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PAC 2013 Imaginer des outils pour changer les pratiques agricoles

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La Pac d’après 2013 sera plus environnementale. Mais ces nouveaux outils devront permettre l’adaptation des agriculteurs européens et rémunérer les services qui ne sont pas valorisables par le marché comme le maintien de la biodiversité. Un colloque organisé par l’Inra à l’occasion du Salon de l’agriculture a ouvert quelques pistes de réflexion.

La Politique agricole commune aura un rôle prépondérant dans le maintien de la compétitivité de l’agriculture européenne dans un contexte où la protection de l’environnement prend une place de plus en plus importante. « Enfin aujourd’hui, contraint ou ravi, tout le monde s’embarque dans le même bateau pour limiter l’impact de l’agriculture sur l’environnement », s’est félicité le vice-président de l’Inra, Guy Riba, lors du colloque « Compétitivité et environnement : le défi agricole, un rôle pour la Pac » que son organisme de recherche a tenu mercredi 3 mars au Salon de l’agriculture. Relever ce défi passe bien évidemment par la recherche et la formation des agriculteurs. Mais pas seulement. Aujourd’hui, en France, les aides européennes représentent 89% du revenu des agriculteurs. Il n’est donc pas possible de supprimer ces soutiens du jour au lendemain pour les remplacer par des aides « environnementales ». Pourtant, que ce soit pour légitimer la Pac auprès des citoyens européens ou répondre aux exigences de l’Organisation mondiale du commerce, c’est un risque que courent les exploitants européens.

« De nouveaux outils modernes et réactifs »
Pour Hervé Guyomard, directeur de recherche en économie à l’Inra, la prochaine Pac devra répondre à cinq grands objectifs : la sécurité sanitaire et alimentaire, la stabilisation des prix, le partage de la valeur ajoutée, l’aménagement du territoire et la protection de l’environnement. Concernant la stabilisation des prix, le chercheur préconise un « filet de sécurité » qui pourrait être un soutien public – prélevé sur les DPU – aux mécanismes privés de gestion des risques. « Avec l’Europe à 27, il faut remporter l’adhésion de tous. C’est pourquoi ce système assurantiel est peut-être le meilleur moyen de convaincre les plus sceptiques », précise-t-il. « Il faut trouver des systèmes flexibles pour pallier la trop grande volatilité des prix, confirme Yves Madre, membre du cabinet du commissaire européen Dacian Ciolos. Que les prix varient c’est normal, mais que la volatilité remette en cause des filières entières, non ! Il nous faut donc imaginer de nouveaux outils modernes et réactifs ». Sur l’aménagement du territoire, Hervé Guyomard estime qu’il faudrait étendre les aides au développement rural à l’ensemble des services rendus et non plus seulement à l’agriculture. Enfin, il propose la mise en place d’aides temporaires aux agriculteurs pour adopter de nouvelles pratiques plus respectueuses de l’environnement. Pour ce qui est des aménités positives de l’agriculture que le marché n’est pas en mesure de rémunérer il faudra des soutiens. Le secrétaire national de la Confédération paysanne, Régis Hochart, va dans le même sens : « La Pac de demain doit nous permettre de changer nos pratiques et soutenir ce qu’on ne sera pas capable de valoriser (biodiversité, réduction d’émissions de gaz à effet de serre…) ».

Soutien aux filières naissantes
« Attention, prévient le directeur général du groupe coopératif In Vivo, Patrice Gollier, le débat sur la compétitivité ne doit pas être oublié, tout cela doit s’inscrire dans la logique économique ». Un agriculteur en grandes cultures produit aujourd’hui 4 ou 5 cultures différentes. Au nom de la réduction des intrants, il devra dans les prochaines années revoir ses systèmes de production en allongeant ces rotations par exemple et produira 6 ou 7 espèces différentes. « C’est pour cela qu’il est très important de regarder à la fois cette question à l’échelle des exploitations et de toute la filière », souligne Guy Riba. La future Pac ne devra donc pas non plus oublier de soutenir les filières et notamment des industries naissantes qui entraîneront l’adoption à grande échelle, au-delà du cadre de la seule l’exploitation, de pratiques vertueuses.

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