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Influenza : un « vide sanitaire progressif » instauré dans le Sud-Ouest

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L’épizootie d’influenza aviaire a brusquement accéléré, contraignant le ministère de l’Agriculture à instaurer, le 20 janvier, un « vide sanitaire progressif » dans 226 communes du Sud-Ouest. Au maximum, 1,3 million de volailles supplémentaires pourraient être abattues, s’ajoutant au 1,2 million d’animaux déjà euthanasiés.

Les craintes des éleveurs se sont finalement réalisées : alors que l’épizootie d’influenza aviaire s’accélère, le ministère s’est résolu à annoncer, le 20 janvier, un « vide sanitaire progressif » dans 226 communes du Sud-Ouest. Sont concernées 161 communes dans les Landes, 39 communes de l’ouest du Gers, et 26 communes du nord des Pyrénées-Atlantiques. Dans cette zone, 1,3 million de volailles au maximum sont susceptibles d’être abattues (dont 1,2 million de palmipèdes) ; elles s’ajoutent au 1,2 million d’animaux déjà abattus préventivement ou dans les foyers (dont 900 000 palmipèdes). Ce sont donc 2,5 millions de volailles en tout qui pourraient être abattues – et non 3,5 millions comme évoqué plus tôt par les syndicats minoritaires.

Indemnisations reconduites

Le but de cette stratégie de lutte, actée après « concertation » au niveau local comme national ? « Éviter l’extension de l’épizootie aux zones indemnes », et « remettre collectivement en production le plus rapidement possible après assainissement », espère le ministère. Le vide sanitaire durera trois semaines, sans visibilité pour l’instant sur la date de remise en place. « On va traiter en priorité les foyers, puis assainir petit à petit toute la zone », précise l’entourage du ministre. Toutefois, les volailles indemnes qui atteignent la fin de leur cycle d’élevage seront « valorisées autant que possible », assure-t-on Rue de Varenne. Par ailleurs, « les troupeaux de reproducteurs et les couvoirs seront préservés afin de conserver le potentiel de repeuplement, après la crise », indique un communiqué le 20 janvier.

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Sur le plan économique, « les élevages dont les animaux seront dépeuplés seront indemnisés dans les mêmes conditions que l’année dernière ». Les modalités de calcul des indemnisations pour pertes économiques (vides sanitaires) seront inchangées. Basées sur la perte d’EBE, ces aides intégreront l’impact des interdictions de remise en place récemment instaurées. Concernant les indemnisations sanitaires (foyers et abattages préventifs), les premiers versements « ont débuté pour les élevages du Nord et dans le Sud-Ouest ».

Les animaux en bâtiment excrètent du virus

Rue de Varenne, on souligne que « le virus se propage moins vite que l’année dernière », avec 231 foyers en élevages au 19 janvier, contre 292 un an plus tôt. D’après les services du ministère, le laboratoire de référence pour l’influenza traite et confirme environ trois fois moins de suspicions que lors de l’épisode 2020-2021. Claustration généralisée, renforcement de la biosécurité : « Les mesures qui ont été prises ont permis de ralentir la propagation, c’est certain », affirme le ministère. En complément de la réglementation, la réduction de densité dans le Sud-Ouest atteint « environ 25 % », grâce à un allongement des vides sanitaires et à l’ajustement du cheptel aux capacités de mise à l’abri. Les chiffres montrent certes – pour l’instant – un impact légèrement inférieur à 2020-2021. Mais, même avec un démarrage plus lent, l’épizootie pourrait finir par causer autant de dégâts que l’année dernière.

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Pourquoi l’influenza est-elle aussi dévastatrice malgré les nouvelles précautions mises en place ? Signe d’une virulence accrue, ce nouvel épisode touche vingt-neuf pays du continent européen. Contrairement au précédent, le millésime 2022 du virus frappe aussi les gallus (poulets, dindes, pintades, cailles), qui représentent 40 % des cas. Sur le terrain, les épidémiologistes « ont commencé à mettre en évidence des liens humains, des échanges entre les élevages touchés », rapporte encore la Rue de Varenne. Les mêmes experts admettent que les animaux en bâtiment peuvent excréter du virus dans l’environnement via la ventilation, confirmant une information de la Confédération paysanne et du Modef. « C’est l’un des facteurs, pas le seul », convient-on dans l’entourage du ministre. Enfin, alors que la mise à l’abri des animaux est devenue obligatoire, certains éleveurs ont bravé la réglementation et gardé leurs animaux dehors. « Ils se comptent sur les doigts des deux mains », assure le ministère. Avant de trancher : en plein air ou en bâtiment, « il n’y a pas de mode d’élevage qui protège du virus. »

Vers un nouveau renforcement de la biosécurité

Plus que jamais, les perspectives restent incertaines face à un virus qui déjoue toutes les barrières érigées devant lui. À moyen terme, le ministère compte une nouvelle fois renforcer les règles de biosécurité « pour ralentir la diffusion du virus une fois qu’il atteint un élevage ». Reste enfin la carte du vaccin, récemment évoquée par le ministre Julien Denormandie. Un « espoir » qui va « demander un temps certain, une concertation importante et un consensus européen absolument nécessaire », reconnaissent ses services. Comme le résume le président de la FDSEA des Landes, François Lesparre : après quatre crises en six ans, « on se raccroche à ce qu’on peut. »

Les volailles indemnes « seront valorisées autant que possible »

« Il n’y a pas de mode d’élevage qui protège du virus »

La Conf' et le Modef dénoncent un « fiasco sanitaire »

Dans un communiqué du 19 janvier, la Confédération paysanne et le Modef dénoncent une nouvelle fois la gestion sanitaire de la crise d’influenza aviaire. « Complètement incapables de remettre en cause les choix productivistes réalisés qui nous ont menés dans le mur, les responsables professionnels et ministériels sont également incapables de résoudre les crises qu’ils contribuent à générer », martèlent les syndicats minoritaires. Pourfendant la segmentation de la filière canards gras et la concentration des animaux, ils appellent pour la suite à « redémarrer autrement en questionnant enfin les densités et les filières ». « Nous ne pouvons accepter de remettre trop vite en route un système qui déraille tous les ans ». Concernant la vaccination, qu’ils réclament « depuis des années », la Confédération paysanne et le Modef ne semblent pas croire à un « processus […] incertain et chronophage ». « Le recours à la vaccination serait conditionné à la claustration », affirment-ils. Une hypothèse de travail « inadmissible » à leurs yeux, bien que non confirmée par le ministère de l’Agriculture.