Le 9 juin, toute la France est repassée au niveau de risque « négligeable » pour l’influenza aviaire. Après sept mois, la crise est finie sur le plan sanitaire. Les discussions autour de la nouvelle « feuille de route » doivent aboutir à un renforcement de la biosécurité avant la rentrée.
C’est la fin d’une crise historique ayant fait irruption en novembre : l’ensemble du territoire français est repassé le 9 juin en niveau de risque « négligeable » pour l’influenza aviaire, d’après un arrêté paru la veille au Journal officiel. Le dernier des 1 378 foyers en élevages remontant au 17 mai, « on peut considérer que la crise est derrière nous », a estimé le cabinet du ministre de l’Agriculture le 7 juin. Et de préciser que « les mesures sanitaires renforcées (claustration obligatoire et restrictions de mouvements, NDLR) sont levées dans presque tout le territoire », hormis dans les dernières zones touchées par la maladie, dans le grand Ouest et le Périgord. Seuls subsistent quelques cas en faune sauvage dans le nord du pays. Le 10 mai, une grande partie de l’Hexagone était déjà repassée en risque « modéré ».
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Depuis le début de l’épizootie en novembre, 16 millions de volailles ont été abattues. Concernant les indemnisations sanitaires (élevages foyers), le ministère a indiqué avoir versé 54,4 millions d’euros (M€) d’acomptes pour 1 292 dossiers. « Il reste une centaine de dossiers déposés pour 6,2 M€ », a précisé l’entourage de Marc Fesneau lors d’un brief à la presse. Les indemnisations pour pertes économiques (vide sanitaire) ne concernent, pour l’instant, que le Nord et le Sud-Ouest. Quelque 1 792 dossiers ont été instruits pour 26 M€ (dont 17 M€ payés au 2 juin), sur une enveloppe prévisionnelle de 33 M€. Ces deux dispositifs sont encore ouverts, ils seront complétés par quatre autres (éleveurs du grand Ouest et du centre Ouest, œufs, sélection-accouvage pour 121 M€, et entreprises de l’aval).
Les minoritaires haussent le ton
Alors que le redémarrage de la production avicole est pénalisé par les dégâts de la maladie sur le maillon génétique, la Confédération paysanne et le Modef ont demandé au ministère des indemnisations pour pertes économiques plus longues qu’habituellement. « Normalement, les aides s’arrêtent au plus tard 150 jours après l’autorisation de remise en place » des volailles, rappelle Sylvie Colas, porte-parole de la Conf’du Gers, lors d’une conférence de presse le 7 juin. « Mais certains éleveurs ne pourront pas remettre en place avant six mois, voire un an, ou avec des ruptures d’approvisionnement. » Les syndicats minoritaires indiquent avoir porté cette demande auprès de la DGPE (ministère), qui serait « en train d’en évaluer le coût ». D’après eux, l’épisode 2021-2022 d’influenza pourrait « coûter autour de 1,5 milliard d’euros » d’aides publiques (sans compter la rallonge demandée), soit le triple des épisodes précédents. Un chiffrage qui n’a pas été confirmé par la Rue de Varenne.
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Depuis mi-mai, professionnels et pouvoirs publics planchent sur un « retour d’expérience », qui aboutira à une mise à jour de la feuille de route signée en juillet 2021. Le but ? « Être plus réactif, mieux lutter conte l’introduction et la diffusion du virus dans les élevages, mieux protéger nos filières », précise le cabinet de Marc Fesneau. Outre un nouveau tour de vis sur la biosécurité, ce plan comportera un volet sur la sauvegarde de la génétique avicole. Largement concentré dans les Pays de la Loire, ce maillon a été très affecté par cet épisode d’influenza. La feuille de route a vocation à s’appliquer « au plus tard à la rentrée prochaine, avant les migrations descendantes » synonymes de retour du risque épizootique, d’après la Rue de Varenne. Autre outil attendu par la profession : le vaccin, pour lequel l’expérimentation a récemment débuté.
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Associés aux discussions sur la feuille de route, la Confédération paysanne et le Modef haussent déjà le ton. Les syndicats minoritaires demandent le retour de la dérogation à la claustration pour les petits élevages, ainsi qu’une « remise à plat » de l’organisation de la filière avicole. « Sinon, nous ne nous signerons plus rien », menace Sylvie Colas. « La claustration des animaux n’a pas marché, on ne veut plus en entendre parler », tranche l’éleveuse gersoise. La Conf' et le Modef pointent aussi une mesure à l’étude dans la nouvelle feuille de route : vider de tout canard 70 communes de la ZRD (zone à risque de diffusion) du Sud-Ouest du 15 décembre au 15 janvier. « Qui va payer ? », s’interroge Julien Mora, du Modef des Landes, demandant un « accompagnement ». Autant de revendications que la Conf' et le Modef porteront lors de manifestations prévues le 30 juin à Paris et plusieurs villes de province.