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Importations ukrainiennes : Bruxelles propose d’allouer 56,3 M€ de la réserve de crise à trois pays

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Pour aider les agriculteurs de l’UE affectés par l’afflux de céréales et d’oléagineux ukrainiens, la Commission européenne a décidé d’activer la réserve de crise agricole en débloquant 56,3 M€ en faveur de la Bulgarie, de la Pologne et de la Roumanie. Pour le Copa-Cogeca comme pour les eurodéputés de la commission de l’Agriculture, ce montant est très insuffisant.

Pour compenser les pertes des agriculteurs des pays de l’UE limitrophes de l’Ukraine affectés par l’afflux de céréales et d’oléagineux ukrainiens, le commissaire européen à l’Agriculture a proposé lors du Conseil des ministres de l’Agriculture du 20 mars, de débloquer 56,3 M€ de la réserve agricole (d’un montant total de 450 M€ en 2023), en faveur de la Bulgarie, de la Pologne et de la Roumanie. Dans le détail, Bruxelles propose d’allouer 29,5 M€ à la Pologne, 16,75 M€ à la Bulgarie et 10,05 M€ à la Roumanie. Le versement des aides devra être effectué d’ici le 30 septembre. Les trois États membres peuvent compléter cette aide communautaire jusqu’à 100 % avec des fonds nationaux, ce qui représenterait une aide financière totale de 112,6 M€. Rien en revanche pour la Hongrie et la Slovaquie, qui revendiquaient aussi depuis plusieurs mois des aides dans ce cadre. En Pologne et en Bulgarie, un excès de grains (maïs et tournesol notamment) a été identifié. Ces disponibilités abondantes de céréales et d’oléagineux ont exercé une forte pression sur les agriculteurs locaux en ce qui concerne les prix, les possibilités de stockage et l’augmentation des coûts de transport. Cela a également entraîné une réduction des débouchés sur le marché, précise la Commission.

Impact des Voies de solidarité

Le cas de la Roumanie est différent. Elle n’aurait pas dû être éligible à un tel soutien financier car il n’y a pas d’offre excessive de blé, de maïs ou de tournesol. En 2022, la récolte de céréales de la Roumanie a été inférieure d’environ un tiers à la moyenne quinquennale. Même en ajoutant les importations en provenance d’Ukraine, il y a aujourd’hui près de 60 % de maïs en moins dans le pays par rapport aux années normales, explique Bruxelles. Toutefois dans son analyse, la Commission a pris en considération l’impact des quantités de céréales et d’oléagineux en transit sur les chaînes d’approvisionnement logistiques et, in fine, sur les agriculteurs. « Compte tenu de la situation stratégique et de l’importance cruciale du port de Constanta en tant que centre d’exportation pour les Voies de solidarité, les chaînes logistiques roumaines sont soumises à des tensions qui entraînent une augmentation des coûts de transport et une pénurie de stockage pour les agriculteurs locaux », a concédé le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski. Avant d’indiquer qu'« en raison de ces difficultés, la Commission a décidé d’offrir une compensation financière, même si les importations supplémentaires ne font que compenser une forte baisse de la production nationale en 2022 ».

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Très déçu par les montants proposés, le Copa-Cogeca a appelé la Commission européenne « à revoir en profondeur sa proposition de règlement en prenant en compte tous les pays touchés. Les agriculteurs doivent ainsi non seulement être indemnisés pour les pertes déjà subies, mais une aide supplémentaire sera nécessaire à l’avenir, car la situation ne disparaîtra pas de sitôt ». Avant d’ajouter que « pour limiter l’impact futur, il convient d’investir dans l’infrastructure des couloirs de solidarité et de maintenir des contrôles sanitaires et phytosanitaires rigoureux ». Même son de cloche chez plusieurs eurodéputés de la commission de l’Agriculture qui, lors d’un échange de vues le 23 mars avec le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski, l’ont exhorté à améliorer cette initiative afin que les céréales ukrainiennes ne fassent que transiter dans les pays de l’UE pour ensuite être expédiées vers les pays tiers.

La proposition de la Commission fait actuellement l’objet de discussions avec les États membres, qui se prononceront lors de la réunion du comité de l’organisation commune des marchés agricoles prévue le 30 mars.