Efficacité incertaine, nombre de doses insuffisant, acquisition de l’immunité trop lente : dans un avis du 16 décembre, l’Anses évacue une éventuelle vaccination des galliformes (poules, dindes, etc.) pour l’hiver 2022-2023. Tout en laissant la porte ouverte pour l’automne 2023.
« Les conditions ne sont pas réunies pour une mise en place de la vaccination chez les galliformes (poulets, dindes, etc.) pour l’automne 2022 », a estimé l’Anses dans un avis paru le 16 décembre. Un seul vaccin est autorisé en France pour l’espèce Gallus gallus : le Nobilis influenza H5N2, produit par MSD Santé animale et utilisé dans les zoos (1). Un produit dont seules « quelques milliers de doses » sont disponibles. Qui plus est, son efficacité dans le contexte actuel est « inconnue », car il a été « élaboré avec une souche [de virus] isolée en 2006 ». L’agence sanitaire écarte aussi l’utilisation du Nobilis en vaccination d’urgence (autour des foyers), d’un intérêt « quasi nul » en raison d’un délai d’installation de l’immunité atteignant « trois à quatre semaines en moyenne ». Par ailleurs, rappellent les experts de l’Anses, « la vaccination des palmipèdes n’est dans l’immédiat pas envisageable, alors qu’il s’agit de l’espèce la plus réceptive et certainement la plus excrétrice », ce qui réduit l’intérêt de protéger les seules autres espèces de volailles. Réagissant sur France info le 20 décembre, la présidente de la FNSEA Christiane Lambert a fait part de sa « très forte déception ».
Impossible d’isoler les bassins de production
Malgré ces freins, les experts de l’Anses ont exploré l’hypothèse d’une vaccination préventive des galliformes. D‘abord dans le cadre d’un « cloisonnement géographique » : le principe est d’établir des pare-feu autour des bassins denses en volailles, en vaccinant les animaux dans les zones qui les entourent. Les conditions : ces zones doivent être peu denses en volailles, et les gallus (poulets de chair et poules pondeuses) doivent y être majoritaires. Une stratégie vouée à l’échec, car « il n’existe pas de telles zones » autour des principaux bassins avicoles (Bretagne, Pays de la Loire, Sud-Ouest), tranche l’agence sanitaire.
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La vaccination préventive peut s’envisager suivant une autre approche, par espèces de volailles. Dans ce cas, tout dépendra de la disponibilité en doses de vaccins. En cas de « nombre limité de doses », l’Anses recommande de « vacciner en priorité les élevages de sélection de Gallus gallus situés en ZRD (Zones à risque de diffusion, soit les bassins denses) et éventuellement en ZRP (Zones à risque particulier, soit les zones humides prisées par les oiseaux migrateurs) ». Suivraient par ordre de priorité les élevages de multiplication des mêmes zones, puis les élevages de production situés près des sites stratégiques. Enfin, dans l’hypothèse d’un « accès à un grand nombre de doses », viendrait le tour des poules pondeuses plein air (dans les ZRD, et éventuellement les ZRP), puis celui des autres gallus élevés en plein air (volailles label notamment).
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Priorité à la génétique et aux dindes
L’avis de l’Anses accorde une place particulière au cas des dindes, qui sont très sensibles aux virus influenza actuels. Aucun vaccin ne dispose d’une autorisation pour cette espèce. Mais « si les pouvoirs publics prenaient la décision de vacciner les galliformes autres que Gallus gallus », la priorité devrait leur être accordée, estime l’agence sanitaire. Et ce y compris par rapport aux gallus plein air.
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Même si elle écarte toute vaccination pour l’hiver 2022-2023, l’Anses souligne « la nécessité de poursuivre la réflexion avec les fabricants de vaccins » en vue d’une protection de « l’ensemble des volailles d’ici à l’automne 2023 ». Comme le rappellent ses experts, « des vaccins plus performants que ceux actuellement disponibles sont en cours de développement ». L’agence met en avant deux points à prendre en compte pour élaborer une stratégie vaccinale. D’abord la nécessité de « disposer de plusieurs types de vaccins afin d’obtenir une protection vaccinale suffisante à travers des injections multiples sur les animaux ». Et ensuite l’importance « d’envoyer un signal fort de la part des autorités compétentes (à l’échelle nationale et européenne) aux firmes pharmaceutiques pour la mise à disposition de vaccins » (délai de production d’au moins « six à huit mois »). Un message qui fait écho aux récentes prises de position des laboratoires.