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Influenza : l’Ouest face à un « risque d’endémisation » de la maladie

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Dans les Pays de la Loire, l’influenza aviaire progresse toujours, menaçant deux importants bassins avicoles : la Bretagne et le Maine-et-Loire. Les prochaines semaines seront cruciales, alors que l’Anses prévient d’un « risque d’endémisation » de la maladie.

La France a passé un sinistre cap cette semaine : celui des 1 000 foyers d’influenza aviaire en élevages pour la saison 2021-2022. Au dernier bilan officiel arrêté au 30 mars, la France comptait 1 098 foyers, dont 500 en Vendée, actuel épicentre de l’épizootie. La maladie progresse toujours dans les Pays de la Loire, notamment dans le Maine-et-Loire, où une quarantaine de cas supplémentaires ont été confirmés entre le 23 et le 30 mars. Une dynamique qui menace à court terme les bassins d’élevage des Mauges, puis plus au Nord-Ouest celui des volailles Label rouge de la Sarthe. En Bretagne, la contamination semble plus contenue, avec deux nouveaux cas en Ille-et-Vilaine et dans le Morbihan (soit quatre cas en tout). Mais le moindre dérapage aurait des conséquences gravissimes dans cette région, première productrice de volailles de France. Dans le Sud-Ouest, seul le département du Lot a connu un nouveau cas, confirmé le 25 mars par la préfecture dans un élevage de canards situé à Teyssieu.

Déjà 12 millions de volailles abattues

Dans une instruction technique du 23 mars, la DGAL (ministère de l’Agriculture) a précisé les modalités du dépeuplement préventif autour des sites sensibles (couvoirs et élevages de reproducteurs). La région compte « 200 à 250 » de ces sites, selon le président de la chambre d’agriculture de Vendée Joël Limouzin ; les abattages sont ordonnés dans un rayon de 3 km autour des sites « sensibles » et de 5 km autour de ceux considérés « très sensibles ». D’après le texte, les poules pondeuses et poulettes futures productrices d’œufs doivent faire faire l’objet d’une « réforme accélérée », et ce dans « le périmètre de 3 km autour des sites très sensibles ».

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Comme pressenti, les jeunes animaux doivent être euthanasiés, et les lots d’animaux valorisables doivent être abattus « sans délai ». Doivent être traités en priorité les élevages proches des sites « très sensibles », ainsi que les palmipèdes, réputés pour être des « excréteurs majeurs » de virus. Ces abattages préventifs doivent être ordonnés via des « arrêtés préfectoraux individuels », ainsi que la réquisition des abattoirs « utilisés pour la réforme accélérée ». Depuis le début de l’épisode 2021-2022 d’influenza, au moins 4,5 millions de volailles ont été abattues dans le Sud-Ouest et 8 millions dans les Landes.

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Risque de « jonction » jusqu’à l’hiver

La gestion de la crise dans les prochaines semaines sera déterminante, car la ferme France fait face à un « risque d’endémisation » de la maladie, d’après Gilles Salvat, directeur général délégué au pôle Recherche et références de l’Anses. Un phénomène qui pourrait se concrétiser via deux mécanismes : « Par la faune sauvage ou par la survie du virus dans l’environnement », explique-t-il dans un entretien accordé à Agra Presse le 29 mars. L’épizootie en cours dans l’Ouest est « extrêmement préoccupante » selon le responsable de l’agence sanitaire, qui alerte d’un risque de « faire la jonction » avec la saison hivernale, traditionnelle période à risque via les migrations d’oiseaux.

« Assainir la zone des Pays de la Loire élargie peut prendre au moins trois mois » (depuis fin mars), estime M. Salvat, car la gestion des animaux morts et des effluents est « très compliquée » sur le terrain. Par la suite, « à partir du dernier oiseau malade éliminé, il faut compter un à deux mois en fonction des températures extérieures pour que le lisier soit décontaminé », explique-t-il, alors que l’Anses a rendu un avis sur cette question des effluents la semaine du 21 mars. Par ailleurs, selon Gilles Salvat, des hérons garde-bœufs malades de l’influenza ont été trouvés dans l’Ouest, alors que ces oiseaux sont « plutôt autochtones » et ne migrent pas systématiquement. Cet indice suggère que la contamination serait susceptible de persister dans la faune autochtone, qui pourrait jouer le rôle de « relais » de la maladie vers les oiseaux d’élevage.

« Au moins trois mois » pour assainir les Pays de la Loire

La maladie pourrait persister chez la faune sauvage autochtone