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Coop de France Inquiétude sur le recul historique de la production agroalimentaire

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Les coopératives déplorent une situation dégradée dans toute l'industrie agroalimentaire. Tour d'horizon des difficultés vécues par les filières.

«POUR la première fois, la production agroalimentaire recule en volume, à - 2,2 % au premier semestre », s'est inquiété le président de Coop de France, Philippe Mangin, en conférence de presse le 3 septembre. « On n'échappe plus aux conséquences de la crise », a-t-il jugé, évoquant une menace pour l'emploi. D'autres indicateurs virent au rouge. Les prix à la consommation de produits alimentaires affichent - 1,8 % en juin, soit un quatrième mois consécutif de déflation. « Tous les maillons de la chaine souffrent : production, transformation, distribution, restauration », a aussi constaté Philippe Mangin.

Trésorerie exsangue chez des céréaliers

Passant en revue les différentes filières, il s'est d'abord penché sur les céréales. La trésorerie des agriculteurs, « fortement dégradée », le préoccupe le plus. En cause, la chute des prix sur les marchés mondiaux, qui s'ajoute à de faibles rendements dans certaines zones. La qualité décevante de la récolte française de blé focalise l'attention. Mais sur ce point, le message de Coop de France est rassurant. « On satisfera la demande de la meunerie française », a dit Philippe Mangin en réponse aux alertes sur d'importants volumes fourragers. Et de compléter : « On saura exporter des céréales ». Les coopératives ne ménagent pas leurs efforts pour cela. Exemple chez EMC2, où 16 000 analyses ont été effectuées en laboratoire 24 heures sur 24. « En cette année difficile, les coopératives baignent dans les fondamentaux du métier : l'allotement, le travail du grain », a-t-il souligné.

Vers une catastrophe en porc et volaille

Philippe Mangin a par ailleurs exprimé sa « profonde inquiétude » à l'égard du porc et de la volaille. « On va au devant d'une catastrophe, a-t-il dit en évoquant la situation de la Bretagne. Les coopératives tiennent à bout de bras les volaillers Doux et Tilly-Sabco. » Pour lui, la situation est « ubuesque » : « Doux supporte 180 M d'euros de dettes, la séparation des activités avec le Brésil n'est toujours pas réalisée. Tilly-Sabco est lui à bout de forces, ne travaille plus qu'un jour par semaine. Aucun des deux ne semble vouloir mettre les choses sur la table. »

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Industrie agroalimentaire
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À propos de l'abattoir de porcs Gad, il s'est déclaré « pas tant réjoui que ça » à l'idée d'une reprise par Intermarché, y voyant le risque d'une « stratégie de produits d'appel » comme celle de Leclerc, qui « peut pénaliser la filière tout entière ». « Les autres acteurs ne savent pas comment rivaliser » avec cette politique d'intégration, selon lui.

La filière fruits et légumes menacée

Philippe Mangin a jugé la filière des fruits et légumes « carrément menacée », avec « un découragement total de la production ». L'embargo de Moscou aggrave les difficultés du secteur, liées selon lui à la concurrence espagnole. « Même si le marché russe ne totalise que 800 millions d'euros pour la France, il représente le 2e marché à l'export pour l'UE et 9 milliards d'euros. Ce qui laisse présager des conséquences en cascade » pour les produits français. Coop de France réclame notamment une amélioration des premières mesures à l'échelle de l'UE : « Le prix de rachat fixé par Bruxelles n'incite pas les producteurs, certains préfèrent jeter ».

Spirale de baisse des prix

Simultanément, Philippe Mangin a dénoncé la « spirale négative de la guerre des prix » que mène la grande distribution, tirant parti des difficultés conjoncturelles. Les relations avec ce secteur le « préoccupent au plus haut point ». Et le patron de Coop de France de réitérer sa demande d'un Grenelle de l'Alimentaire. Autre attente, celle de la publication des décrets de la loi Hamon, censés réaménager et discipliner les relations commerciales, qui ne sont toujours sortis plusieurs mois après l'adoption du texte.