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Bruno Le Maire « Il faut que la France reprenne son leadership agricole »

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Pour le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, qui s’exprimait devant la commission économique du Sénat, le 22 septembre, « il faut que la France reprenne son leadership en tant que première puissance agricole de l’Union européenne ». Ce diplomate de profession entend donc redonner à la France la place qui lui revient dans l’Europe agricole. « C’est un changement stratégique majeur ». Première réussite : la tenue d’un conseil extraordinaire et informel des ministres européens de l’agriculture, le 5 octobre. Une victoire diplomatique qui le libère d’un poids : celui de la grève de lait. Le mouvement a été suspendu le 24 septembre.

En termes de diplomatie agricole, il y a un avant et un après Bruno Le Maire. Avant « la France était seule, aucun pays n’était avec elle », a expliqué Bruno Le Maire, le ministre de l’Agriculture devant les sénateurs, le 22 septembre. Pour preuve, lorsqu’il a présenté son mémorandum sur la nouvelle régulation européenne des marchés laitiers en juillet, la France est passée pour « un garçon mal élevé ». « Ce document a été plutôt mal reçu », avoue-t-il. Mais, le ministre a réussi suite à « un intense travail diplomatique » à trouver « un point de sortie politique à la crise du lait ». Il s’agit de la tenue « d’un conseil extraordinaire et informel des ministres européens de l’agriculture » le 5 octobre.

Changement de stratégie
Cette réussite diplomatique est la conséquence « d’un changement stratégique majeur », a-t-il expliqué aux sénateurs. « La France raisonnait par minorité de blocage au conseil des ministres de l’Europe. Aujourd’hui je travaille pour obtenir la majorité qualifiée. Ce ne sont pas des mots, ce sont des chiffres », a-t-il ajouté. « On pourra alors imposer (ce document : NDLR) », veut croire le ministre. Optimiste, il estime que « nous ne sommes pas loin de gagner la deuxième manche sur la régulation après avoir perdu la première en 1999 où a été décidée la fin des quotas laitiers ». Pragmatique, il rappelle « qu’on ne renverse pas un choix politique qui appartient à l’air du temps de la fin des années 90 du jour au lendemain. Ce n’est pas dans l’intérêt des 23 petits Etats face aux quatre grands états dont la France fait partie ».

Un système « mieux » que les quotas
L’objectif est que ce conseil soit consacré à la question laitière sur la base des nouvelles mesures de régulations. « Les quotas ne sont pas réellement réactifs. La preuve : ils existent et la crise est là. Il faut un système meilleur que les quotas », explique le ministre. La stratégie de Bruno Le Maire tranche avec celle de son prédécesseur, Michel Barnier : plutôt que de demander le retour jugé quasi-impossible des quotas, il préfère rassembler le maximum d’alliés sur un projet plus consensuel. Quitte à aller plus loin ensuite.
Bruno Le Maire n’a pas de complexe à dire « qu’il avance pas à pas » et peut quelquefois « changer d’orientation s’il estime ne pas être dans la bonne direction ». Il prend l’exemple de la contractualisation. « Je suis passé d’un point de vue où j’estimais que cette relation entre producteurs et industriels était équilibrée à une position où je souhaite que les producteurs aient davantage voix au chapitre ». Les syndicats minoritaires, Confédération paysanne et Coordination rurale, ne sont pas étrangers à cette évolution. « Les choses sont à inventer », dit-il.
Le 24 septembre, on totalisait vingt pays signataires du document franco-allemand ! Le document d’orientation sur la régulation laitière, avec lequel le ministre Bruno Le Maire fait le tour de l’Europe, avait reçu une vingtième signature, celle de l’Italie, le 23 septembre, après la Pologne le 21 septembre. Soit une large majorité dite « qualifiée ».

Une panoplie de mesures
Que propose ce document ? Une panoplie de mesures. Certaines sont novatrices : que l’Europe donne un cadre juridique aux relations contractuelles au sein de la filière ainsi qu’à l’encouragement des organisations de producteurs. C’est, en quelque sorte, valider le principe des accords producteurs-laiteries sur une base plus équilibrée. D’autres mesures sont plus classiques mais ont démontré leur efficacité dans le temps : l’augmentation des prix d’intervention de même que des subventions à l’exportation, le rétablissement de l’aide à l’incorporation de poudre de lait dans l’alimentation du bétail, l’assurance qu’on ne videra les stocks que si les prix ont augmenté, etc. « Dans une stratégie diplomatique, on ne dévoile pas toutes ses cartes. Si je vais trop loin, tout de suite, personne ne suivra », a souligné le ministre. Devant les sénateurs, il a glissé qu’il n’excluait pas la mise en place d’un « régulateur européen » sans en dire plus. Diplomatie oblige.

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