en confrontation directe avec le marché. Parallèlement à ce sujet, il y a l’environnement. Cela tombe bien : l’agriculture peut avoir un rôle très important dans la lutte contre le changement climatique. Par exemple, on sait que suivant les modes de culture, le stockage de carbone sera plus ou moins fort.

Il nous a semblé que le concept de PSE pouvait être une réponse à ces défis. Mais il soulève de nombreuses questions : quels services rémunérer ? Par quels mécanismes pouvons nous faire en sorte que l’agriculteur puisse bénéficier de ces revenus ? Bref, comment s’empare-t-on de ce concept ? Ces questions sont d’autant plus pressantes qu’on commence à discuter de la future Pac, qui va contenir, dans son volet environnemental, des nouveaux dispositifs, comme les eco-scheme, qui s’apparentent beaucoup à des paiements pour service environnementaux.

À quoi doit, selon vous, ressembler un PSE ?

Je pense qu’il faut se focaliser sur les externalités positives. D’abord, en prenant en compte les services écosystémiques que les agriculteurs nous rendent déjà (gestion du paysage, protection contre les inondations), mais aussi la transition vers des nouvelles techniques, pour faire encore mieux. Mais je reste humble : je n’ai pas de réponse précise pour dire ce qu’on met dans les PSE. Je pense que c’est aussi aux scientifiques de le faire. Nous avons donc auditionné les chercheurs de l’Inra et nous attendons les guides de bonnes pratiques, que l’institut doit rendre l’année prochaine.

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paiements pour services environnementaux
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Mais attention : nous devons le faire sans ajouter de normes. Je ne suis pas pour un dispositif contraignant, qui soit fait contre les agriculteurs. Les agriculteurs doivent être associés à la gouvernance et à la décision. L’objectif est aussi d’associer à l’agriculture une image positive, pour une fois dans les débats environnementaux, et arrêter avec l’agribashing. L’État doit également passer par des expérimentations territoriales avant de généraliser. Par ailleurs, un PSE est un dispositif permanent, orienté vers une obligation de résultat. C’est aux agriculteurs de déterminer les moyens qu’ils veulent mettre en place pour y parvenir.

Qu’attendez-vous du gouvernement ?

D’abord, qu’il s’engage sur le fait que le PSE constitue une vraie rémunération, et ne se substitue par à d’autres revenus, dans un contexte de baisse globale des budgets de la Pac. Beaucoup d’agriculteurs craignent que cela ne leur rapporte rien, et que cela vienne en substitution de ce qu’il reste d’aides, ce que je peux comprendre. Le gouvernement doit donc s’engager à ce que les PSE constituent un vrai plus, à aide constante. Nous l’appelons également à renforcer son arsenal de proposition en vue de la négociation sur la PAC, pour que les agriculteurs s’y retrouvent.

« L’objectif est aussi d’associer à l’agriculture une image positive, pour une fois dans les débats environnementaux, et arrêter avec l’agribashing »