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Antoine Denoix, directeur général d’Axa Climate « Il faut mieux répartir les risques au sein des filières »

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Filiale du groupe Axa spécialisée dans le changement climatique, Axa Climate développe, depuis sa création il y a deux ans, une approche originale de l’assurance en agriculture. Son parti-pris : faire disparaître les offres d’assurance dans les produits de ses partenaires (semenciers, coopératives, acteurs technologiques…). Une vision que détaille pour Agra Presse son directeur général Antoine Denoix.

Pourquoi avoir créé Axa Climate ? Quelle est la place de l’agriculture dans ce projet ?

Axa Climate est une entité du groupe Axa que j’ai lancée il y a deux ans, avec une raison d’être au cœur de la démarche : accélérer l’adaptation climatique des entreprises. J’ai pour mandat de développer de nouveaux modèles économiques. Depuis deux ans, nous avons déjà lancé cinq nouveaux business, dont l’assurance paramétrique (couverture automatique du risque) qui reste encore le cœur de notre activité et sur laquelle nous sommes parmi les trois leaders mondiaux ; mais aussi des plateformes de training et de conseil, qui nous amène par exemple à accompagner plusieurs acteurs sur la modélisation du rendement des grandes cultures à horizon 2030/2040.

Nous nous concentrons sur les secteurs les plus concernés par le changement climatique, qui sont l’agriculture, la construction, l’énergie et la finance. Et l’agriculture représente 50 % de nos activités.

Quelle est votre stratégie sur le marché agricole, qui en France est très concentré ?

En tant que nouvel entrant, nous n’avons pas vocation à concurrencer Pacifica ou Groupama. Comme eux, nous voulons couvrir les rendements, mais pas en s’adressant directement aux agriculteurs. Notre approche est d’intégrer notre offre d’assurance dans la chaîne de valeur, c’est-à-dire dans les produits commercialisés aux agriculteurs.

C’est important, car les agriculteurs trouvent généralement que l’assurance est trop chère, et rares sont les assureurs rentables sur cette activité. À notre sens, la priorité, c’est de mieux partager le risque au sein des filières agricoles, de façon à ce que les agriculteurs ne soient pas les seuls à porter le risque de transition et d’adaptation sur leurs épaules.

Concrètement, où en est le déploiement de votre offre en agriculture ?

En colza, nous avons lancé plusieurs pilotes à travers le monde en partenariat avec des semenciers. L’offre est la suivante : si l’agriculteur retourne sa parcelle à cause d’une sécheresse, nous lui remboursons ses semences. Nous nous apprêtons à élargir l’expérimentation, en la déclinant sur le maïs et le tournesol.

En blé, nous développons avec des coopératives des offres qui permettent d’accompagner les transitions, notamment celles relatives à l’usage plus raisonné des produits de protection, comme les fongicides.

Dans trois pays, nous développons une offre assurantielle avec une start-up israélienne à destination des grands producteurs d’agrumes. L’idée est d’intégrer à leur offre de monitoring par drone une offre d’assurance paramétrique basée sur un indice de maladies des arbres.

Enfin, nous co-développons une offre avec un grand équipementier de matériel d’irrigation goutte à goutte, pour lier leasing de matériel et protection du rendement.

Dans tous les cas, nous ne voulons pas nous mettre dans la situation où l’agriculteur doit choisir ou non de souscrire à une assurance seule, car dans 80 % des cas il refuse.

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En France, la séparation de la vente et du conseil constitue-t-elle une opportunité pour vous, en tant qu’entreprise non investie dans la vente de phytos ?

Cela nécessite de vrais investissements, et de la patience. Mais oui, c’est une opportunité, car nous avons, en tant qu’assureur, une position neutre et dans le cas d’Axa Climate, nous pouvons faire du sur-mesure pour les filières.

Nous avons par exemple des discussions avec les instituts techniques agricoles pour accompagner leur offre de conseil aux agriculteurs. Je pense qu’à l’avenir une grande partie de notre métier consistera à assister les offres de conseil, en garantissant leur efficacité.

Notre force, c’est notre petite taille. Comme nous n’avons pas pour ambition de proposer une offre d’assurance à tous les agriculteurs, nous pouvons être plus exigeants, sélectionner nos cultures et nos filières – en s’inscrivant dans le respect de certains cahiers des charges par exemple.

Pourquoi l’assurance paramétrique n’a-t-elle pas décollé jusqu’ici ?

D’abord, la concurrence des produits subventionnés. C’est compliqué de convaincre les agriculteurs avec des offres pertinentes, mais non subventionnées.

Cela tient également à la complexité de ces produits. Le marché des agriculteurs n’est pas encore mature quant aux modalités de déclenchement des assurances paramétriques, qui ne correspond pas toujours à la situation précise de l’exploitation.

Les agriculteurs français vous paraissent-ils bien accompagnés par les pouvoirs publics sur la gestion des risques ?

Les agriculteurs sont au centre de beaucoup de mesures, mais force est de constater que nous n’avons pas trouvé, collectivement, la bonne recette pour l’assurance. Il faudrait probablement mieux l’articuler avec les aides Pac, par exemple.

À mon sens, le véritable enjeu stratégique est d’encourager l’adaptation aux changements climatiques, réglementaires et environnementaux, en accompagnant les agriculteurs, en leur donnant les moyens de s’engager sur le chemin. La question cruciale ? Quel est le point d’arrivée à viser, dans plusieurs années. Ce n’est pas un dossier facile. Pour notre part, nous avons pris l’angle des filières, qui nous paraît une bonne porte d’entrée.

Axa Climate n’a donc pas de velléité à faire bénéficier ses produits des subventions de la Pac ?

Pour l’instant, nous sommes une trop petite structure pour ce type de démarche. Nous privilégions des démarches concrètes et pragmatiques. C’est notre façon d’apporter notre pierre.