Le 24 avril, le ministère de l’Agriculture a relevé le niveau de risque d’influenza et annoncé les remises en place de palmipèdes dans le Sud-Ouest. L’épisode laissera des traces, avec une production de foie gras annoncée en recul de 22 % pour 2021, selon le Cifog.
Assommés par l’influenza, les éleveurs de volailles voient enfin le bout du tunnel. Mais la route qui se dessine devant eux reste chaotique. Vu l'« évolution favorable de la situation sanitaire » concernant l’influenza aviaire, le ministère de l’Agriculture a abaissé le niveau de risque à « modéré » sur l’ensemble du territoire métropolitain, d’après un arrêté paru au Journal officiel le 24 avril. « Les mesures de restrictions, en particulier la claustration, sont ainsi levées », souligne la Rue de Varenne dans un communiqué le même jour. Le nombre de nouveaux cas observés s’est fortement réduit ces dernières semaines. « Depuis le 9 avril, seuls deux cas ont été recensés en Haute-Savoie et dans le Bas-Rhin, dans des basses-cours à proximité de zones humides » ; et le dernier cas en faune sauvage remonte au 23 mars. Seules les zones à risque particulier (ZRP, correspondant à des zones humides prisées par les oiseaux migrateurs) restent en risque « élevé ». « Les mesures de biosécurité renforcées, dont la claustration des oiseaux, [y] restent en vigueur », précise le ministère.
Conf' et Modef veulent une sortie de crise « équitable »
Par ailleurs, dans le Sud-Ouest, épicentre de l’épisode d’influenza en 2020-2021, « les remises en place de palmipèdes débutent […] dans les zones indemnes et se poursuivront progressivement jusqu’à la fin du mois de mai », annonce la Rue de Varenne. Les volailles de chair (galliformes) ont déjà été réintroduites « dans une grande partie des communes », « seules les zones de surveillance, de surveillance renforcée et de protection connaissent encore des restrictions ». Des restrictions dénoncées par le Modef et la Confédération paysanne dans un communiqué le 23 avril. « En zone de surveillance renforcée, seuls les élevages où les animaux sont confinés sont autorisés à produire », relèvent-ils. D’après eux, la reprise de la production est conditionnée à « un audit sur la biosécurité » mené au moyen d’un outil « totalement inadapté aux spécificités du plein air ». « Encore une fois, les [paysannes et paysans] qui ont fait le choix d’une production traditionnelle seront lésés », déplorent les syndicats minoritaires.
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« La sortie de crise doit être menée équitablement », réclament les deux organisations, selon qui « tous les types d’élevage devraient pouvoir remettre en place des animaux, sans distinction de mode de production, et toucher des indemnisations à la hauteur de leurs pertes ». Ces indemnisations ne s’appliquent pas aux élevages des zones indemnes « indirectement touchés », regrettent la Conf' et le Modef. Et de rappeler que « nous n’avons toujours aucune visibilité » sur les indemnisations de pertes de production (vides sanitaires allongés). Depuis fin 2020, l’épisode d’influenza aviaire a provoqué l’abattage (à titre sanitaire ou préventif) de 3,5 millions de volailles. Comme les précédents, ce nouvel épisode d’influenza laissera des traces, en particulier dans la filière foie gras. L’épizootie « a mis à l’arrêt près de 50 % de la production française » de foie gras et aura de « lourdes conséquences en termes de disponibilité », avec une production estimée à -22 % en 2021, selon un communique du Cifog (interprofession) du 23 avril. Un effondrement qui entraînera « de nombreux surcoûts et pertes financières à tous les niveaux de la filière ».
Hausse des coûts tous azimuts
Les professionnels attendent, avant l’été, la feuille de route du ministère de l’Agriculture censée permettre d'« éviter une nouvelle crise ». Mais dans l’immédiat, ils font face à une « explosion généralisée » des coûts de production sans rapport avec la maladie. D’après le Cifog, les prix de l’alimentation animale connaissent ainsi une « hausse moyenne spectaculaire de 22,3 % sur les trois premiers mois [de] 2021 par rapport à l’année 2020 » (indice Itavi). Une situation « intenable pour les entreprises de transformation qui ont des contrats indexés sur le coût de l’aliment et le prix de canetons », souligne l’interprofession. S’y ajoute une « augmentation généralisée du prix des emballages entre +10 à +20 % » (métaux, verre, carton, bois, plastique, etc.). Le Cifog appelle « de toute urgence » à une « revalorisation des prix », dénonçant le « déni » de certains clients qui « refusent de prendre en compte cette réalité dans les prix d’achat ». Comme le souligne l’interprofession, « il en va de la survie des éleveurs, des entreprises et de celle de toute la filière ».