Le 5 novembre, la France est passée en risque « élevé » pour l’influenza aviaire, un an après l’épisode dévastateur de 2020-2021. Un premier test pour le nouveau cadre sanitaire élaboré par l’État et les professionnels.
Comme un mauvais goût de déjà-vu. Un an après l’épisode d’influenza aviaire dévastateur de 2020-2021, la France est repassée en risque « élevé » dans tout le territoire métropolitain, d’après un arrêté paru au Journal officiel le 5 novembre. Une décision prise par le ministre de l’Agriculture « au regard de la progression rapide du virus […] en Europe », explique la Rue de Varenne dans un communiqué. D’après le ministère, « depuis le début du mois d’août, 130 cas ou foyers d’influenza aviaire ont été détectés dans la faune sauvage ou dans des élevages en Europe ». L’Allemagne est particulièrement touchée avec « 45 cas (H5N1) confirmés », d’après la notice de l’arrêté. Le virus sévit également aux Pays-Bas (six cas) et en Italie (six foyers dans des élevages de dinde de chair). « Le cas le plus proche est seulement distant de 230 kilomètres du territoire national », précise le texte.
La France, elle, compte trois cas en basses-cours, « en lien probable avec un foyer déclaré en Belgique ». En l’absence de cas en élevages, l’Hexagone garde son statut « indemne d’influenza », recouvré en septembre et nécessaire pour pouvoir exporter.
Le ministère « renforce sa gouvernance »
Cet hiver constituera un premier « stress test » pour le nouveau cadre sanitaire qui entre juste en application, après la signature de la feuille de route influenza, en juillet, entre l’État et les professionnels. Côté pouvoir publics, deux arrêtés ont fixé de nouvelles règles de biosécurité, les modalités de mise à l’abri (1). Tout en entérinant la création des ZRD (zones denses du Sud-Ouest et de l’Ouest), où la claustration des animaux pourra intervenir dès le niveau de risque « modéré ». La règle reste la mise à l’abri généralisée des volailles en cas de risque « élevé ». Un troisième arrêté paru le 17 septembre a supprimé toute possibilité de dérogation, ce qui a déclenché des premiers remous sur le terrain en Bresse (2).
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Par ailleurs, le ministère de l’Agriculture « renforce sa gouvernance » avec la « nomination prochaine d’un directeur de crise influenza », annonce-t-il dans son communiqué. De son côté, la préfète de Nouvelle-Aquitaine Fabienne Buccio a été désignée comme pilote « au niveau territorial ». Le ministère ajoute que « 112 agents […] sont d’ores et déjà mobilisés et se sont déclarés volontaires pour venir en renfort des départements qui seraient touchés ». Et de préciser que « des exercices de préparation sont conduits dans plusieurs départements ».
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Les mesures professionnelles entrent en vigueur
Côté professionnels, la filière s’était engagée en juillet à proposer des mesures complémentaires du cadre réglementaire. Pour les palmipèdes gras, celles-ci entrent tout juste en vigueur, avec l’extension à tous les producteurs de l’accord interprofessionnel sur « la sécurisation de la production vis-à-vis du risque sanitaire », actée par un arrêté paru au JO le 9 novembre. Adopté par le conseil d’administration du Cifog (interprofession) le 4 octobre, il oblige tous les éleveurs de palmipèdes à foie gras à « adapter les mises en place aux capacités de mise à l’abri du 15 novembre au 15 mars » (3). Autre obligation : utiliser la base de données « BD avicole » pour déclarer leurs mouvements. Le texte serre les vis sur un certain nombre de points : biosécurité, délais de dépistage, déclaration des mouvements, gestion des intervenants en élevage, etc.
L’accord du Cifog prévoit aussi des mesures renforcées pour les élevages situés dans les ZRP (zones humides), ZRD (zones denses) ou situés à « moins de 1 km d’un site stratégique » (abattoirs, couvoirs, élevages de reproducteurs). Durant les périodes à risque, ils verront leurs vides sanitaires allongés d’une semaine pour réduire de 6 % le nombre de lots. Le précédent épisode d’influenza avait provoqué l’abattage – principalement à titre préventif – de 3,5 millions de volailles, et amputé la production de foie gras de 22 % en 2021. L’avenir dira si le nouvel arsenal réglementaire sera suffisant pour éviter une quatrième crise d’influenza en six ans.
En Europe, 130 cas détectés depuis début août
Nomination prochaine d’un « directeur de crise influenza »
L’épisode 2020-2021 d’influenza a fait perdre cinq millions de volailles à Maïsadour
La coopérative landaise Maïsadour a « perdu » deux millions de canards et trois millions de volailles de chair du fait de l’épisode 2020-2021 d’influenza aviaire, indique-t-elle dans un communiqué le 9 novembre. Établi à l’occasion des assemblées générales de ses organisations de producteurs (OP) respectives, ce bilan comprend les animaux abattus pour raison sanitaire et ceux qui n’ont pas été mis en place par rapport à une année normale. Côté palmipèdes gras (180 éleveurs, aux deux tiers dans les Landes), le groupe a subi « une baisse de 30 % des volumes de production par rapport à l’année précédente ». « Aujourd’hui, les réglementations en matière de biosécurité évoluent, et il nous faut fournir un effort supplémentaire pour s’y adapter », rappelle la présidente de l’OP palmipèdes Chantal Brèthes, citée dans le communiqué. En volailles de chair (395 élevages, dont 95 % en Label rouge), la coopérative a produit « 11,1 millions de volailles sous signe de qualité (label, bio, certifiées) » en 2020-2021, soit trois millions de moins que l’année précédente. « Nous avons pu maintenir l’approvisionnement grâce à la solidarité entre nos différents bassins de production et à nos relations de confiance avec nos clients », souffle Bernard Tauzia, président de l’OP volailles de chair.