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Influenza aviaire : un premier élevage touché, la controverse rebondit

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Dans le Nord, un foyer d’influenza aviaire a été confirmé le 27 novembre sur des poules pondeuses. Il s’agit du premier cas en élevage pour la saison 2021-2022. Les volailles y étaient élevées en bâtiment, comme n’ont pas manqué de le relever les défenseurs du plein air.

Après quelques mois de répit, l’influenza aviaire est déjà de retour dans un élevage français. Déjà repérée cet automne parmi les oiseaux sauvages et dans quelques basses-cours françaises, la maladie a touché un premier élevage commercial de poules pondeuses, situé à Warhem (Nord), près de Dunkerque, a annoncé le ministère de l’Agriculture le 27 novembre. Il s’agit du virus H5N1, précise le cabinet du ministre interrogé par l’AFP. Ce foyer a été détecté « dans un élevage de deux bâtiments d’environ 80 000 poules pondeuses chacun », précise la plateforme ESA (Épidémiologie en santé animale) le 30 novembre. S’appuyant sur une information de la DGAL (ministère de l’Agriculture), la plateforme note que « la suspicion avait reposé sur un accroissement de la mortalité (supérieur à 15 000 dans le bâtiment touché) ».

« Caractère sporadique à ce stade »

Avec ce cas dans un élevage, la France perd à nouveau son statut « indemne » d’influenza aviaire, qu’elle venait de retrouver le 2 septembre, a confirmé la même source. Cela devrait avoir « des conséquences sur certains marchés à l’export » de ses volailles, d’après la Rue de Varenne. « Des démarches ont été initiées via les ambassades pour rassurer les principaux pays importateurs sur le caractère sporadique à ce stade de cet événement et la mise en œuvre des mesures de gestion habituelles telles que prévues par la réglementation de l’UE », ajoute le cabinet de Julien Denormandie. Pour le moment, les conséquences « ne devraient pas aller au-delà de ce qui avait été noté l’an dernier », selon le cabinet de Julien Denormandie. « Nous avons l’assurance qu’un certain nombre de pays continueront à accepter l’introduction des productions françaises à partir des autres départements, grâce à ce qu’on appelle la reconnaissance du zonage », ajoute-t-il.

Lire aussi Influenza : les défenseurs du plein air lancent la bataille juridique

Alors que l’origine de la contamination dans le Nord n’était pas encore connue, les défenseurs de l’élevage plein air ont relancé la controverse sur la biosécurité. L’élevage touché, qui ne dispose pas d’accès au plein air, se situe « dans une zone dense en échanges professionnels avec la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas », note un collectif emmené par la Confédération paysanne dans un communiqué du 29 novembre. Or, ces trois pays sont « déjà contaminés dans leurs élevages industriels ». « Ce constat renforce notre détermination à obtenir une réglementation adaptée qui tienne compte de la réalité du risque épidémique et de sa propagation en fonction du type d’élevage », martèlent les huit organisations (1), qui ont déposé « trois recours devant le Conseil d’État » en ce sens.

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Trois recours devant le Conseil d’État

Dans leur communiqué, les défenseurs du plein air précisent les « trois principes » sur lesquels ils se basent pour attaquer la nouvelle réglementation de lutte contre l’influenza (arrêtés du 17 septembre, 29 septembre et 4 novembre). Premier argument : l'« atteinte au bien-être animal et aux labels de qualité ». « L’accès à l’extérieur est une condition réglementaire pour la labellisation bio, ces arrêtés nous empêchent tout simplement de faire notre travail », explique David Léger, secrétaire national volailles à la Fnab (agriculteurs bio), cité dans le communiqué. La possibilité de déroger à la claustration qui existait auparavant a été supprimée. Et, précise le collectif, les nouveaux textes « imposent, pour pouvoir sortir les animaux sur des parcours extérieurs réduits à peau de chagrin (0,5 m² par volaille), de faire constater par un vétérinaire les souffrances des animaux ».

Le second argument ? L’application immédiate des arrêtés, qui a « placé les éleveurs et les éleveuses matériellement et juridiquement dans l’impossibilité de se conformer à la règle. » Une disposition « contraire au principe de sécurité juridique », estiment les requérants. D’après eux, les mesures de lutte contre l’influenza « entraînent une baisse d’activité et de chiffre d’affaires de l’ordre de 50 % », provoquant des cessations d’activité. Enfin, selon les défenseurs du plein air, les nouvelles règles constituent une « entrave à la liberté d’entreprendre » qui « n’est pas justifiée ». Ils notent, sur la base de « nombreux éléments scientifiques », que « le risque d’introduction de l’influenza aviaire dans les élevages de plein air par les oiseaux sauvages est faible », et que sa diffusion est favorisée par la densité et les transports.

Des critiques se font aussi jour hors de la sphère agricole : dans un communiqué distinct du 30 novembre, le Mouvement de la ruralité (LMR) pointe également « une responsabilité non négligeable des industriels de la volaille » dans la propagation de l’influenza aviaire. « La volonté affichée par l’État est manifestement de défendre d’abord l’industrie avicole », analyse le parti créé dans le sillon de CPNT (Chasse, pêche, nature et traditions). Le LMR dénonce notamment l’interdiction de chasser dans la zone de surveillance de 10 km autour de l’élevage touché.

L’élevage touché compte deux bâtiments de 80 000 poules

Des critiques du côté des chasseurs