Avec plus de trente nouveaux cas en une semaine, l’influenza aviaire progresse rapidement, notamment dans les Pays de la Loire et les Deux-Sèvres. Dans cette zone riche en élevages avicoles, les pouvoirs publics misent sur une « dédensification » pour limiter le nombre d’animaux présents.
L’hiver s’annonçait compliqué sur le front de l’influenza aviaire. Des craintes qui semblent se confirmer, vu l’emballement de la maladie dans l’Ouest ces derniers jours. Trente-six nouveaux cas ont été déclarés en une semaine en France, portant le total à 127 foyers en élevage selon le bilan du ministère de l’Agriculture au 6 décembre (contre 91 le 30 novembre). L’essentiel de ces nouveaux foyers se situe dans l’Ouest, en Vendée (41 cas depuis le 1er août), dans les Deux-Sèvres (18) et le Maine-et-Loire (17). « Nous sommes entrés dans le pic de la période de migration », indiquait le cabinet du ministre de l’Agriculture à la presse le 2 décembre, notant que la pression virale « augmente considérablement » et s’accompagne de « risques potentiels d’introduction en élevage ».
C’est le scénario qui se déroule actuellement en Maine-et-Loire. Éric David, le directeur départemental de la protection des populations, y évoque une « recrudescence très inquiétante », avec une nouvelle suspicion « à peu près toutes les quatre heures ». Quelque 430 000 volailles y ont été abattues depuis le début de la crise, selon Ouest-France. Cité par le quotidien régional, M. David précise que les autorités essayent « d’euthanasier immédiatement » les animaux dans les élevages suspectés, sans attendre la confirmation de la maladie. « Mais on commence à être très, très juste en capacités d’euthanasie et d’équarrissage », s’inquiète le responsable de la préfecture. Et d’ajouter que « cinq équipes [d’euthanasie de GT Logistics] tournent sur le grand Ouest ». Elles devraient « très certainement » recevoir le renfort de la société hollandaise Van Eck, qui fait du gazage d’animaux en bâtiments, selon M. David. Au-delà du grand Ouest, deux nouveaux foyers dans des élevages de palmipèdes ont été confirmés par la préfecture de Dordogne, ainsi que des premiers cas en élevage en Saône-et-Loire et dans la Vienne.
Réforme anticipée et mises en place interdites
Face à l’emballement de la maladie, le ministère de l’Agriculture a annoncé le 2 décembre une « dédensification » dans le grand Ouest, dans l’espoir de freiner la progression de l’épizootie. Dans un rayon de 10 à 20 km autour des foyers en « zone à risque de diffusion » (ZRD, soit les zones les plus denses), cette dédensification passera par une réforme anticipée des palmipèdes et des dindes (avec valorisation dans la chaîne alimentaire). Les modalités seront différentes dans un rayon de 20 à 50 km autour des foyers : les éleveurs n’auront pas le droit d’y remettre en place de palmipède ou de dindes, les espèces les plus sensibles au virus. En poulets de chair et poules pondeuses, les vides sanitaires y seront allongés, à trois semaines au lieu d’une. Ces mesures dans la zone tampon plus large de 50 km devraient produire leurs effets « d’ici quelques semaines », espère la Rue de Varenne. Par ailleurs, dans la zone réglementée autour des foyers (jusqu’à 10 km), « rien ne change », rappellent nos confrères de Réussir Volailles : « Toutes les volailles sont abattues à titre préventif dans le rayon de 1 km et tous les canards et dindes dans les 10 km (uniquement en zone à risque de diffusion). »
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Présentée aux organisations professionnelles le 1er décembre, la stratégie de dédensification vise à « éviter une accélération trop rapide des foyers », et donc à « prévenir la saturation des dispositifs d’euthanasie et d’équarrissage », précise le cabinet du ministre. « Avec les professionnels, nous nous sommes donnés trois semaines » avant de décider de lever ou non ces mesures. L’entourage de Marc Fesneau assure par ailleurs qu’« il y aura des dispositifs d’indemnisation déployés pour les réformes anticipées et les allongements de vide sanitaire. L’État sera au rendez-vous. »
Le pare-feu « ne fait pas consensus »
L’interprofession des volailles de chair Anvol – qui demandait des « mesures proportionnées » selon les espèces – n’a finalement pas été entendue. La filière souhaitait des « remises en place plus rapides » pour les poulets, moins touchés par l’influenza que les canards et les dindes, a expliqué Yann Nédélec, le directeur d’Anvol, à Agra Presse le 1er décembre. Et de préciser que « l’urgence pour nous est à un dépeuplement préventif des dindes et des canards autour des foyers. » Anvol propose aussi des abattages autour de la zone Ouest (Maine-et-Loire, Deux-Sèvres, Vendée) pour établir un « pare-feu » et éviter la dissémination de la maladie. Une idée qui « ne fait pas encore consensus », constate M. Nédélec, car mal adaptée à « la physionomie de l’épizootie, avec des cas éparpillés ». Cette stratégie avait été appliquée au printemps, ce qui avait permis d’éviter la diffusion de l’influenza en Bretagne, première région avicole. De son côté, dans un communiqué du 1er décembre, la Confédération paysanne plaide pour « un arrêt total, prolongé et indemnisé des mises en place et des transports de volailles dans les zones les plus sensibles ». Une idée initialement émise par le syndicalisme majoritaire dans les Pays de la Loire.