Les filières des biocarburants ne sont pas remises en cause, estime Eric Lainé, président de la Confédération des planteurs de betteraves (CGB) en répondant aux questions d’Agra Presse. Malgré plusieurs déclarations, tant de ministres que de représentants d’ONG, le président des betteraviers reste persuadé que la filière est maintenant en mesure de remplir les objectifs « qui sont raisonnables » fixés par l’Europe et la France. Pas question, pour lui, d’accepter un changement de régime dans le cadre de l’OMC. Le sucre ne doit pas devenir un produit sensible ce qui conduirait à un surcroît d’importations.
Y a-t-il un risque pour que le sucre soit classé comme produit sensible à l’OMC et qu’est-ce qui en résulterait ?
C’est une hypothèse avancée par les négociateurs et on ne doit pas l’accepter. En effet, cela signifierait une progression sensible des importations de sucre, de l’ordre de 400 000 à 800 000 tonnes. Or, avec la réforme de l’OCM sucre en Europe, on a déjà accepté de passer d’une situation d’exportateur de 30 % de la production à une situation d’importateur net de 20 % de la consommation. Nous devons absolument garder le système actuel qui classe le sucre en produit préférentiel avec une clause de sauvegarde spéciale. L’organisation du marché du sucre a déjà fait sa réforme dans le but de rentrer dans les clous des négociations OMC. Il est hors de question qu’on nous demande de la réformer de nouveau à ce titre ! Nous comptons sur le gouvernement français, voire sur le président de la République qui a déjà annoncé qu’il mettrait son veto à un accord qui ne correspondrait pas aux intérêts français.
Les biocarburants semblent avoir soudain suscité des réticences du pouvoir politique qui parle de pause dans la construction de nouvelles usines. Y a-t-il vraiment une pause et une menace sur des investissements envisagés ?
Il n’y a pas de remise en cause fondamentale des biocarburants par le gouvernement, ni par le président Sarkozy qui s’est à plusieurs reprises exprimé en faveur des biocarburants. Les conclusions récentes du Comité opérationnel qui fait suite au Grenelle de l’environnement ont confirmé l’objectif de 7 % de biocarburants dans les essences en 2010. S’il y a eu des craintes ou des critiques, quant aux conséquences sur la production alimentaire et les prix agricoles, elles sont infondées, car le modèle français et européen implique une ambition raisonnable. L’objectif de 7 % correspond, pour le bioéthanol, à 3 % des surfaces céréales et betteraves, ce qui est peu. De plus, les outils industriels déjà en activité ou en construction permettent d’atteindre ce seuil. Ils n’ont pas été remis en cause. Quant aux impacts écologiques, les travaux de l’Ademe sont clairs : ils montrent que les bilans écologiques et énergétiques des biocarburants sont favorables et en conformité avec les exigences proposées par la Commission européenne en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il faut compter aussi avec les modes de production industriels qui ne cessent de progresser et le travail des agriculteurs qui respectent de plus en plus les conditions de développement durable. Par exemple, en six ans, les agriculteurs ont réduit de 33 % leur consommation d’engrais. Et puis, on oublie trop souvent de dire que cette filière conduit à une création de valeur pour la France, notamment par la création ou le maintien de 5 000 emplois d’ici à 2010 et par la réduction de la facture pétrolière. Enfin, lorsqu’on produit du bioéthanol, c’est environ la moitié de la production qui retourne à l’alimentation animale sous forme de coproduits permettant d’économiser des produits d’importation.
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Le gouvernement ne semble plus jurer aujourd’hui que par les biocarburants de 2e génération. Quand sera-t-on prêt ? La filière sucre y travaille-t-elle ?
Les acteurs de la 2 e génération de biocarburants seront ceux de la 1 re. L’une ne va pas sans l’autre et la 2 e viendra compléter la 1 re. On y travaille et on y investit, dans le cadre du Pôle de compétitivité de Champagne-Picardie avec le concours de la société ARD (Agro recherche et développement) et des pouvoirs publics. Mais on en est encore au stade des pilotes industriels, tant en France qu’en Allemagne. Le développement de la deuxième génération dépendra aussi des objectifs fixés par Bruxelles qui devraient être de 10 % en 2020 et que la France défendra lors de sa présidence au deuxième semestre.
Que conseillez-vous à vos adhérents aujourd’hui ? De continuer à développer la production de betteraves pour l’éthanol ou au contraire de jouer la prudence ?
Il faut savoir que les usines de production n’ont aucun problème pour vendre leur éthanol, qui est produit majoritairement à partir de betteraves. C’est une filière qui fonctionne. Alors, on conseille aux agriculteurs de semer ce qu’il faut pour répondre aux besoins des industriels, à condition que la betterave éthanol soit rémunérée à un juste prix. Le prix de vente de l’éthanol permet d’atteindre un prix rémunérateur pour les planteurs. Les industriels ont donc la possibilité de sécuriser leurs outils en matière d’approvisionnement. Si en offrant des prix insuffisants ils se mettent en risque, il en va alors de leur responsabilité.