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Essais en plein champs Industriels et semenciers estiment que “la situation se dégrade” sur les OGM

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Les industriels des semences et de la protection des plantes s’inquiètent du retard pris dans les autorisations d’essais en plein champs. Ceux-ci concernent essentiellement le maïs qui doit être semé de préférence avant le 20 mai. Or, le 5 mai, la consultation publique préalable aux autorisations n’avait pas encore commencé. La “plate forme” constituée du Gnis, de l’UIPP et de la CFS s’inquiète par ailleurs de la radicalisation du mouvement anti-OGM qui s’étend à présent aux régions. Le Parti socialiste s’est par ailleurs déclaré opposé à toute présence d’OGM, même fortuite, dans les semences. Pour débloquer le dossier, les industriels espèrent la mise en place prochaine d’une réglementation sur la coexistence. Le gouvernement devrait leur donner satisfaction sur ce point.

Les industriels des semences et de la protection des plantes se demandent s’ils pourront mener des essais OGM dans des conditions normales cette année. Rassemblés au sein d’une plate forme informelle qui regroupe l'UIPP (Union des industries de la protection des plantes), le Gnis (Groupement national interprofessionnel des semences et plants) et la CFS (Confédération française des semenciers), ils s’impatientent de voir délivrées les autorisations pour les dix nouveaux essais OGM qui doivent être mis en place cette année. Philippe Gracien, président du Gnis, qui s’exprime au nom de la plate forme, estime que “ les essais de maïs doivent dans l’idéal être implantés avant le 20 mai pour être significatifs. Il ne servirait à rien d’investir dans des essais coûteux qui ne seraient pas exploitables”. Suite à cette conférence, le ministère a indiqué que la consultation publique préalable à l’autorisation pourrait débuter le 10 mai pour une durée de 10 jours à deux semaines. Les essais pourraient donc être autorisés avant la fin du mois de mai. Ce qui ne devrait rassurer que partiellement les industriels qui s’inquiètent de la radicalisation de la protestation à l’encontre des OGM. “ La situation se dégrade”, constate Philippe Gracien. La Confédération paysanne n’a pas caché son intention de détruire les essais qui seraient mis en place cette année. Associés à Greenpeace et Attac, la Confédération mènera une journée d’action le 8 mai et a déjà prévenu que des arrachages pourraient avoir lieu ce jour là. Si les 10 nouveaux essais ne sont pas encore autorisés et donc pas implantés, ce n’est pas le cas de la trentaine d’essais pluriannuels en cours qui n’ont pas besoin de nouvelles autorisations.

La position “un peu curieuse” des politiques

Mais ce qui surprend le plus les industriels, c’est le soutien affiché de certains politiques aux opposants aux essais. Plusieurs conseils régionaux de gauche ont publiquement annoncé leur intention de s’opposer aux essais d’OGM. Il s’agit essentiellement d’une posture de principe, les régions n’ayant pas le pouvoir d’interdire les essais sur leur territoire. Elle n’en interpelle pas moins Philippe Gracien qui s’étonne de “ positions un peu curieuses pour des gens qui prétendent représenter l’intérêt général”. Il ne savait pas encore que le Parti socialiste avait pris position, le jour de son intervention, contre la présence accidentelle de tout OGM dans les semences.

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“La France a plus d’un an de retard”

Concernant la coexistence entre les cultures, Philippe Gracien s’est dit favorable à la transcription dans le droit français de la directive 2001-18, qui impose notamment aux États membres de fixer des règles permettant la coexistence entre les culture. Selon Philippe Gracien, “ la France a plus d’un an de retard dans la transcription de cette directive”. Sur ce point, au moins, il peut compter sur l’appui des politiques. Serge Lepeltier, ministre de l’Écologie, a indiqué le 6 mai que la France préparait une procédure nationale pour assurer la coexistence des cultures OGM et non-OGM. Il a cependant remarqué que la compétence sur la question revient à Hervé Gaymard, son homologue à l’Agriculture. Ce dernier a annoncé le 5 mai qu’un équipe de juristes étudiait actuellement, pour le compte du ministère de l’Agriculture, les différents régimes de responsabilité et d’indemnisation susceptibles d’encadrer les cultures d’OGM. Cette expertise devrait être bouclée «  d’ici le mois de juillet », a-t-il indiqué. Le ministre a rappelé qu’il préférerait une réglementation européenne permettant de gérer les litiges liés à la coexistence des cultures OGM et non-OGM, mais qu’à défaut d’un «  signal clair » de Bruxelles d’ici l’été, «  il nous faudra prendre des mesures nationales ».

(FH)