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Influenza : repeuplement progressif en vue en Pays de la Loire

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Dans les zones les plus denses des Pays de la Loire, canards et dindes attendront le 15 mai avant de faire leur retour, a confirmé le ministère. Sous pression, la Rue de Varenne a présenté les indemnisations économiques 2022-2023, qui ne satisfont pas totalement les éleveurs.

Alors que l’épizootie d’influenza aviaire « se stabilise », le ministère de l’Agriculture annonce, dans un communiqué du 28 février, un « repeuplement progressif » dans les Pays de la Loire. « Les remises en place d’animaux dans les élevages débuteront dans les zones les moins denses en palmipèdes dans les prochains jours », précise la Rue de Varenne. Comme pressenti, « les remises en place de palmipèdes resteront interdites jusqu’au 15 mai dans les 45 communes les plus denses » de la zone à risque de diffusion (ZRD) ligérienne. « Les dindes seront aussi concernées », précisait le directeur d’Anvol (interprofession des volailles de chair) Yann Nédélec lors d’une conférence de presse le 22 février. Ces deux espèces sont réputées plus sensibles à l’influenza aviaire. Les canards, en particulier, peuvent excréter le virus une dizaine de jours avant les premiers symptômes. D’après la Rue de Varenne, les mêmes restrictions de mise en place s’appliqueront aussi « dans un rayon de 3 km autour de 30 élevages à fort enjeu stratégique pour la génétique aviaire » (couvoirs, élevages de reproducteurs). Et de rappeler que ce plan – « concerté avec les interprofessions » – vise à « prévenir tout nouvel emballement et à protéger les sites sensibles ».

Vers un « plan Adour » en Pays de la Loire

Avec 312 foyers dans les élevages français au 28 février, « la situation sanitaire apparaît stabilisée depuis quelques semaines dans la région Pays de la Loire et dans le Sud-Ouest », affirme le ministère. Tout en appelant à la « vigilance », notamment face aux récents cas dans les Côtes-d’Armor (1). Gilles Salvat, le directeur délégué au pôle Recherche et références de l’Anses, appelle à rester « extrêmement prudent » : « L’année dernière, on avait observé les premiers cas en Vendée durant le Salon de l’agriculture », rappelle-t-il. C’était le début du pire épisode d’influenza jamais connu en France, avec 1 400 foyers en élevages sur la saison et plus de 20 millions de volailles abattues. « Cette année, on n’observe pas d’emballement comme il y en a eu », rassure M. Salvat.

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À plus long terme, les Pays de la Loire « pourraient appliquer à l’hiver prochain le même dispositif » que le « plan Adour » (vide sanitaire synchronisé), indique Joël Limouzin, le président de la chambre régionale d’agriculture, à Agra Presse le 24 février. Un plan qui vise à réduire le risque sanitaire en attendant la vaccination. D’initiative professionnelle, le plan Adour avait consisté à interdire la présence de tous les palmipèdes entre le 15 décembre 2022 et le 15 janvier 2023 dans les 68 communes les plus denses du Sud-Ouest. Avec succès : « L’épizootie a été limitée dans cette région », estime le ministère, avec 15 cas dans les élevages du Gers, des Landes et des Hautes-Pyrénées, contre plus de 220 en Pays de la Loire.

Cette relative protection face à la maladie se paie au prix fort : environ 12 millions d’euros (M€) pour l’ensemble des filières avicoles du Sud-Ouest. Pour les Pays de la Loire, des chiffres encore plus élevés circulent (autour de 22 M€), sans confirmation pour l’instant. Le succès du repeuplement, puis de la dédensification à venir, dépendra largement du niveau des indemnisations publiques. Dans son communiqué du 28 février, le ministère a annoncé une prise en charge à 80 % pour « les exploitations qui seront concernées par des plans de réduction des densités de type « plan Adour » à l’hiver prochain ». Comme le rappelle Joël Limouzin, « si on ne veut aucun palmipède dans la zone au 15 décembre, cela veut dire que certains élevages seront vides dès le mois de septembre ».

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Aides abaissées à 90 %

À plus court terme, le ministre a présenté les modalités des indemnisations économiques pour l’épisode 2022-2023, lors d’une réunion avec les filières avicoles le 24 février. Une annonce qui intervient après une manifestation des éleveurs à Nantes en début de semaine dernière. Le dispositif connaît deux évolutions notables. La première est la diminution du taux de prise en charge des pertes : celui-ci est abaissé à 90 % (au lieu de 100 % en 2021-2022) pendant les restrictions sanitaires (I1), puis à 50 % après la levée des restrictions (I2). Ce niveau « pourra être revu en fonction des difficultés objectivées dans le cadre du repeuplement », promet le ministère dans son communiqué. Les Pays de la Loire produisant les trois quarts des canetons français, l’épizootie provoque une pénurie de jeunes oisillons. Enfin, le ministère précise que le taux de prise en charge sera « majoré à 90 % pour les exploitations contraintes de ne pas remettre en production à la levée des restrictions sanitaires » (repeuplement échelonné dans les Pays de la Loire).

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« Le compte n’y est pas ! », a protesté la CFA (aviculteurs, FNSEA) dans un communiqué le 27 février, dénonçant une baisse « inacceptable ». « Cela va être compliqué pour les éleveurs qui n’ont pas produit depuis un an », explique son président Jean-Michel Schaeffer, rappelant que les Pays de la Loire ont connu deux épisodes rapprochés d’influenza (février 2022, puis fin 2022-début 2023). En particulier, les producteurs d’œufs, caractérisés par des cycles de production longs, « ont beaucoup plus de mal à remonter la pente » que leurs collègues des volailles de chair, fait valoir Maxime Chaumet, secrétaire général du CNPO (interprofession). « Les éleveurs touchés en mars 2022 sont toujours vides », déplore-t-il, demandant des indemnisations plus élevées et sur une durée plus longue.

Autre nouveauté du dispositif d’indemnisations économiques : la revalorisation des VMO (valeurs marchandes objectives) qui servent de base au calcul des aides. Une mesure réclamée par les éleveurs en raison de la flambée des coûts de production. Ces valeurs unitaires datent « d’avril, mai 2022 », alors que « l’aliment pour volailles a renchéri de 100 à 120 €/t depuis », dans le contexte de la guerre en Ukraine, rappelle M. Schaeffer. L’éleveur alsacien se dit « satisfait » de cette mesure qui s’appliquera à partir des dossiers du 15 septembre 2022. « C’est un travail qui démarre », précise-t-il, alors que l’objectif du ministère est d’aboutir à des barèmes « réactualisés au printemps ».

Des restrictions autour de 30 sites génétiques stratégiques

Les VMO revalorisées à partir du 15 septembre 2022