« », déclare Jean-Paul Bigard, le président du Syndicat national de l’industrie des viandes (Sniv) , qui estime qu’il s’agit actuellement d’une des principales causes des difficultés des industriels . Quelques jours avant l’assemblée générale du Sniv, le 27 septembre, Jean-Paul Bigard a accepté d’évoquer les problèmes dont souffre la filière et les défis qu’elle doit relever. Pour lui, les producteurs français ne doivent pas rester mais s’engager plutôt vers ce qu’attend le marché, comme les animaux lourds.
Pourquoi avoir choisi le thème «des défis économiques» et «des challenges à relever» pour l’assemblée générale du Sniv le 27 septembre ?
L’année 2005 est une année de transition pour la filière bovine française. Transition parce que, nous l’espérons, les crises sanitaires sont enfin derrière nous, même si la menace de la grippe aviaire nous préoccupe fortement. Son impact serait tel qu’il réactiverait toutes les peurs alimentaires. Mais transition surtout parce que beaucoup de paramètres qui structurent la filière bovine française sont en mutation profonde : déficit européen de la production de viande bovine, réforme de la Pac, nouvelles charges pesant sur les entreprises, reprise de la baisse structurelle de la consommation… L’assemblée générale du Sniv permettra de dresser, et de partager, un diagnostic objectif des mutations de la filière.
Quels sont les maux dont souffre actuellement la filière viande aval en France ?
Jamais les animaux n’ont coûté aussi cher à l’achat ! Pour les travailler, nous n’avons jamais eu autant de charges : charges sociales, flambée du prix de l’énergie et une taxe d’équarrissage qui a fait augmenter nos coûts d’abattage de 50 % au 1er janvier 2004 ! Sur ce sujet d’actualité, la réforme décidée par le ministre nous semble aller dans le bon sens. Quant à la vente, on n’entend parler que de baisse des prix et de premiers prix. Entre les deux, nous ne pouvons qu’essayer de résister. Il faut se rappeler qu’il y a une dizaine d’années, nous vendions grosso modo la viande au prix où on l’avait achetée puisque la valorisation du 5e quartier compensait l’ensemble des charges. Aujourd’hui, après les crises ESB, il n’y a plus de valorisation des co-produits, il faut même payer pour leur élimination. Ajouté à cela, le poids croissant des viandes importées qui nous fait perdre des parts de marché sur certains secteurs (restauration…), perte en volume mais qui se transforme aussi en déséquilibre pour nos produits. Voilà les maux dont souffrent nos entreprises d’aval. Mais à court terme, notre principale préoccupation, c’est de retrouver des comptes d’exploitation positifs. Il ne faudrait pas que le 2e semestre 2005 ressemble au premier !
Comment expliquez-vous la baisse de la production bovine française et européenne depuis plusieurs années ? Quel rôle doit jouer le syndicalisme agricole pour inverser le phénomène actuel ?
Il y a d’abord les conséquences directes des mesures de gestion de crise ESB : on a tué des milliers de veaux et de bovins adultes. Trois à cinq ans après, il est logique d’avoir un trou. S’y ajoutent les conséquences de la réforme de la Pac, la crise du secteur laitier…
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Je ne peux pas répondre sur le rôle que doit avoir le syndicalisme agricole. Mais, en tant qu’industriel et président du Sniv, je pense que l’immobilisme est le pire des dangers qui guettent la filière bovine française. Pourquoi, en 2005, être encore dans une économie de cueillette avec tous les surcoûts logistiques que cela engendre ? Pourquoi ne pas rechercher une meilleure régulation de l’offre pour éviter les périodes de soudure ? Et surtout pourquoi ne pas s’engager plus volontairement dans l’engraissement en France et ainsi garder la valeur ajoutée dans notre filière ? Dans ce domaine, la responsabilité des uns et des autres est aujourd’hui engagée car la réforme de la Pac, avec le découplage des aides à l’engraissement, va redonner ses droits au marché. Mondialement, nous sommes rentrés dans une industrialisation de la production de viande bovine, non pas pour faire des animaux lourds – comme c’est le cas en France – mais des animaux jeunes ! Sous ces conditions, il y a des raisons d’y croire et de réinvestir dans l’engraissement comme on l’observe déjà dans certaines régions. La filière française a de réels atouts : en amont, il n’y pas eu de décapitalisation du cheptel. En aval, la filière dispose d’outils industriels performants. Maintenant, il me semble que le rôle des organisations agricoles est de redonner de l’ambition aux éleveurs en favorisant des choix techniques et en développant des systèmes de production adaptés aux besoins des différents marchés.
Le secteur de la viande en général, et celui de la viande bovine plus particulièrement, fait face à une baisse importante de la consommation. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Aujourd’hui, le budget alimentaire est devenu la variable d’ajustement du budget global des ménages. Les couches sociales à fort pouvoir d’achat consomment moins de viande, les produits de substitution ont explosé. Ce sont des évolutions sociologiques que nous ne pouvons pas combattre mais auxquelles nous devons nous adapter. Dans la dernière enquête du Sniv, les produits élaborés de viande progressent de 40 % entre 2001 et 2004. Notre grande préoccupation actuelle est la façon dont on distribuera la viande demain. Nous voyons nos clients bouchers touchés par la pyramide des âges, donc de moins en moins nombreux. Quant aux rayons des GMS, ils sont confrontés à une perte accélérée de professionnalisme du fait des difficultés de recrutement de personnel qualifié et de la concurrence exacerbée entre les enseignes sur le seul critère du prix. Nous sommes aujourd’hui face à un problème de demande mais également à un problème d’offre. L’étude Csa/Ofival qui vient d’être réalisée le confirme : le linéaire viande est perçu comme «blanc et froid, avec des ruptures fréquentes et ne suscitant pas d’achats d’impulsion». Pas étonnant qu’il soit petit à petit cannibalisé par des rayons plus dynamiques et plus attractifs.
Comment relancer la consommation des viandes chez les ménages ?
Je pense qu’il faut s’appuyer sur les bases simples du commerce. L’image du produit : il faut que la communication interprofessionnelle revalorise la fonction plaisir de la viande bovine. Non pas un plaisir élitiste mais un vrai plaisir pour toutes les occasions de consommation. C’est le socle commun, le statut du produit qui relève de l’action collective. La segmentation du marché, l’innovation, c’est le rôle des entreprises. Quant à la mise en vente, difficile de faire vivre le rayon viande comme autrefois. Là aussi, il faut inventer du nouveau. Soucieux de la façon dont nos produits seront demain présentés au consommateur, nous avons, au niveau du Sniv, engagé une réflexion sur ce sujet.