Le producteur d’ingrédients à base des insectes Innovafeed qui vient d’inaugurer son usine de la Somme, va dupliquer ce modèle outre-Atlantique. Il est soutenu par ses actionnaires historiques Creadev et Temasek.
Nouvelle étape dans la course aux levées de fonds des producteurs d’insectes : après Ÿnsect (224 M$ levés, Agra Alimentation du 7 octobre 2020), Innovafeed vient de boucler un financement de 140 millions d’euros, a-t-il annoncé le 19 novembre, en capital, en dettes et en aides. La majorité de la somme vient des deux actionnaires historiques, le fonds français Creadev (famille Mulliez) et le singapourien Temasek, ainsi que d’investisseurs individuels. Des banques, des institutionnels et des collectivités territoriales complètent l’apport de fonds. Avec cette opération, Innovafeed a levé 200 millions d’euros au total depuis son lancement en 2017. « La levée de fonds a trois objectifs : continuer les embauches pour passer de 120 à 200 collaborateurs dans deux ans, sécuriser notre avance technologique en s’appuyant sur notre R & D et déployer notre technologie en France, en Europe et aux États-Unis », détaille Clément Ray, président et cofondateur d’Innovafeed.
Le 19 novembre marque aussi le démarrage de l’usine de Nesle, dans la Somme, première usine d’Innovafeed permettant de faire entrer la société dans une phase de production à grande échelle. Le site, dont la première pierre a été posée il y a 18 mois, « devient la plus importante unité de production au monde en activité » pour ce qui concerne la protéine d’insecte, avec une capacité annuelle 15 000 tonnes de cette protéine. À Nesle, les mouches soldat noires sont élevées dès le stade de l’œuf, nourries avec les déchets de la sucrerie Tereos contiguë, l’usine étant alimentée en énergie grâce à la centrale de Kogeban également sur le même site. Les insectes sont ensuite transformés sur place en ingrédients : protéine, huile et engrais. Innovafeed insiste sur sa technologie de rupture s’appuyant notamment sur 3 000 capteurs et sur la performance environnementale du site de Nesle qui permet « une réduction des émissions de CO2 de plus de 80 % par rapport aux autres modèles existants, selon une étude ACV réalisée par Quantis ».
Une usine aux côtés d’un site ADM aux États-Unis
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Alors que cette usine démarre tout juste, les dirigeants d’Innovafeed annoncent déjà sa duplication outre-Atlantique, à Decatur, dans l’Illinois. « Nous allons construire une usine sur le modèle de Nesle à côté du site de transformation de maïs du groupe ADM d’une capacité à terme de 60 000 tonnes de protéines d’insectes », annonce Clément Ray. Comme à Nesle, les mouches soldat noires se nourriront des déchets de l’usine, la plus importante à l’échelle mondiale pour la transformation du maïs, et 27 MW d’énergie, non utilisée initialement, seront récupérées pour faire fonctionner le site. La construction doit commencer en 2021.
Ces nouvelles capacités de production d’ingrédients vont permettre à Innovafeed de répondre aux contrats de fourniture qu’il a déjà signé avec ces fabricants tels que Cargill, Italpollina ou Barentz. La société fournit déjà indirectement en protéines d’insectes des élevages de truites et en huile d’insectes des élevages de poulet de chair. Auchan Retail, partenaire d’Innovafeed, appuie cette démarche en commercialisant des truites d’élevage nourries aux protéines de mouches soldat noires, et depuis juin 2020 un poulet dont l’alimentation intègre de l’huile d’insectes.
Le 20 novembre, à l’occasion d’un atelier organisé par l’Ipiff, le syndicat européen des producteurs d’insectes, la DG Santé de la Commission européenne a rappelé que l’autorisation d’intégrer la protéine d’insectes dans l’alimentation des volailles et des porcs est attendue pour 2021. Une décision très attendue aussi du côté d’Innovaffed.