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Fièvre catarrhale « Il va falloir s’habituer à vivre avec la maladie »

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Vigilance accrue. Tel est le leitmotiv des chercheurs de l’INRA et du Cirad face au développement en zone tempérée de maladies animales telles que la grippe aviaire ou la fièvre catarrhale ovine. Ils l’ont rappelé lors d’un point presse le 4 décembre.

Elles sont véhiculées par le commerce, les animaux d’élevage, les oiseaux sauvages… et ont toutes un point commun : elles ne connaissent pas de frontières. Les maladies animales émergentes représentent un nouveau défi sanitaire pour nos sociétés, selon Gilles Aumont, chef du département « santé animale » à l’INRA. Face à cela, il convient avant tout d’anticiper et de ne pas « courir après les maladies », en développant les disciplines orphelines que sont la virologie, la parasitologie, la recherche clinique… estime le scientifique. La coopération et la coordination entre les organismes de recherche est à ce titre jugée cruciale. A titre d’exemple, l’Inserm et l’Inra collaborent depuis 2006 à la mise en place d’un réseau sentinelle en Méditerranée, dénommé Bioscope chargé de coordonneer la surveillance des maladies humaines et animales. Une première dans ce secteur.

Culicoïdes

Pour ce qui est de la situation sanitaire actuelle, et de la la fièvre catarrhale en particulier, Renaud Lancelot (Cirad) s’est déclaré « assez pessimiste sur le fait que la maladie disparaisse avec l’hiver», compte tenu de la douceur des températures. « Il va falloir s’habituer à vivre avec la maladie. On s’installe sur le long terme avec une cohabitation entre la fièvre catarrhale et l’élevage sur le territoire » confirme Gilles Aumont. Fait intéressant, les vents dominants auraient permis à la France d’être relativement épargnée – en comparaison des Pays-Bas ou de l’Allemagne – par la maladie. Le petit moucheron piqueur (culicoïde) à l’origine de la transmission du virus est en effet souvent transporté part le vent. « La modélisation des mouvements des vents correspond assez bien à la diffusion du virus », précise Renaud Lancelot. La France n’a enregistré que six cas de fièvre catarrhale, alors que le nombre de foyers dépasse les 2000 dans le reste de l’Europe.

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Quant à l’apparition du virus en Europe du Nord, l’été dernier, les experts restent perplexes : le virus (sérotype 8) n’a jamais été mis en évidence en Europe du Sud ni même au Maghreb. Les zones d’ombre sont encore nombreuses.

Tiques

Les tiques sont également suivis de près par les scientifiques. Vecteurs de maladies, ils s’accrochent aux cervidés et aux sangliers, dont les populations sont en pleine expansion en France. Ces insectes sont capables d’emmagasiner un nombre important d’agents pathogènes tout au long de leur vie, explique Pascal Boireau (Inra-Afssa-Enva). Fait nouveau, la pression parasitaire augmente en raison des bouleversements des modes de production dans les pays d’Europe de l’Est. Le développement des friches agricoles, suite à l’abandon des grands kolkhozes, offre un habitat apprécié à ces insectes parasites. Gilles Aumont n’hésite pas à prédire que l’Est de la France va être touché par l’émergence des maladies à tiques venus de l’Est de l’Europe.