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Recherche Indicateurs Ecophyto : délicate équation

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La recherche est fortement sollicitée par le plan Ecophyto. Un colloque de restitution de trois ans de projets de recherche a permis aux décideurs et chercheurs de faire le point. La question des indicateurs, censés accompagner le déploiement du plan de réduction des pesticides, était au programme des échanges.

Ce colloque marquait un point d’étape. Organisé les 28 et 29 janvier à Paris, trois ans après le lancement du plan Ecophyto, qui vise à réduire l’usage des pesticides, le colloque de restitution « Ecophyto Recherche » a rassemblé chercheurs, acteurs opérationnels et décideurs. Les indicateurs étaient l’un des sujets de recherche, donc de discussion, lors de ce rendez-vous. Un sujet d’actualité, puisque le groupe de travail qui planche sur cette question, dans le cadre du plan Ecophyto, doit se réunir le 14 février. Le but : choisir finalement des indicateurs d’impact et de risque qui seront utilisés pour suivre ce plan.

Compléter les indicateurs de pression d’Ecophyto

En effet, les indicateurs actuellement associés au plan Ecophyto sont la Quantité de substance active (QSA), l’Indice de fréquence de traitement (IFT) et le Nombre de dose unité (Nodu). Trois paramètres chargés de traduire les pressions exercées sur les milieux. Mais la quantité de produit employée ne reflète pas nécessairement le risque ni l’impact sur l’environnement que représente cette pratique. Conséquence : si elle baisse, on ne peut pas en déduire mécaniquement que l’environnement est davantage protégé : les molécules mises sur le marché peuvent avoir changé et être plus efficaces à une dose faible. Le plan Ecophyto prévoit donc que d’autres indicateurs soient choisis afin de compléter l’interprétation qui pourra être faite de l’évolution des trois premiers indicateurs de pression.

Lien délicat entre usage et risque

Ces indicateurs devront traduire les impacts et les risques liés à l’usage des pesticides. Et c’est là que le travail se corse, pour le scientifique comme pour le politique. Car établir un lien de causalité entre une pratique et un effet n’est pas évident. Par exemple, signalait Gérard Bernadec, de la MSA, « dans le cadre du réseau Phyt’attitude mis en place par la MSA (observatoire des risques liés à l’utilisation des produits phytosanitaires), on ne trouve aucune corrélation entre le fait que des agriculteurs déclarent porter des gants ou équipements de protection individuels et leur contamination par des pesticides ». Les déclarations des sondés sont donc un indicateur limité pour quantifier l’exposition des personnes. Autre exemple dans le domaine de l’eau. « Faire le lien entre la modification d’une pratique et un impact sur l’écosystème est parfois difficile », a reconnu Fabrice Martin-Laurent, chercheur à l’Inra de Dijon. « Car le temps de réponse des écosystèmes peut être long » : l’eau peut mettre plusieurs années, voire dizaines d’années, à migrer depuis les sols jusqu’aux nappes phréatiques. « L’une des difficultés du plan Ecophyto est que les acteurs impliqués dans sa mise en œuvre savent que cela va être long » avant que les effets ne soient tangibles.

Des indicateurs intermédiaires

Pour Christian Bockstaller, de l’Inra de Rennes, ce n’est pas une raison pour ne rien faire du tout. « Il faut des points de mesure intermédiaires dans la chaîne de causalité (entre pratique et impact), juge-t-il. Par exemple, je pense qu’on manque de données à la sortie des petits bassins (hydrographiques). » Les relevés dans les eaux de surface ne permettent pas toujours d’identifier la cause de telle ou telle mesure. Se pose alors un autre problème : des indicateurs prévus pour suivre des évolutions au niveau national ne sont pas toujours déclinables au niveau local. Ainsi, l’indicateur QSA, qui traduit les quantités de pesticides vendues, est calculé au niveau national et il serait difficile d’en déduire les quantités utilisées localement par les agriculteurs. Pour interpréter un indicateur, « il faut se référer à l’objectif qui lui est attribué, met en garde Olivier Keichinger, chercheur indépendant. Les indicateurs liés à Ecophyto ont pour cahier des charges d’être nationaux, simples à calculer et basés sur les données de vente. » Il ajoute : « Il faut faire très attention à ce que l’on veut faire dire à un indicateur, et comprendre ce qu’il y a derrière. »

Définir ce que l’on cherche

Enfin, Isabelle Baldi, de l’Inserm de Bordeaux, qui a conduit l’étude Phytoner, qui suit la santé neurologique d’une cohorte d’ouvriers viticoles, signalait : « Nous déclenchons une étude épidémiologique sur une population dès lors que l’on constate qu’une maladie apparaît en excès dans une population. » Mais cela suppose de savoir ce que l’on cherche, et « d’avoir les moyens de surveiller la population. Or, aujourd’hui, nous n’avons pas de données de routine sur les maladies telles que Parkinson et Alzheimer ». Et là encore se pose la question du « temps de réponse ». Car il faudra alors interroger les agriculteurs sur leurs pratiques passées, plus difficiles à reconstituer.

Trancher pour Ecophyto

Si le sujet est éminemment complexe, « il y a bien un moment où il faut se mettre d’accord », note Emmanuelle Soubeyran, chef de projet du plan Ecophyto. « Tous ont leurs avantages et leurs inconvénients. L’important, est de connaître les points forts et les limites de chacun des indicateurs que l’on choisira », pose Emmanuelle Soubeyran.

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