Le ministre de l’Agriculture a fixé l’agenda des indemnisations liées aux abattages de palmipèdes en raison de la grippe aviaire, lors d’une conférence de presse le 19 janvier : celles liées aux mesures actuelles de dépeuplement seront versées à partir de mars, et le solde des indemnisations du vide sanitaire de 2016 devrait être versé en avril. Le même jour, le Modef manifestait pour l’arrêt de ces mesures de dépeuplement. L’interprofession du foie gras s’est félicitée de l’annonce du ministre et a réitéré son soutien à la stratégie de lutte choisie par le ministère. Elle fait des propositions pour un nouveau renforcement de la biosécurité dans la filière.
Le ministre de l’Agriculture a fait le point sur les mesures d’abattage préventif des palmipèdes, lors d’une conférence de presse le 19 janvier. Il a annoncé que les premières indemnisations liées à cette mesure seront versées début mars, selon des modalités proches de l’an dernier (un forfait par canard en fonction de l’âge et du poids), mais encore à préciser. Le montant total devrait représenter plusieurs dizaines de millions d’euros, estime le ministre. Le solde des indemnisations versées lors de la précédente crise devrait être versé en avril (environ 30 % du total) avec une priorité donnée aux éleveurs à nouveau touchés. Ceux-là pourront bénéficier de taux nuls pour leurs prêts de trésorerie, dès que les évaluations des indemnisations seront réalisées. Présent lors de la conférence de presse, le président de l’interprofession du foie gras (Cifog) Christophe Barailh, s’est félicité de cette annonce « rassurante » dans un contexte « anxiogène ». Il a réitéré son soutien à la stratégie de lutte choisie par le ministère, alors qu’une manifestation était organisée à Mont-de-Marsan, par le Modef des Landes, contre les mesures de dépeuplement (voir encadré). « Ces mesures sont fortes, ont un impact fort, mais elles sont nécessaires et indispensables », a-t-il expliqué.
Limiter les mouvements, analyser les animaux
La veille de cette conférence de presse, le Cifog avait présenté un « plan de sécurisation sanitaire renforcé », qui doit être examiné par le ministère de l’Agriculture dans les prochaines semaines, et pourrait faire l’objet d’un soutien public. « Dans un mois, nous signerons un protocole d’accord sur les moyens à court et long terme », a déclaré Stéphane Le Foll. En présentant ce plan, Christophe Barailh a expliqué que l’accent sera mis sur les mouvements d’animaux : « Il faut rapprocher les animaux, pour limiter les mouvements. Cela va nécessiter des discussions au sein de la filière ».
Le plan est articulé autour de huit principales mesures : « détecter systématiquement la présence ou non de virus hautement pathogène sur l’élevage avant tout déplacement des animaux grâce à des analyses », « mettre en place un système d’alerte sanitaire par les vétérinaires », « rendre obligatoire la déclaration de mise en place d’animaux dans tous les élevages » (pour les éleveurs indépendants), « appliquer pour la filière longue la règle d’élevage d’animaux d’âge identique dans un site d’exploitation permettant ainsi de réaliser des vides sanitaires efficaces », « définir un accord interprofessionnel sur les règles d’élevage », « mettre en œuvre l’audit de tous les producteurs par un organisme indépendant », « sécuriser les étapes de transport en déterminant un protocole de désinfection et de nettoyage » et « professionnaliser l’activité des intervenants extérieurs ».
Analyses : quel coût et quelles conséquences
L’une des mesures proposées par le Cifog suscite des questions, la mise en place d’analyses préalables aux mouvements de canards, permettant de connaître leur statut sanitaire vis-à-vis de l’influenza aviaire. A priori, cette mesure fait face à deux freins : son coût et ses incidences sur le commerce à l’international. Son coût est estimé à 2 400 € par bande pour un élevage moyen d'animaux prêts à gaver, selon la déléguée générale du Cifog, Marie-Pierre Pé. « Nous n’avons pas encore la modalité technique, il va falloir bouger des montagnes », a-t-elle expliqué, après la réunion au ministère, insistant sur l’importance de cette mesure aux yeux de l’interprofession. « Nous ne voulons plus rouler à 130 km/h sur l’autoroute sans phare ».
Pour Bruno Ferreira, chef du bureau des actions sanitaires à la DGAL, cette mesure pose aussi la question du commerce international. En effet, les détections d’influenza aviaire H5 ou H7, même faiblement pathogènes, sont soumises à une obligation de déclaration auprès de l’OIE (organisation mondiale de la santé animale). Et ces déclarations, même si certaines n’entraînent pas de perte du statut indemne de grippe aviaire, conduisent certains pays à fermer leur frontière. Bruno Ferreira explique pourtant que la surveillance des virus faiblement pathogène serait utile au regard de l’histoire des virus qui ont déclenché la précédente crise (virus faiblement pathogène, mutés en virus hautement pathogène après circulation à bas bruit).
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Abattages préventifs : Le Modef demande l’arrêt, la Conf' un avis de l’Anses
Après que le ministère de l’Agriculture a étendu pour la deuxième fois la zone d’abattage préventif, le Modef des Landes a appelé à manifester le 19 janvier devant les services vétérinaires de la préfecture des Landes, à Mont de Marsan. « Nous demandons que l’on arrête cette stratégie de lutte, que l’on gère le virus foyer par foyer », plaide son président Christophe Mesplède. « C’est la deuxième fois que l’on ajoute un cordon. Les solutions d’abattage ne portent pas leurs fruits. Nous en sommes déjà à 500 000 animaux abattus dans la première zone. La réaction des éleveurs, c’est : quel gâchis ! » Le Modef des Landes plaide une gestion selon elle moins « administrative » et qui « compose avec la production en place ». Interrogé sur l’efficacité de sa stratégie, il répond : « Personne ne maîtrise rien ; pas plus la DGAL que le Modef ». Outre l’arrêt des abattages préventifs, le Modef a manifesté pour des indemnités élevées et une réorganisation de la filière (limitation des distances de transports, arrêt de la spécialisation d’ateliers dans le démarrage de canetons, baisse de la densité d’animaux en hiver).
De son côté, la Confédération paysanne a demandé dans communiqué du 18 janvier un avis de l’Anses pour évaluer des mesures d’abattage préventif sur la diffusion du virus dans le Sud-Ouest.
La FGA-CFDT demande l’activation de « cellules de veille permanente »
Dans un communiqué le 18 janvier, la FGA CFDT demande l’activation de « cellules de veille permanente » pour la filière avicole française, considérant que « les crises sanitaires ne peuvent plus être considérées chaque année comme conjoncturelles ». Selon la FGA-CFDT, ces cellules avaient été créées par Michel Barnier, lorsqu’il était ministre de l’Agriculture. Elles regrouperaient « tous les acteurs de la filière, dont les partenaires sociaux ». Le syndicat souhaite apporter son expertise sur les questions d’emploi et de formation dans la filière. Ces cellules seraient présentes à la fois au niveau national et au niveau local dans « les territoires touchés par les mesures d’abattage massifs et de restrictions ». Elles permettraient « l’anticipation et l’action dans la gestion des crises, là où les outils actuellement en place, tels que les mesures de réaction à des situations conjoncturelles, ne suffisent plus ».